VERONIQUE DIARRA, ROMANCIERE : “Les guerres existent mais ne sont pas forcément interminables”

Véronique Diarra est une ivoirienne originaire du Burkina Faso et du Congo Brazzaville. Elle a grandi à Abidjan. Elle devient professeur de français dans un lycée d’État avant de poursuivre sa carrière dans un lycée international. En 2004, elle se rend en France et continue à donner des cours. Enseignante, elle découvre plus tard l’écriture. Ses romans se succèdent à partir de 2017.

Actuellement, elle vit en région parisienne avec ses deux filles. Elle est auteure de « Shuka la danseuse sacrée », édité chez l’harmattan en novembre 2017. Ensuite, elle publie « Non je ne me tairai plus », édité chez wawa éditions en juin 2018. 

Enfin, elle dévoile son dernier ouvrage, « Agnonlete une vie d’amazone », édité chez Wawa éditions en Avril 2019. Dans cet entretien, elle exprime sa passion pour l’écriture mais aussi ses ambitions pour une Afrique de demain qui rayonne. Entretien….

Qui est Véronique Diarra ?

Je suis une africaine aux racines ivoiriennes, burkinabés et congolaises. J’ai reçu une éducation française. Tout cela fait de moi une personne riche de plusieurs cultures. J’ai grandi et fait mes études à Abidjan, passant chaque été en France ou ailleurs. Enseignante dans l’âme, je suis professeur de français et passionnée d’histoire. Je suis devenue romancière quand j’ai compris que c’est un merveilleux moyen d’expression. Alors j’écris. Je suis aussi l’heureuse maman de deux adorables filles.

 

Quelle appréciation faites-vous de la situation actuelle en Afrique notamment au Mali ou dans le Sahel ?

La situation actuelle en Afrique me parait très intéressante. Malgré les grandes difficultés rencontrées, je veux voir le verre à moitié plein. C’est vrai, certains pays du Sahel sont tourmentés par des terroristes mais un courageux mouvement d’unité s’organise au niveau de la jeunesse. Ces filles et garçons, notamment au Mali veulent prendre en main le destin de leur pays. Au Burkina Faso, on s’efforce d’éviter de tomber dans la spirale du tribalisme malgré les provocations mystérieusement orchestrées. Je crois que la jeunesse africaine est bouillonnante d’idées, de projets, de défis et recherche, à différents niveaux, les voies et moyens pour les réaliser, les relever.

Qu’est-ce que cela vous inspire en matière d’écriture ?

 Cela me donne envie d’écrire sur cette jeunesse prometteuse. Je veux accompagner de ma plume ces demoiselles et ces messieurs dans la réalisation de leurs rêves et de leurs espoirs. J’aimerais les convaincre tous et toutes que leur réussite n’est pas dans la facilité, ni dans une liaison soi-disant amoureuse. Elle ne réside pas non plus dans une pénible traversée du Sahara suivie d’un terrifiant canotage sur la Méditerranée. Leur réussite se trouve dans leur pays richissime en opportunités.

 

Peut-on s’attendre à un ouvrage de vous sur les conflits interminables en Afrique ?

Je ne suis pas intéressée par ce thème qui me semble surexploité par différents Auteurs et Journalistes. Je pense que, l’Afrique a bien mieux que des misères à offrir au monde. A voir les sujets de certains reportages on pourrait croire qu’en Afrique tout va mal. Les guerres existent mais ne sont pas forcément interminables. Le Rwanda en est la preuve. Pourquoi voit-on si peu d’images positives d’Afrique moderne ? Le jour où je la prendrai comme thème, je préférerai m’en inspirer sous sa forme valorisante. Je présenterai à mes lecteurs l’image d’une Afrique dynamique qui mérite d’être mise à l’honneur.

 

Que voulez-vous prouver en écrivant votre ouvrage « Non je me tairai plus » ?

Avec “Non je ne me tairai plus”, je veux montrer les réalités auxquelles les enfants de la diaspora africaine font face dans les écoles de France. Par extension, je veux présenter les soucis des adolescents en général. Ils sont victimes de harcèlement ou d’agressions. Je leur fais prendre conscience du problème et je leur propose des clés. Ils ont tous besoin d’aide. Aucun enfant ne mérite de souffrir ; aucun enfant ne vient au monde en étant méchant. Je souhaite que mes collègues enseignants et éducateurs se montrent plus observateurs pour intervenir avant que la situation ne s’envenime. Je demande aux parents d’être plus à l’écoute. Ils prendront la mesure des problèmes de leurs enfants et opteront pour des mesures nécessaires.  A travers ce roman, je veux prouver que le harcèlement en milieu scolaire est l’affaire de tous en interpellant aussi bien les jeunes que les adultes.

