Front social : La danse indansable de SBM

Le Président de la République, Ibrahim Boubacar Kéïta et son Premier ministre, Soumeylou Boubèye Maïga, n’ont pas eu droit à un état de grâce. Les premières heures du second et dernier mandat du Président IBK sont marquées par une ébullition sans précédent du front social. Selon l’hebdomadaire « Le Malien », seize préavis de grève sont sur la table du gouvernement.

Les magistrats sont en grève depuis plus de deux mois. Le syndicat du personnel des directions des finances et du matériel, des directions des ressources humaines observe les 15 et 16 octobre une grève de 48 heures. Pour non paiement d’environ 3 milliards de subvention, les opérateurs de gaz sont en grève. Les promoteurs d’écoles privées réclament les arriérées de onze milliards au gouvernement et refusent de démarrer les cours.

La danse paraît indansable pour le Premier ministre Soumeylou Boubèye Maïga et les membres de l’équipe gouvernementale. Au lieu de trouver des solutions à ces revendications de ses partenaires sociaux, le chef du gouvernement entreprend des missions à l’intérieur du pays. Soumeylou Boubèye Maïga a entamé le 13 octobre dernier une visite de 72 heures dans la région de Mopti. Il y a juste quelques jours, il était dans cette même région dans le cadre de la rentrée scolaire. La stratégie du locataire de la Primature est simple et consiste à minimiser l’ampleur de ces grèves en entreprenant des opérations de communication. Sans aucun doute, le Premier ministre s’amuse avec le feu. Déjà, il doit se rendre à l’évidence que toutes les actions qu’il a entreprises pour dissuader les syndicats des magistrats ont connu un échec cuisant. La décision de retenue des salaires et le décret de réquisition des magistrats ont davantage contribué à renforcer la cohésion dans le camp des grévistes.

Le risque est que d’autres syndicats, par solidarité, apportent leur soutien aux magistrats. Si l’Union Nationale des Travailleurs du Mali (UNTM) et les autres centrales syndicales ne réagissent pas pour le moment suite aux mesures prises par le gouvernement contre les magistrats, elles ne seront pas dans la même disposition au cas où le Premier ministre déciderait de prendre d’autres actes de représailles. Le syndicat des domaines et du cadastre a eu, le jeudi 11 octobre 2018, une rencontre avec les syndicats des magistrats. « L’objet de notre présence, c’est d’apporter notre soutien moral et faire preuve de solidarité syndicale envers nos camarades syndicalistes de la magistrature et aussi, partager leur souffrance et leurs difficultés. Nous avons jugé opportun de les soutenir car la survie syndicale dépend de ce mouvement de grève », a déclaré le secrétaire général de ce syndicat, Mamadou Baba Diakité, au cours de la rencontre.

La danse paraît difficilement dansable pour le Premier ministre Soumeylou Boubèye Maïga et les membres de l’équipe gouvernementale. Le Premier ministre réussira la prouesse, dans les jours à venir, de dresser tous les syndicats contre le gouvernement. Cette fronde risquera d’emporter ce tigre dont la forêt semble se limiter aux « dossiers », s’il ne met pas fin à sa politique de fuite en avant. Il serait alors difficile pour le Chef du gouvernement, désavoué sur sa volonté de reporter les élections législatives par le Président de la Plateforme Ensemble pour le Mali (EPM), Dr Bocary Tréta, de survivre à ce désordre social.

Par Chiaka Doumbia

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