Gouvernance IBK : Des institutions caporalisées

Que sont devenues nos institutions avec leur soumission déconcertante aux désiderata du prince du jour ? Des coquilles vides ou du moins des institutions sous ordre.

Maliweb.netEn suspendant leur grève illimitée qui a duré trois mois, les magistrats ont récusé l’un de leur ténor, le président de la Cour suprême, Nouhoum Tapily. La haute juridiction n’a pas su, à en croire les magistrats syndicalistes, défendre ou préserver l’indépendance de la magistrature. Nouhoum Tapily n’a pas su affirmer le bien-fondé de la grève de ses collègues. Il n’a donc pas pu prouver l’illégalité du système de réquisition de magistrats grévistes mis en branle par le gouvernement. Pour cela, ses collègues juges l’accusent de forfaiture et de compromission. Et exigent sa démission comme président de la Cour suprême. Avant cet épisode, une bonne frange de la classe politique et de l’opinion a décrié l’intégrité et l’indépendance de la Cour constitutionnelle dirigée par Manassa Dagnoko. Le juge constitutionnel s’est, en effet, montré, ces derniers mois dans son déshonorant rôle de « Tour de Pise », plus que prompte à adopter des positions favorables au pouvoir.

En effet, dans la mise en œuvre de l’Accord pour la paix de 2015, les neuf sages ont défendu la constitutionnalité « des autorités intérimaires », comme l’affirmait le gouvernement alors même que la lettre et l’esprit de la Loi fondamentale et des textes subséquents indiquent le contraire. Et, quand il s’est agi de se prononcer à nouveau sur la faisabilité d’une révision constitutionnelle dans un pays plus que menacé de désintégration, Manassa Dagnoko et ses collaborateurs ont eu le génie de sortir le concept d’«insécurité résiduelle » comme argument massue. Sauf que la rue a eu raison de leur juridisme de bas étage.  Ce qui a poussé le président de la République, initiateur du projet référendaire à abdiquer pour sauver la paix sociale… Ce qui, faut-il le souligner, a été un cuisant désaveu et un camouflet aux sages de la juridiction constitutionnelle.

Dernière pirouette en date : les deux avis contraires relatifs à la possibilité de proroger le mandat des députés. La Cour constitutionnelle se prononcera contre à la suite de la sollicitation du Premier ministre avant de se rebiffer en invoquant un malodorant « cas de force majeure », quelques semaines plus tard. C’est sur une sollicitation du président de l’Assemblée nationale, que les neuf sages, dont la sagesse prend au passage quelques coups, affirment, sans convaincre personne que le mandat des députés peut proroger jusqu’en juin 2019 !

Par ces comportements, la Cour suprême et la Cour constitutionnelle ont affiché une sorte de dévoiement de l’image de nos institutions. Surtout que le gouvernement lui, s’est singularisé dans une instabilité chronique avec cinq Premiers ministres en cinq ans et une dizaine de réaménagement de l’équipe gouvernementale !

Sans compter que l’Assemblée Nationale elle-même est le siège des frondes répétitives contre son président, qui a su inculquer une culture de godillots aux élus, adoptant tous les textes comme lettre à la poste

Le récent spectacle déshonorant de pugilat à la Commission électorale nationale indépendante (CENI) semble donner le coup de grâce d’institutions caporalisée ou vidées de leur substance à ces différentes structures publiques institutionnelles.

Boubou SIDIBE

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