SITUATION ECONOMIQUE DU MALI : Les opérateurs économiques du pays broient du noir, la population impactée

SITUATION ECONOMIQUE DU MALI : Les opérateurs économiques du pays broient du noir, la population impactée

Les opérateurs économiques, les commerçants grossistes et détaillants ainsi que les populations maliennes commencent à sentir les conséquences économiques du Coronavirus, la fermeture des frontières dans le monde et l’embargo de la Communauté des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao). En effet, de nombreux produits de grandes consommations commencent à manquer sur les marchés maliens. Déjà, selon un rapport des Nations-Unies, l’impact économique du COVID est désastreux pour le Mali avec une croissance très en baisse attendue en 2020. La croissance économique pour 2020 va chuter de 5% à 0,9% selon un rapport du Fonds monétaire international (Fmi). En clair, ces études prédisent une chute de la croissance annuelle en dessous du taux de croissance moyen de la population nationale de 3%. Une situation qui poussera davantage plus de Maliens dans la pauvreté. Car, relève les experts des institutions financières internationales, cette chute de la croissance va augmenter le taux de pauvreté de 2,7%, ce qui correspond à presque 800 000 nouveaux pauvres dans le pays. L’effet se faisant sentir dans les ménages et dans les commerces fait craindre le pire. Détenteur d’une grande boutique dans le grand marché de Bamako, Abdoulaye Fofana constate l’épuisement de son stock qui peine à se renouveler faute d’échanges commerciaux entre le Mali et son pays fournisseur, la Chine. En réalité, la Chine est le principal pays d’approvisionnement du Mali. « Je crains le pire pour mes affaires. Depuis plus de neuf mois, je n’arrive pas à faire venir mes containers. Et, comme vous pouvez le constaté, mon stock s’épuise de jour en jour. Les clients viennent pour acheter mais, je n’ai pas suffisamment la quantité nécessaire. Les affaires ne marchent plus comme avant. Parce que, de nombreuses frontières restent fermer. Ce qui n’arrange personnes », fait-il remarquer. Trouver certains produits de grandes consommations dans le marché relève d’un véritable parcours du combattant. Avec la rareté de certaines denrées de premières nécessités, les prix flambent. Ils passent du simple au triple. La conjoncture est réelle au Mali. Ce qui fait craindre le pire selon Ousmane Diakité, vendeur d’oignon au grand marché de la capitale malienne. A l’en croire, les familles démunies seront les plus approuvées durant ces périodes de difficultés. « Nous sommes obligés d’augmenter le prix de nos produits parce qu’il y a une rupture dans l’approvisionnement. Donc, si nous ne faisons pas plus de bénéfice sur nos stocks, nous aurons du mal à reprendre à la fin de la crise. Nous allons vers des lendemains incertains », prévient le commerçant. Qui lance un appel aux populations afin de soutenir les familles pauvres. Dans certains marchés, le kilogramme de la viande est intouchable. Il est vendu entre 3 500 francs Cfa et 4 000 francs Cfa. Malgré cette augmentation, les commerçants se plaignent. « Il est très difficile de s’en sortir en cette période de crise. Parce que, les clients se font rare à cause de la hausse des prix mais aussi de la baisse du pouvoir d’achat. Les gens ne travaillent plus comme avant parce que tout est à l’arrêt. Les affaires ne bougent plus. Beaucoup de personnes ont perdu leur emploi. Donc, ils n’ont plus une source de revenu », témoigne le boucher Mamadou Diallo. Il a été constaté une augmentation brutale des pertes d’emploi, en particulier dans les secteurs tertiaire et secondaire. En réalité, les entreprises du pays ne sentent pas l’efficacité des mesures d’appui à l’économie de l’Etat.