Qu’est ce qui a été le déclic pour écrire cet ouvrage ?

Les tourments que mes filles ont connus, m’ont rappelé les miens au secondaire, pendant les trois années que j’ai passées en région parisienne. Ceux de mes sœurs, de mes nièces, de certaines élèves ont surgi dans mes pensées. Alors j’ai songé qu’il était temps de parler de harcèlement moral et  de racisme dans le système éducatif français. Le harcèlement, on en parle déjà. Le racisme a reculé mais il reste présent. On le bâillonne, on le nie comme si cela suffisait. Il faut le regarder en face pour le combattre et l’éradiquer.

 

Que vous inspire la situation des femmes et des jeunes filles en Afrique ?

 Les femmes et les jeunes filles d’Afrique s’émancipent avec courage. Elles sont de véritables amazones des temps modernes. Elles sont courageuses, elles agissent pour se réaliser. Les demoiselles utilisent leur intelligence pour étudier, travailler et entreprendre dans tous les domaines. Certaines s’épanouissent dans les disciplines sportives ou artistiques. Toutes savent se mettre en valeur. Les mannequins, actrices et chanteuses africaines n’ont rien à envier à leurs consœurs des autres continents. Les femmes assument leurs responsabilités avec dignité et détermination. Elles sont célibataires, épouses et mères, mères célibataires et carriéristes. Elles mènent de front tous les défis face aux maris, aux enfants, aux patrons, aux partenaires professionnels et aux employés. J’apprécie la tendance “nappy” qui consiste à sublimer le teint et les cheveux naturels. Beaucoup de jeunes filles l’ont adoptée en Afrique. Les autres continuent à s’éclaircir la peau avec des mélanges dangereux, portent les cheveux et coiffures des européennes ou des asiatiques.  Il reste des intrigantes qui m’agacent en adoptant des attitudes provocantes. Elles s’imaginent que cela les mène vers le succès. Elles attirent évidemment l’attention de certains mais pour combien de temps ?  Cependant, il faut un peu de tout pour composer le bouquet de fleurs qui représente la diversité des jeunes filles et femmes africaines.

 

Parlez-nous un peu de votre ouvrage « Shuka, la danseuse sacrée » ?

J’ai une tendresse particulière pour “Shuka la danseuse sacrée” car, c’est mon premier roman. Je l’ai écrit pour rendre hommage à l’Afrique impériale. Celle qui rayonnait autrefois et que les lecteurs connaissent si peu. J’ai abordé, sous une forme romancée, avec des noms inventés, le début de l’esclavage avec ses tromperies et ses agressions. J’ai aussi dévoilé les résistances qui se sont organisées.  Le romancier dispose de toute liberté. J’ai donc, donné la victoire aux résistants africains pour pouvoir terminer le récit sur le respect mutuel entre les peuples et le “vivre ensemble”. Ce roman se lit de différentes façons. Shuka,  le personnage principal est bien plus qu’une jolie fille noire trahie par un bel inconnu. Elle est une allégorie de l’Afrique trompée, agressée par l’Europe mais qui renaît. Je suis convaincue qu’un jour, l’Homme Noir retrouvera sa place.

Est-ce une façon pour vous de contribuer au développement des cultures africaines ?

J’apporte ma petite contribution au rayonnement des cultures africaines. Je présente dans mes romans des pages de l’Histoire, selon la version d’historiens africains et antillais. Ils m’ont enseigné un passé qui nous concerne. Ils m’ont beaucoup appris. Je partage ce savoir avec mes lecteurs. Ils peuvent donc découvrir ce qui est arrivé sous la forme d’un récit où se mêlent action, humour, beauté et émotion. J’évite ainsi la rigueur d’un cours ou d’un essai et je permets de retenir l’essentiel.

Avez-vous des projets ?

J’ai des projets pour d’autres romans. Deux manuscrits sont déjà déposés chez Wa’wa éditions. Je songe à aborder le thème du mariage forcé. Car, il existe encore et même en milieu européen. Je songe aussi à aborder l’esclavage transsaharien et les problèmes de la jeunesse africaine.

Votre mot de la fin

J’espère que mes romans sur l’Afrique “Shuka la danseuse sacrée” et “Agnonlètè une vie d’Amazone” permettront aux lecteurs de mieux connaitre l’Afrique impériale et le début de l’esclavage. Je voudrais aussi que le Ministère de l’Education Nationale prenne connaissance de “Non je ne me tairai plus” pour en faire un outil pédagogique. Il constitue un véritable support pour une campagne de sensibilisation à propos du harcèlement moral et du racisme au collège.

Propos recueillis par AC/AP

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