Commission d’enquête sur le Covid-19 au Brésil: Bolsonaro va devoir «rendre des comptes»

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Depuis l’apparition du Covid-19 au Brésil, le président Jair Bolsonaro semble tout faire pour minimiser son impact. Aujourd’hui, plus d’un an après le début de la pandémie, le pays est dans une situation catastrophique avec près de 400 000 morts. Ce mardi 27 avril, une commission parlementaire brésilienne va se pencher sur les omissions du gouvernement en matière de gestion de la crise. Entretien avec Frédéric Louault, professeur à l’Université Libre de Bruxelles et vice-président de l’observatoire politique de l’Amérique latine et des Caraïbes.

RFI : Qu’est-ce qui a mené à la mise en place de cette commission, quelles sont les erreurs qui ont été commises ?

Frédéric Louault : L’événement majeur qui a amené à la mise en place de cette commission, ce sont les absences et les négligences du gouvernement fédéral dans la gestion de la crise à Manaus, et dans l’État d’Amazonas en particulier. Au-delà de ça, c’est toute la politique (ou l’absence de politique) du gouvernement fédéral qui est mise en cause, toute cette stratégie de déresponsabilisation du président Jair Bolsonaro. Cette commission parlementaire va donc essayer de faire le point sur ce qui a été mis en œuvre – ou ce qui aurait dû être mis en œuvre et qui ne l’a pas été, et quelles sont les responsabilités des différentes autorités.

Cette commission est censée enquêter sur le travail réalisé par l’ensemble du gouvernement, notamment les ministres de la santé qui se sont succédé, mais c’est le président Jair Bolsonaro qui semble visé…

C’est une enquête qui vise en premier lieu le chef de l’État, donc Jair Bolsonaro – qui d’ailleurs, avant de choisir le général Pazuello, avait démis de leurs fonctions deux autres ministres de la Santé. Car les orientations qu’ils prenaient étaient plutôt dans la logique politique classique que l’on a pu voir dans d’autres États, ce qui ne correspondait pas à la vision du président Jair Bolsonaro…

Mais il y eu aussi tout un travail et un débat pour savoir qui allait être impliqué dans cette commission d’enquête parlementaire, et Jair Bolsonaro a fait beaucoup d’effort pour l’élargir, notamment en y impliquant les gouverneurs des États et les maires des principales villes du pays, pour tenter de diluer un petit peu sa responsabilité.

Si d’aventure cette commission confirme des erreurs en matière de gestion de cette crise, quelles pourraient être les conséquences ?

Tout d’abord cette enquête est symbolique. À un an des élections présidentielles, c’est une mise en cause très forte de l’action du président de la République par le Congrès. Un Congrès ne les présidents, celui du Sénat et celui de l’Assemblée nationale, sont paradoxalement proches du président. C’est la Cour suprême du Brésil qui a un peu forcé la main au Congrès pour engager cette commission d’enquête parlementaire et symboliquement, c’est un camouflet pour le président puisque cela va l’obliger à rendre des comptes. Et ça va aussi obliger les différents ministères qui ont été impliqué dans la gestion de la crise à remettre et publics rendre toute une série d’informations concernant les politiques publiques liées à la prise en charge (ou l’absence de prise en charge) de cette pandémie.

Comme vous le disiez des élections doivent se tenir en 2022. Est-ce que cette enquête pourrait à terme empêcher Jair Bolsonaro de se représenter ?

Cette enquête peut fragiliser encore plus Jair Bolsonaro dans ses velléités de électorale, puisque s’il a une base de 20 à 25% de l’électorale qui lui reste assez fidèle, il devra encore élargir son électorale. Et pour gagner un électorale qui lui permette d’obtenir plus de 50% des suffrages, l’enjeu pour lui va être de dresser le bilan de ses différentes actions, et convaincre les Brésiliens qu’il n’est pas responsable directement du bilan de la pandémie.

Les autorités brésiliennes semblent avoir évolué en tout cas sur un point ces dernières semaines, il est notamment question de produire sur place des vaccins. Est-ce qu’il s’agit d’annonces visant à éviter des sanctions, ou est-ce que les autorités et le président Jair Bolsonaro ont changé d’approche ?

Jair Bolsonaro garde la même approche. Il a été contraint d’adaptateur un peu son discours face à la pression médiatique, mais aussi face à la pression politique du fait de la libération de l’ancien président Lula. Les charges qui sont retenues contre lui ont été abandonnées, la Cour suprême ayant validé la partialité du juge Sergio Moro qui l’a déclaré inéligible et l’a placé en prison. Ce retour en scène de Lula fragilise Jair Bolsonaro qui a dû réagir, recentrer un peu son discours, ce qui est également nécessaire pour conserver certains appuis au sein du Congrès, et pour lui permettre de garder un minimum de « gouvernabilité » d’ici la fin de son mandat. Donc c’est plus une évolution stratégique qu’une nouvelle conviction ou un changement d’orientation dans la politique de Jair Bolsonaro.

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