Cette semaine, le Brief de Jeune Afrique revient sur le coup d’État raté au Bénin, la dette cachée au Sénégal, les conséquences de la condamnation d’un journaliste français en Algérie, les premiers témoignages de la chute d’Uvira à la frontière entre la RDC et le Burundi et les raisons du succès de la compagnie aérienne Asky.
Bonjour à toutes et tous,
Bienvenue dans cette nouvelle édition du Brief de Jeune Afrique, LA newsletter qui revient sur l’essentiel de l’actualité politique et économique du continent.
Au sommaire de cette semaine :
- Sur les traces de Pascal Tigri, auteur du coup d’État raté au Bénin
- Six jours après l’accord de Washington, le M23 s’empare d’Uvira en RDC
- Au Sénégal, enquête sur cette dette que personne ne voulait voir
- La condamnation d’un journaliste français refroidit la relation entre Paris et Alger
- La réussite de la compagnie togolaise Asky
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1. Sur les traces de Pascal Tigri, auteur du coup d’État raté au Bénin
La journée du 7 décembre a sans doute été l’une des plus éprouvantes de la vie de Patrice Talon. Le chef de l’État béninois a bien failli perdre le pouvoir, voire sa vie, après qu’un groupe de mutins a tenté de s’emparer de sa résidence, puis du palais présidentiel. Le cerveau du putsch manqué s’appelle Pascal Tigri, lieutenant-colonel de son état, et sa fuite fait la une des journaux, à Cotonou, depuis le 10 décembre.
Jeune Afrique a couvert, suivi et analysé ce coup d’État manqué. Pourquoi et comment a-t-il échoué ? Comment la France a-t-elle suivi les événements ? Pourquoi le président nigérian a joué un rôle central ?
2. La chute d’Uvira en RDC
Désaveu. La prise d’Uvira par l’AFC/M23 le 10 décembre, moins d’une semaine après l’accord de Washington, sonne comme un désaveu pour la médiation américaine, raconte notre journaliste Romain Gras. Ce nœud stratégique au Sud-Kivu, dans l’est de la RDC, accentue la pression sur le Burundi et la RDC. Kinshasa dénonce l’attitude de Paul Kagame, tandis que le ministre burundais Édouard Bizimana qualifie cette offensive de « doigt d’honneur » aux États-Unis, y voyant une « humiliation […] pour le président Trump ».
Détente. Face à cette escalade, Washington tente de sauver le processus. L’ambassadrice Lucy Tamlyn temporise, affirmant que « la signature ne marque pas la fin du travail mais plutôt le début ». Si Kinshasa réclame des sanctions pour garantir la sécurité, condition sine qua non pour que les Américains investissent dans les mines congolaises, la coopération militaire reste limitée : une visite du commandement de l’Africom n’est désormais attendue que début 2026.
3. Où est la dette cachée du Sénégal ?
Emballement. Pendant plus d’un an, Jeune Afrique a reconstitué la mécanique qui a mené le Sénégal à l’un des pires cas de « misreporting » (fausse déclaration) de l’histoire du FMI, avec près de 11,5 milliards d’euros dissimulés. Responsabilités politiques passées et actuelles, alertes ignorées, conséquences pour le pays… Thaïs Brouck, Fatoumata Diallo et Marième Soumaré livrent une longue enquête et dévoilent les angles morts d’un système budgétaire qui s’est emballé.
Déni. Plusieurs personnes centrales dans la gestion de cet épineux dossier sous l’ancienne administration sont restées en poste, malgré les promesses de rupture de Bassirou Diomaye Faye.« Ce qui m’intrigue, c’est que ces personnalités qui étaient en responsabilité sous Macky Sall, et qui ont, de fait, une part de responsabilité, sont aujourd’hui encore en poste, voire ont pris du galon », pointe une source avertie des négociations avec le FMI. Peut-on, dans ces conditions, parler de « dette cachée » ?
Dans le mur. Développement du TER, de la ville nouvelle de Diamniadio, électrification du pays, Air Sénégal… Cette accumulation de projets dispendieux peut-elle expliquer la dérive des finances publiques ? Ont-ils alimenté la dette ? Les avocats de Macky Sall assurent que les règles comptables ont changé et qu’elles intègrent désormais la dette des entreprises publiques dans celles de l’État. En attendant, le développement du Sénégal s’est arrêté net : « le gouvernement actuel se refuse à l’admettre et à le déclarer publiquement, mais le pays va mettre des années à s’en remettre et la population va souffrir. Une cure d’austérité est inévitable », regrette un économiste basé à Dakar.
4. Paris et Alger de nouveau en froid
Regain de tension. Avec la condamnation en appel du journaliste français Christophe Gleizes, le 3 décembre, à sept ans de prison par un tribunal de Tizi Ouzou sur la base de l’article 87 bis 4 du Code pénal consacré à « l’apologie du terrorisme », le temps du dégel entre Alger et Paris a vécu. « Les autorités françaises le considèrent comme un otage au même titre que l’écrivain Boualem Sansal qui a fini par être gracié », estime Arezki Saïd dans Jeune Afrique. Pourtant, « une phase de rapprochement avec les autorités algériennes semblait bien engagée, alors qu’une visite à Alger du ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez devrait intervenir rapidement, mais elle pourrait être compromise par la sévérité de la cour d’appel. Sauf si, comme Boualem Sansal avant lui, Christophe Gleizes devait bénéficier rapidement d’une mesure de grâce ».
Marchandage. C’est la presse algérienne qui, le 8 décembre, a dit tout haut ce que les officines diplomatiques travaillaient à conserver dans l’ombre, explique le journaliste. Ce jour-là, le quotidien francophone Le Soir d’Algérie et le journal arabophone El Khabar publient la même diatribe incendiaire en une et sous le même titre : « Justice française : quand Paris sombre dans sa propre hypocrisie » Sous cette attaque, les articles de la presse algérienne suggèrent explicitement que, pour Alger, Christophe Gleizes est une monnaie d’échange utilisée pour tenter d’arracher la remise en liberté de l’agent du consulat de Créteil. « On est bien conscient que les Algériens agitent désormais le dossier du journaliste français comme un moyen pour faire pression sur l’Élysée afin de faire tomber les chefs d’accusation contre cet agent et obtenir son rapatriement », observe un diplomate français familier du dossier.
5. La compagnie qui transforme Lomé en hub incontournable
Les faits. Avec 1,1 million de passagers transportés en 2023, Asky s’est imposée face à des rivaux nationaux comme Air Côte d’Ivoire et Air Sénégal. Dirigée par Esayas Woldemariam Hailu, la compagnie togolaise a célébré ses quinze ans en recevant son 15e appareil. Soutenue par l’État togolais et Ethiopian Airlines (qui détient 22,46 % du groupe), elle a transformé Lomé en un hub de transit incontournable, drainant près de 22 000 passagers par semaine vers 26 pays du continent.
Pourquoi ça marche. Cette réussite repose sur une alliance stratégique avec le géant éthiopien, analyse Salimata Koné. Ce « partenariat gagnant-gagnant », selon l’expert Ablaye Mbaye, assure à Asky des commandes groupées de Boeing et une gestion rigoureuse. Contrairement à ses concurrents régionaux, le transporteur « fonctionne sans subventions étatiques », précise le spécialiste Ibra Wane. Après avoir installé un simulateur de vol à Lomé, Asky lancera ses liaisons vers Paris, Madrid et Beyrouth dès 2026.
