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Issa Kaou N’Djim n’est plus membre du Conseil national de transition (CNT). Son décret de nomination a été abrogé par le colonel Assimi Goïta au moment crucial où il est mis en cause par la justice. Celui qui « défend » le président de la transition depuis les premières heures et qui ne manque pas de se montrer critique sur son Premier ministre se trouve dans une situation complexe. Poursuivi par le Tribunal de grande instance de la Commune IV de Bamako, en procédure de flagrance, pour « atteinte au crédit de l’Etat et incitation au trouble à l’ordre public », il connaîtra son sort le 3 décembre. Pour l’ex quatrième vice-président du Conseil national de la transition, on veut juste le faire taire.  « Imperturbable : adjectif, sens : Que rien ne trouble, n’émeut, n’ébranle. Synonymes : calme, froid, indifférent, insensible. Contraire : émotif ». En accolant ce qualificatif au président de la transition, Issa Kaou N’Djim connaissait visiblement cette définition complète que donne le dictionnaire Larousse au mot. Mais il était loin de s’imaginer à quel point le Colonel Assimi Goïta était « imperturbable ». Et c’est sans état d’âme qu’il a éjecté le quatrième vice-président du CNT de son fauteuil de parlementaire, au moment le plus inopportun pour lui. Tonitruant et contesté  Issa Kaou N’Djim fait partie des premiers soutiens du Colonel Goïta, alors qu’il était vice-président et dont il soutenait la candidature à la prochaine présidentielle à travers la création de la plateforme «  Appel citoyen pour la réussite de la transition » (ACRT). Après le coup de force du 24 mai dernier, suite auquel le Colonel Assimi Goïta devint président de la transition, le personnage commençait à déranger. Il était devenu un caillou dans la chaussure et du CNT et du président de la transition lui-même. Ses appels à la candidature de ce dernier, ses critiques acerbes visant le Premier ministre Choguel Kokalla Maïga vont lui valoir d’être rappelé à l’ordre par ses pairs de la conférence des présidents, en la présence même du colonel Malick Diaw, président du CNT. Pour l’analyste politique Salia Samaké, cette stratégie de tirer sur le Premier ministre et paradoxalement de vouloir soutenir le président de la transition dénote du caractère malsain du jeu. « On ne peut pas vouloir une chose et son contraire. Le succès de la transition passe inévitablement par le succès de ses deux têtes. Issa Kaou N’Djim ne peut pas dire soutenir le président de la transition et ne pas vouloir soutenir son instrument de travail, qui est le Premier ministre et qui lui permet de réaliser ses objectifs. A mon avis, le jeu de support qu’il est en train de faire vis-à-vis d’Assimi Goïta n’est pas très clair. Jusqu’à preuve du contraire il n’est pas dans un jeu sain ». Ballan Diakité s’inscrit dans le même registre. « Cela relève d’une stratégie de diversion. Sinon ça n’a pas de sens en réalité. Vous ne pouvez pas soutenir le président et détester son Premier ministre. Tout ce que le Premier ministre décide, il le fait avec le président de la transition. Les décisions du gouvernement sont prises au Conseil des ministres, qui est présidé par le président de la transition », renchérit l’analyste politique.   Par ailleurs Issa Kaou N’Djim agace parmi ses pairs du CNT. Ces derniers ont adopté pour le principe et afin d’éviter que s’installe un précédent fâcheux, la résolution demandant la suspension de sa détention le 4 novembre dernier conformément à l’article 62 de la Constitution. Celui-ci dispose qu’ « aucun membre de l’Assemblée nationale ne peut, pendant la durée des sessions, être poursuivi ou arrêté en matière criminelle ou correctionnelle qu’avec l’autorisation de l’Assemblée nationale, sauf en cas de flagrant délit ». « Les membres du CNT ont joué leur rôle mais dans l’ensemble 60 à 70% des membres du CNT n’aimaient pas Issa Kaou N’Djim », confie un proche de Malick Diaw. « Si c’était la personne d’Issa Kaou N’Djim, personnellement ma façon de voir serait autre chose. Mais il ne s’agit pas de cela. Il s’agit de l’Institution, il s’agit du droit », déclare Dr. Youssouf Z. Coulibaly, président de la commission Administration territoriale et membre de la Commission Ad hoc. Selon nos informations, « des gens » on même voulu que la Commission ad hoc demande l’abrogation de la nomination du quatrième vice-président du CNT dans la résolution adoptée. Mais elle a refusé.  