Macron pris au piège de la fiscalité

Un « recul » ou un « pas de côté » comme le qualifie le secrétaire général de la République en marche. Les gestes d’apaisement consentis hier aux « gilets jaunes » par l’exécutif français vont avoir un coût. Que le gouvernement chiffre à près de 2 milliards d’euros.

1,85 milliard exactement, c’est le chiffre lâché hier par une source gouvernementale. Une estimation du « manque à gagner » pour les finances publiques. Pour au moins les six premiers mois de 2019, durée du moratoire sur la fiscalité. Sur cette somme, la plus grande partie (1,4 milliard) représente le renoncement aux taxes sur les carburants et à la convergence diesel essence.

On ne parle même pas de la facture si l’Etat en venait à renoncer totalement à la hausse des taxes à l’issue de la grande concertation annoncée. Ce serait alors 4 milliards en moins.

Et le budget 2019, discuté en ce moment au Parlement sera forcément chamboulé ?

Sacré casse-tête en perspective ! Forcément, le gouvernement devra revoir la copie de son projet de loi de finances 2019 actuellement en discussion au Sénat et déjà adoptée en 1e lecture à l’assemblée. Comment trouver ces presque 2 milliards d’euros (voire 4 milliards) de « manque à gagner » ? Il n’y a pas 36 000 pistes possibles. Peut-être 2 milliards d’économies supplémentaires ? Mais en la matière, les Français ont déjà beaucoup payé cette année : avec la désindexation des retraites par rapport à l’inflation, la baisse des dotations aux collectivités, la baisse des contrats aidés. Ce serait donc explosif dans le contexte actuel…

Pourquoi ne pas rétablir l’ISF tout simplement ?

Pour sa dernière année (en 2017), l’ISF avait rapporté 4,23 milliards d’euros. Pour les « gilets jaunes » et leurs nombreux soutiens, c’est en effet la solution la plus simple. Mais c’est aussi la plus difficile pour Emmanuel Macron. D’après son programme que depuis 1 an et demi, il veut rigoureusement appliquer, supprimer une partie de l’ISF devait permettre de « financer l’économie » et par la théorie désormais bien connue du « ruissellement », en faire bénéficier tout le monde à l’arrivée. Sauf qu’on n’en mesure pas les effets bénéfiques pour le moment. Au cœur de la majorité, certains ont même reconnu que sa suppression partielle avait peut-être été une « erreur ».

Mais difficile de revenir sur cette mesure phare pour Emmanuel Macron sans se renier. Il n’échappera pas pourtant lors de la grande concertation de terrain annoncée hier par le chef du gouvernement aux demandes pressantes en faveur de plus d’équité fiscale. Faire participer les gros revenus aussi au financement de la transition écologique. Que ce soit par une réforme de l’ISF, la taxation des droits de succession voire la création d’une tranche supérieure de l’Impôt sur le revenu. Difficile de savoir sur quelles pistes planche le gouvernement, mais ses marges de manœuvre sont assez minces. D’autant plus minces que la croissance fait moins bien que prévu en cette fin d’année et que les blocages qui continuent auront leurs effets aussi l’an prochain.

Et pourtant, le gouvernement exclut de déroger à la discipline budgétaire

Dans la loi de finances 2019, la France est déjà à la limite avec un déficit prévu de 2,8 %. Peut-elle se dérober à la règle d’airain, la règle européenne, qui veut qu’on limite le déficit budgétaire à 3% du PIB. Ce serait une option souhaitable, au moins pour un temps, compte tenu du casse-tête qu’on vient de décrire. Mais en plein débat à Bruxelles sur les budgets des États, le budget italien en particulier, difficile là aussi pour la France de repasser dans la catégorie des « mauvais élèves » dont elle est tout juste sortie, en mai dernier. Ce serait perdre pour de sa crédibilité auprès de l’Allemagne avec qui elle essaie de faire avancer la réforme de la zone euro. Cela n’arrivera pas, a affirmé le ministre de l’Économie Bruno Le Maire depuis Bruxelles où se négociait cette réforme. Mais surtout, a rappelé Édouard Philippe, laisser filer le déficit, ce serait faire payer la facture aux générations futures, comme l’ont fait tous les gouvernements précédents. Or, c’est exactement la tendance contre laquelle Emmanuel Macron a engagé tout son crédit politique. Plus de taxes ou plus de déficits ? Comme tous ses prédécesseurs, le voilà pris au piège de la fiscalité.

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