Les mesures de l’Etat inefficaces

Au début de la crise, l’ancien Président déchu de la République du Mali, Ibrahim Boubacar Keita avait annoncé un montant de 500 milliards de francs Cfa pour soutenir l’économie nationale et les populations vulnérables. Malgré cette mobilisation, la situation économique du pays reste désastreuse.  « Je vends du poisson mais la période est difficile. Le poisson se fait de plus en plus rare sur le marché. Avec la fermeture des frontières, il est difficile de voir un camion frigorifique débarquer dans la capitale. Nos poissons viennent du Sénégal et de la Côte-D’Ivoire et avec le coup d’Etat, ces pays ont fermé leurs frontières avec le Mali. Cela impact beaucoup nos activités économiques », se plaignent Hawa Traoré, vendeuse de poisson de mer. Face aux difficultés qu’elle traverse, elle demande aux Présidents des pays frontaliers du Mali de faire preuve de bon sens. Car, selon elle, ce sont les plus démunies qui sentent les difficultés économiques et les conséquences des restrictions. « Dans une famille normale, vous devez faire des dépenses quotidiennes de 5 000 francs Cfa pour subvenir au besoin alimentaire. Mais, de nos jours, il est très difficile de trouver même la moitié de ce montant. La crise économique est une réalité au Mali », se désole-t-elle. Par ailleurs, certains maliens qui craignent une pénurie se sont approvisionnés au niveau des stations-services des hydrocarbures. Il s’agit pour eux de prévenir en lieu et place de guérir. C’est le cas de Bacary Dabo qui s’active dans la production agricole. Selon lui, le stock de carburant est une nécessité pour la survie de ses activités qui dépendent de ce produit. « Vous savez, nous sommes dans une période d’incertitude économique. Ce n’est pas seulement le Mali qui est affecté mais tout le monde. La crise est partout. Donc, il faut s’attendre à tout en ce moment. Parce que, le monde est économiquement affaiblit », soutient ce sexagénaire qui redoute le pire pour son pays. Une crainte qui vient du fait qu’il y a trop de pauvres dans le pays. « La situation actuelle n’arrange pas de nombreux maliens qui étaient déjà dans des difficultés économiques.

Le Produit intérieur brut du pays en chute libre

En parcourant le rapport des Nations-Unies et du Fonds monétaire internationale, le pire est à craindre au Mali dans les prochains mois. En effet, ces deux documents annonces une catastrophe économique pour le pays qui commence à sentir les effets de la crise. Car, le montant de la chute du PIB nominal projeté après deux mois de crise correspond à ce qui aurait été nécessaire pour éradiquer la pauvreté au Mali. Ainsi, en terme nominal, la chute du produit intérieur brut (Pib) correspond à une perte de 490 milliards de francs Cfa. L’équivalent de ce que le Gouvernement estime comme l’effort d’investissement nécessaire pour éradiquer la pauvreté, mesuré par sa profondeur, c’est-à-dire le déficit collectif moyen des dépenses des pauvres par rapport au seuil de pauvreté pour l’ensemble de la population. En 2018, ce montant était estimé à 480,9 milliards de francs Cfa.  Selon Boubacar Haidara, Chercheur associé, après la crise du Covid-19, « le monde ne sera plus jamais le même » et le Mali ne sera pas épargné par le changement. « Le délabrement du système de santé malien est surtout le fait d’une corruption endémique qui voit les deniers publics être accaparés par une minorité. Par exemple, plus de 700 milliards de francs Cfa ont été détournés entre 2005 et 2017, selon un rapport élaboré en novembre 2018 par le Canada au nom des bailleurs internationaux du Mali. Selon un autre rapport du bureau du vérificateur général, 153 milliards de franc Cfa ont été détournés seulement en l’espace de deux ans, entre 2013 et 2014 », a fait savoir le chercheur. Qui estime que les services publics en général, et l’hôpital tout particulièrement, ont été totalement délaissés par l’Etat malien. « L’une des raisons en est que la classe dirigeante ne s’y soigne presque jamais. Au moindre pépin, elle préfère se rendre dans des hôpitaux du Maghreb ou d’Europe pour bénéficier des meilleurs soins. D’une part, la crise sanitaire souligne les inégalités car les plus précaires n’ont d’autre choix que de continuer à travailler, en prenant le risque de s’exposer au virus. Mais d’autre part, pour ces pays africains qui se sont illustrés par la corruption, la crise du Covid-19 vient instaurer une forme de justice sociale dans la mesure où le tourisme médical, à cause de la fermeture des frontières, est suspendu », a-t-il indiqué. Avant d’ajouter qu’au Mali, on n’a jamais ressenti l’utilité d’un hôpital digne autant que maintenant car avec la crise actuelle, que l’on soit pauvre ou riche, tout le monde est désormais soigné sur place. A cet effet, il pense que cette situation pourrait susciter une prise de conscience de l’utilité d’une réorganisation profonde du système de santé à travers des investissements massifs en vue de son amélioration. « On peut donc supposer que le Mali, après cette pandémie, pourrait devenir plus égalitaire, au moins sur le plan de la santé », espère-t-il.

Adama COULIBALY

Economie