Censure Suite à ses sorties médiatiques critiques envers le Premier ministre Choguel Kokalla Maïga, Issa Kaou N’Djim a été incarcéré le 28 octobre dernier par le Tribunal de grande instance de la Commune IV de Bamako, en procédure de flagrance, pour « atteinte au crédit de l’Etat et de ses institutions et incitation au trouble à l’ordre public ». Grâce à la résolution du CNT demandant la suspension de sa détention, il  sort de prison le 9 novembre. Cependant, l’organe législatif de la transition n’ayant pas demandé l’abandon de la poursuite, il comparaitra à la barre le 3 décembre prochain pour le délibéré de l’affaire. « C’est l’un des deux cas. Si le juge venait à déclarer monsieur Issa Kaou N’Djim coupable des faits qui lui sont reprochés et le condamne à une peine d’emprisonnement ferme, en décernant un mandat contre lui à la barre, il va immédiatement retourner en prison, parce qu’on va immédiatement exécuter la décision », explique Idrissa Touré, le procureur de la République près le Tribunal de grande instance de la Commune IV de Bamako. C’est donc en un moment crucial et inopportun qu’il été « lâché en plein vol » par l’imperturbable colonel Goïta. Ne bénéficiant plus d’immunité parlementaire, Issa Kaou N’Djim pourrait retourner en prison. A en croire le Procureur, dans l’affaire, le seau de l’immunité a été brandit par les membres du CNT pour juste se mettre à l’abri de la loi. « C’est moins pour faire valoir le respect de la constitution que pour se protéger devant de telles poursuites. Je rappelle que l’autre avait écrit que « dans les temps contraires, chacun travaille et chacun sert. Malheur à qui dit à ses frères : je retourne dans le désert ! S’ils ont préféré retourner le dessein de leur immunité pour tirer sur leur pays et le tirer davantage dans le gouffre, cela dénote de leur degré de patriotisme ». Dans cet imbroglio juridique, le désormais ex quatrième vice-président du CNT pense qu’il y a « une volonté politique de le faire taire ». Auditionné le 2 novembre dernier par la commission ad hoc du CNT, il a expliqué qu’il a été interpellé nuitamment le 26 octobre à son domicile « comme un vulgaire délinquant par des éléments de la gendarmerie venus dans deux véhicules bourrés d’agents et disant agir en vertu d’un soi-transmis du procureur de la République près le Tribunal de grande instance de la commune IV ». Il a poursuivi que cela faisait suite, dans la même journée, à une convocation par appel téléphonique à la sécurité d’Etat « où pendant trois heures on a tenté de l’intimider par rapport à ses différents voyages à l’étranger, notamment en France ». La commission ad hoc du CNT rapporte qu’il a déclaré « qu’il aime le Mali. Que gagnerait-il à le faire déstabiliser » ? Ballan Diakité soupçonne en toute l’affaire, une diversion du pouvoir, tentant de légitimer l’action judiciaire. « En l’apparence on pense qu’Assimi Goïta lâche Issa Kaou N’Djim, mais je n’y crois pas trop. C’est peut-être pour donner une fausse impression aux Maliens, faire passer le message qu’on n’est pas dans une justice à géométrie variable. Par le passé cette même justice s’en est prise à d’autres opposants qui tenaient le même langage qu’Issa Kaou N’Djim et qui ont été incarcérés pendant un moment donné, tels que Ras Bath par exemple », explique-t-il. Pour Salia Samaké, on ne peut pas dire que le président de la transition a « lâché » Issa Kaou N’Djim, dans la mesure où les deux n’étaient pas ensemble. Perspectives C’est un mauvais karma qui poursuit Issa Kaou N’Djim. Poursuivi en justice, déshérité de la CMAS, en délicatesse avec son mentor et beau-père Mahmoud Dicko, débarqué du CNT par celui qu’il « a toujours soutenu », il est de plus en plus esseulé. Il a transformé sa plateforme «  Appel citoyen pour la réussite de la transition » (ACRT) en parti politique. Et le voir bientôt rallier d’autres alliances est une possibilité, comme cette opposition incarnée aujourd’hui par le Cadre d’échange des partis et regroupements politiques pour une transition réussie. « C’est bien possible. Avec ses déboires judiciaires et autres, il a besoin d’avoir une certaine couverture. Le voir aujourd’hui au sein d’un groupement politique contre la transition ne me surprendrait pas », se projette Salia Samaké. « Issa Kaou N’Djim est un phénomène politique. C’est quelqu’un qui change de posture, d’attitudes en fonction des circonstances. C’est quelqu’un de très fort en matière de critiques ou d’opposition à un régime. La politique est le terrain de l’incertitude. Tout va dépendre des contextes qui lui seront offerts dans les jours à venir et le jeu d’alliance qu’il va pouvoir faire avec d’autres acteurs politiques », analyse Ballan Diakité. Déjà, des rumeurs faisant état d’une possible alliance avec le Mouvement de son avocat, Me KassoumTapo, le Mouvement pour la refondation du Mali (MOREMA) font écho sur les réseaux sociaux. Abandonné de toute part, il peut compter sur sa famille, dont notamment Fatoumata Dicko, la fille de l’imam Mahmoud Dicko, qui l’accompagne partout. C’est elle qui l’attendant à sa sortie de détention.  Boubacar Diallo 

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