L’annonce surprise, lundi soir, d’une union entre Joseph Kabila et le M23 soutenu par le Rwanda, intervient dans un contexte politique incertain en République démocratique du Congo (RDC), pays d’Afrique centrale à l’histoire politique agitée.

L’actuel président Félix Tshisekedi, 63 ans et successeur de Joseph Kabila, arrive au terme de son second et dernier mandat de cinq ans en 2028. La Constitution congolaise place la limite à deux quinquennats.

Or, depuis déjà plusieurs mois, la majorité présidentielle prépare l’opinion à l’idée d’une modification constitutionnelle ou d’un changement de Constitution, ouvrant potentiellement la voie à un troisième mandat pour Félix Tshisekedi.

L’annonce suscite de nombreuses réactions au sein de l’opinion publique congolaise.

La position attribuée à l’ancien président de la République démocratique du Congo, Joseph Kabila, au sein du nouveau mouvement politico-militaire semble décevoir certains citoyens congolais. C’est notamment le cas de Souzy Kisuki, défenseur des droits humains, qui estime que le recours à la lutte armée est incompatible avec la sagesse attendue d’un ancien chef de l’État.

« Ce qui me choque maintenant, c’est de voir un ancien président de la République, qui est censé être sage, prendre les armes contre sa propre population. En tout cas, c’est une déception pour moi, car cette politique consistant à prendre les armes pour accéder à la présidence est révolue et personne ne pourra le tolérer. On est vraiment déçus​ » soutient le défenseur des droits de l’homme.

​Une annonce qui rebat les cartes

Joseph Kabila est appelé à diriger le Front pour la Refondation de la Nation, alors que la population mettait foi en des négociations entre le gouvernement congolais et l’AFC/M23.

Cette évolution pourrait rebattre les cartes du processus de paix​. Elle ne surprend pas Jules Ngeleza, acteur de la société civile au Nord-Kivu. Il exprime toutefois des inquiétudes quant à la suite des événements.

​Selon lui, « cette annonce est sans surprise, parce que cela fait bien longtemps que les services de renseignement congolais ont révélé des liens directs entre Kabila et la rébellion du M23. Cela pourrait jouer en défaveur des processus de paix en cours. Mais comme nous ne sommes pas des prophètes du malheur, nous allons laisser le temps au temps. Les événements à venir permettront d’y voir plus clair. »

Assumer les conséquences de la décision

Même réaction du côté de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), le parti présidentiel, dont Adolphe ​Amisi Makutano est cadre. Celui-ci estime que l’ancien chef de l’État devra assumer toutes les conséquences de ses décisions actuelles.

​ »C’est par manque de courage que ce monsieur traînait les pieds. Ils ont tenu plusieurs réunions et, aujourd’hui, il est poussé à s’afficher. Mais c’est une honte pour la République démocratique du Congo​ » explique Amisi Makutano​.

Dans la structure dirigeante du FRN, Joseph Kabila sera secondé par Corneille Nangaa, ancien coordonnateur de l’AFC et Bertrand Bisimwa, figure dirigeante du M23. Le général Sultani Makenga est, quant à lui, annoncé au poste de chef d’état-major général.

Auteur: La rédaction francophone de la DW