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Au Mali, le VIH-SIDA devient plus une question sociale que sanitaire. Beaucoup préfèrent se taire sur la maladie malgré les enjeux qui entourent que de se voir humilié à cause des prétentions des uns et des autres dans la société qui y vivent. Dans bien des cas, les personnes vivant avec le VIH (PVVIH) sont victimes de violations de leurs droits humains : discrimination, rejet familial, perte d’emploi ou encore exclusion sociale, mais, la stigmatisation se fait parler dans les chaînes de lutte. Alors que, la Déclaration Universelle des Droits Humains(DUDH) protège au premier rang les Hommes contre ces formes de Violations. Et, aussi, la loi 06-028 relative à la prévention, la prise en charge et le contrôle du VIH condamne et sanctionne.
Le VIH-SIDA est une maladie chronique et transmissible qui attaque le système immunitaire, mais la stigmatisation attaque le lien social, qui est le socle de la prévention. Aujourd’hui, la perception négative des uns et des autres sur le VIH joue en effet et crée un climat de peur. Pour les personnes c’est une humiliation et, cela se traduit, pour un agent de santé une difficulté d’approche car les campagnes de dépistages de masse, une étape importante de la lutte, se rencontrent souvent à la méfiance des populations. pourtant, certains acteurs ou partenaires d’arrache-pied essayent, malgré tout, d’emboîter les pas du ministère de la Santé et du Développement Social(MSDS) pour répondre à la demande de l’objectif du Développement Durable(ODD) qui vise à mettre fin à la maladie sous toutes ses formes, d’ici 2030. Parmi ces acteurs engagés figurent notamment le Secrétariat exécutif du Haut Conseil national de lutte contre le VIH-SIDA (HCNLS), ARCAD Santé, ainsi que l’Agence nationale de sécurité sanitaire (ANSS). Ces organisations mènent régulièrement des campagnes de sensibilisation, de dépistage et d’accompagnement des personnes vivant avec le VIH, souvent en collaboration avec les leaders religieux et coutumiers. Malgré tout, au-delà du virus lui-même, c’est le regard de l’autre qui constitue aujourd’hui le frein le plus puissant non seulement pour les patients, mais aussi pour les acteurs de santé et les associations sur le terrain. Face à cette situation, une seule question se pose :
A quand la fin de la violation des droits humains des séropositifs au Mali ?
Les Droits Humains et le VIH-SIDA sont intimement liés. Le non-respect des droits humains contribue à la propagation du VIH, tandis que, le VIH, lui-même entrave les droits humains. Si toutefois, le VIH-SIDA reste un sujet tabou au Mali, un pays qui tient beaucoup à la cohésion et à la réputation se voyant aussi associer, à tort, à des comportements jugés immoraux ou à des pratiques sexuelles illicites et que des croyances traditionnelles persistent dans plusieurs localités du pays, associant parfois la maladie de tout mal azimut ( sorcellerie, malédiction divine, infidélité), l’élimination du SIDA demeurera un objectif lointain et la lutte sera toujours compliquée. Pour aller plus loin, nous avons rencontré quelques victimes pour les témoignages.
Pour les personnes vivant avec le VIH, la stigmatisation constitue une véritable double peine. La peur du rejet familial ou professionnel pousse beaucoup d’entre elles à garder le silence. A.K., une jeune femme vivant dans la zone de Kabala, à Bamako, en a fait l’expérience. Diagnostiquée séropositive lors de sa grossesse, elle a préféré cacher sa maladie à son mari, craignant un divorce ou un rejet. Elle dissimulait ses médicaments dans des boîtes d’épices afin de prendre son traitement en secret. Cette situation a entraîné plusieurs oublis dans la prise des antirétroviraux, augmentant ainsi le risque de transmission du virus à son enfant. A ses dires, son mari a pu découvrir ce qu’elle cachait qui a sérieusement compliqué sa vie : 《 mon épouse qui ne veut plus faire l’enfant avec moi et sa famille ne veut plus aussi m’approcher 》, a-t-elle déclaré avant de dire qu’elle traverse ce calvaire depuis une année et demie. Ce genre de comportement est condamné et sanctionné par les avancées des articles 34 et 35 de la loi 06-028 relative à la prévention à la prise en charge et le contrôle du VIH au Mali. N’est-elle plus valable ? En tout cas !
Les agents de santé et les relais communautaires ne sont pas épargnés par cette situation. Lors des campagnes de sensibilisation, ils sont parfois victimes d’insultes ou d’accusations injustifiées.
Batoma Sanogo, relais communautaire dans un centre de santé communautaire de Bamako(CSCom), témoigne : 《 Lors des campagnes, certaines personnes nous insultent. Elles disent que nous faisons cela pour l’argent ou que nous sommes nous-mêmes séropositifs》. Face à ces réactions hostiles, les agents de santé doivent redoubler de prudence afin de garantir la confidentialité des patients.《 Nous sommes parfois obligés de coder les rendez-vous pour protéger nos patients》, a-t-elle expliqué. Par ailleurs, la stigmatisation peut aussi exister au sein même des structures sanitaires, lorsque certains agents adoptent des attitudes discriminatoires envers les personnes séropositives. Notre relais communautaire profite à inviter et à rappeler ses collaborateurs à ne pas être à la fois source de stigmatisation lors des traitements des patients ce qui constitue une source de prolifération de la maladie SIDA et complique la lutte, laisse-t-elle entendre.
Au terme de cette analyse approfondie que nous venons de faire, force est de reconnaître que l’Etat malien et ses partenaires techniques et financiers jouent un rôle crucial dans la lutte contre le VIH-SIDA au Mali. Pour preuve palpable, la réduction de la prévalence de la maladie à 0,76 % en 2025. Cependant, l’Etat doit redoubler d’efforts en multipliant les initiatives comme déjà fait : l’implication des leaders religieux. Il doit également vérifier et renforcer les liens de partenariats. La lutte contre le VIH-SIDA ne doit surtout pas être focalisée uniquement sur le plan sanitaire, mais plutôt sur le plan social. Il est donc impératif de renforcer les lois protégeant les droits des personnes vivant avec le VIH contre la discrimination au travail et dans l’accès aux soins. La formation des acteurs de santé doit insister davantage sur l’éthique et la confidentialité et l’éducation dans les écoles et les médersas doit démystifier la transmission du virus pour couper l’herbe sous le pied des rumeurs.
Sans ces choses, l’objectif de mettre fin à l’épidémie de SIDA d’ici 2030, tel que prévu par les Objectifs de Développement Durable, risque de rester hors de portée.
Youba Doumbia….

