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Elle fait partie des veuves des cinq Sénégalais morts pour l’État islamique lors de la guerre en Syrie. Le rêve de rejoindre ce pays ruiné, ces dernières étaient emprisonnées en Libye. Rapatriées à Dakar le 17 mars dernier, avec leurs onze enfants, elles ont été envoyées en prison. Elles font l’objet de deux inculpations. L’une pour association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste et l’autre, plus récente, pour financement de terrorisme. Dans L’Observateur de ce jeudi, celle qui était la femme de Alassane Ba, décédé en combattant jihadiste, a donné au Doyen des juges les raisons qui l’ont poussée à adhérer à l’idéologie de cette organisation terroriste. Extraits.

La révélation

«J’ai eu connaissance de la proclamation d’un Etat Islamique en Syrie et en Irak avec un khalife unique. Dans le même temps, les personnes avec qui je discutais et me familiarisais au fur et à mesure m’ont convaincue de venir rejoindre cet état car ils nous reprochaient, nous autres musulmans des autres pays, de rester tranquillement à dormir pendant que leurs frères et sœurs en Islam se faisaient tuer. J’ai toujours souhaité vivre dans un Etat où la charia est appliquée. J’ai alors pris la décision de les rejoindre.

La réunion

«J’ai fait la connaissance, toujours via le net, d’Abdourahmane Dia, un Français d’origine sénégalaise, qui a pris contact avec moi et m’a dit qu’il ne savait pas qu’il y avait des Sénégalais prêts à rejoindre la cause islamique. Dia a organisé une réunion où étaient conviés Cheikh Abdallah Dièye, Cheikh Abdallah Bâ et son épouse, Ibrahima Bâ (frère de mon futur mari), Mouhamadou Mactar Dieng et Sidy Sarr. La réunion se tenait chez Cheikh Abdallah Bâ que j’ai connu auparavant, mais que j’avais perdu de vue et même oublié. C’est lui qui m’avait reconnue.

L’exil

«Finalement, le départ (pour la Syrie) a été décidé et nous sommes partis de Thiès séparément par mesure de prudence. Nous avons séjourné en Mauritanie où j’ai rencontré celui qui deviendra mon mari, Alassane Bâ. En fin de compte, nous nous sommes rejoints en Libye et là, le représentant de l’Etat islamique, Al Baghdadi, nous a demandé d’y rester, au motif qu’il y avait beaucoup de risques d’infiltration. C’est dire que mon intention n’a jamais été d’aller en Libye, pays que je ne connais pas. Mon seul désir était de vivre dans un Etat où la charia est appliquée. Et ayant appris la création de l’Etat islamique dans les conditions que j’ai décrites, j’ai décidé d’aller y vivre en tant que musulmane, d’autant que je suis dans un pays musulman où l’Islam n’est pas vécu comme il se doit.

Baghdadi

«Je précise que c’est Abdourahmane Dia qui m’a parlé de l’Etat islamique en me disant que le groupe avec lequel je discutais, Jabhat al-Nosra, n’était qu’un groupuscule dépassé. Il m’a dit qu’un véritable Etat islamique a été érigé en Syrie et en Irak avec un khalife unique et que Baghdadi serait le futur khalife et avait pour mission de transmettre le drapeau de l’Islam au khalife de l’époque. Je n’ai donc jamais eu l’intention de prendre part à un quelconque groupe terroriste ou de participer à une organisation terroriste.

«Le Jihad»

«Le Jihad est un combat armé mené par l’Islam contre ses ennemis. Dans ce sens, je ne peux pas ne pas l’approuver. Je rappelle que le Prophète (Saw) a dû mener le Jihad pour implanter l’Islam. Mais, je ne partage pas certaines façons de faire, notamment les attentats-suicides ou des tueries inutiles dans des mosquées. Je dois préciser aussi qu’il existe une quantité innombrable de groupes ou même de groupuscules qui sont dans les théâtres des opérations. Certains groupes, bien que d’obédience islamique, agissent contre l’Islam. D’autres sont infiltrés par des ennemis qui ne croient pas en la cause.

La désillusion

«Malheureusement, je n’ai pas pu réaliser concrètement mon rêve de vivre dans un État islamique où est appliquée la charia. En effet, nous avons été stoppés en Libye. Je dois dire que j’ai vécu à Syrte, où nous sommes arrivés en 2014, pendant un an et demi. Je suis arrivée dans cette ville, enceinte. Six mois après, soit en mai 2016, la guerre a éclaté. Un mois après mon accouchement, mon mari a été tué. Mes compagnons et moi, nous avons été incarcérés de 2016 à 2023, jusqu’à notre rapatriement à Dakar. L’essentiel de mon séjour en Libye, je l’ai passé en prison. Au vu de ce que j’ai enduré, il n’est plus question de repartir. Je ne veux plus en entendre parler. Tous nos frères avec qui nous étions ont été tués sans qu’aucun d’entre nous n’ait atteint l’Etat islamique.»

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