Au Mali, la lutte contre le VIH-SIDA est un combat de longue haleine, surtout, profondément liée à la question des inégalités de genre, elle devient encore plus difficile, lesquelles constituent aujourd’hui l’un des principaux obstacles à l’éradication de la maladie.
Bien que la prévalence nationale du VIH soit relativement faible estimée à environ 0,76 % en 2025, cette moyenne cache une réalité marquée par de fortes disparités, où les femmes, en particulier celles vivant en milieu rural, restent les plus exposées. Si dans les centres urbains certaines femmes parviennent, tant bien que mal, à accéder à l’information et aux services de santé, la situation est tout autre dans les villages. Là-bas, les femmes continuent de subir les conséquences d’un système social et culturel qui limite leur autonomie, notamment en matière de santé sexuelle et reproductive.
Certes, le VIH-SIDA est une réalité prise en compte par l’État malien. À travers le Secrétariat exécutif du Haut Conseil National de Lutte contre le VIH-SIDA (HCNLS) et avec l’appui de partenaires techniques et financiers, des actions de prévention, de dépistage et de prise en charge sont menées quotidiennement. Cependant, les inégalités de genre, particulièrement en milieu rural, continuent de freiner l’efficacité de ces interventions. Selon les données du DHS Program, la prévalence du VIH chez les femmes rurales est estimée entre 0,9 % et 1,5 %, contre 1,9 % à 2,2 % chez les femmes vivant en milieu urbain. Pourtant, malgré cette prévalence apparemment plus faible, les femmes rurales demeurent structurellement plus vulnérables. Leur fragilité s’explique par plusieurs facteurs, notamment, le manque d’accès à l’information fiable, les mariages précoces, le faible niveau d’éducation, la violence basée sur le genre (VBG), souvent justifiée par des considérations traditionnelles, religieuses ou coutumières. Face à cette situation, une question centrale s’impose :
À quand la fin des inégalités auxquelles les femmes sont confrontées face au VIH-SIDA au Mali ?
Selon l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), le SIDA syndrome d’immuno déficience acquise correspond au stade le plus avancé de l’infection par le VIH.
Au Mali, l’épidémiologie du VIH révèle un déséquilibre clair entre les sexes. La prévalence est plus élevée chez les femmes que chez les hommes, avec un pic estimé à 1,9 % chez les femmes âgées de 25 à 29 ans, contre 2,2 % chez les hommes de 30 à 34 ans. Cette réalité démontre que la lutte contre le VIH ne pourra être gagnée tant que les femmes ne disposeront pas d’un réel pouvoir décisionnel sur leur propre protection. Alors, pour l’intérêt du sujet, nous avons décidé d’aller interroger quelques victimes pour les témoignages.
Une fille victime de mariage précoce n’a pratiquement aucun pouvoir de décision sur sa vie sexuelle face à un mari beaucoup plus âgé qu’elle. Une réalité qui illustre parfaitement le cas que nous présentons ici.
Nous avons rencontré A.D., une jeune fille de 14 ans, mariée à un homme de 35 ans, dans la commune rurale et sous-préfecture de Tiakadougou Faraba. Elle raconte :《 Aux premières heures de notre mariage, je ne comprenais rien. Mais après une année, j’ai commencé à douter de mon mari, qui est chauffeur pour un transporteur. Il peut faire deux ou trois jours en voyage sans être à la maison. Dans cette situation, il est exposé aux risques. J’ai essayé de lui parler en privé pour que nous puissions adopter un système de protection (utilisation du préservatif), surtout que nous avions déjà un enfant. Il a mal interprété ma demande, m’accusant de le soupçonner d’infidélité et me traite d’infidèle. Il a même menacé de rompre le mariage si je n’abandonnais pas cette idée》. A.D. n’est pas un cas isolé. Beaucoup d’autres jeunes filles vivent dans la même situation. Il faut rappeler que le Mali figure parmi les pays ayant l’un des taux les plus élevés de mariages d’enfants au monde : 58,2 % des femmes âgées de 18 à 49 ans ont été mariées avant leurs 18 ans, et près de 20,3 % avant l’âge de 15 ans. Une situation préoccupante qui mérite une attention urgente.
Dans la même localité, Fatoumata Coulibaly, 40 ans, raconte son calvaire. Elle affirme n’avoir jamais eu l’occasion de faire un dépistage du VIH-SIDA à cause de l’opposition de son mari, alors même que la maladie a emporté une de ses amies proches.《 Si je décide d’y aller, mon mari me menace et me dit : Aucune femme de notre famille n’a jamais fait ce genre de chose et tu ne feras pas exception. Nous tenons encore à nos coutumes et à la tradition de la région. Ainsi, elle voit passer les campagnes de dépistage, de sensibilisation et de prise en charge sans pouvoir y participer.
La violence basée sur le genre (VBG) constitue un autre pilier de cette inégalité et demeure un moteur puissant de l’épidémie. Le contexte malien est particulièrement préoccupant, avec plus de 7 000 cas enregistrés en 2024.
Dans un hameau de Sanankoroba, une jeune femme de 22 ans confie : 《 Je ne savais presque rien sur le SIDA, encore moins sur ses moyens de prévention. Tout ce que je savais, c’est que quand on est atteint du VIH-SIDA, on devient très maigre》Elle explique avoir été sensibilisée grâce à une amie venue de Bamako pour les vacances : 《 Elle me poussait à assister aux campagnes des petits projets intervenant dans le village et à rencontrer les points focaux des organisations de santé au centre de santé de la commune》. Grâce à cela, elle affirme aujourd’hui mieux connaître la maladie et ses moyens de prévention. Car il est difficile de lutter efficacement contre une maladie que l’on ne connaît pas. Pourtant, dans les zones rurales et très excentrées, l’accès à l’information et à l’éducation sexuelle demeure encore un luxe.
Pour inverser la tendance, l’État malien doit, au-delà des efforts existants de multiplier et renforcer les actions ciblées en milieu rural, de diversifier les sources de financement, de renforcer la lutte contre les pratiques discriminatoires, d’assurer un meilleur suivi des projets financés, et surtout, de placer l’autonomisation des femmes au cœur des stratégies de lutte contre le VIH-SIDA.
À défaut, les inégalités continueront de produire des victimes, et la lutte contre le VIH-SIDA restera un discours sans impact réel sur le terrain.
Youba Doumbia….

