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Une position de l’armée béninoise située dans le département de l’Alibori, à la frontière avec le Burkina Faso a été prise pour cible dans la nuit de mardi à mercredi et « un djihadiste a été abattu par nos forces », précise un message du colonel Fructueux Gbaguidi, chef d’état-major de l’armée de terre, adressé aux officiers béninois dont l’AFP s’est procuré une copie. La nuit suivante de mercredi à jeudi, une nouvelle attaque a visé cette fois-ci des soldats dans la région de Porga, dans le département de l’Atacora, toujours près de la frontière avec le Burkina Faso. Le bilan plus lourd, fait état de trois morts, dont deux militaires béninois et un assaillant, mais aussi plusieurs blessés.

Attaque menée par des « individus non identifiés »

Une attaque rare dans le pays ouest-africain, ont déclaré à l’AFP des sources militaires. « Nous avons perdu deux des nôtres. Nous avons également des soldats blessés qui sont actuellement soignés », a confirmé à l’AFP un officier de l’armée de terre. Dans un discours retransmis à la télévision nationale jeudi soir, le colonel Didier Ahouanvoedo, porte-parole de l’armée, a quant à lui évoqué une attaque menée par des « individus non identifiés » plutôt que par des djihadistes. « Des agents des forces de défense et de sécurité du Bénin en position de surveillance de la zone frontalière ont été pris à partie par des individus non identifiés », a-t-il affirmé. Il a par ailleurs confirmé la mort des deux militaires et d’un deuxième homme côté « assaillants ».

Le profil des terroristes interrogé

À ce jour, une seule attaque en lien avec un groupe djihadiste au Bénin a été rendue publique : en mai 2019, deux touristes français avaient été enlevés par des bandits dans le parc de la Pendjari, dans l’extrême nord, avant d’être revendus à des groupes djihadistes au Burkina Faso voisin. Leur guide avait, lui, été assassiné. En février 2020, une demi-douzaine d’hommes armés avaient attaqué un poste de police dans un village isolé proche de la frontière avec le Burkina, faisant un mort. Mais les autorités avaient alors parlé d’une attaque de « braconniers ». Officiellement, le Bénin n’a donc pas connu d’incursion de groupes armés venus du Burkina Faso pour y mener des attaques, mais ces exemples démontrent combien la frontière entre « braconniers », « bandits » et « djihadistes » est ténue.

Ce que dit un rapport néerlandais

Selon un rapport publié en juin par le centre de réflexion néerlandais Clingendael, les groupes extrémistes « ne sont pas présents de manière permanente dans le nord du Bénin », mais « certains traversent cependant régulièrement les trois régions » du nord ? l’Alibori, le Borgou et l’Atacora ?, frontalières avec le Niger, le Burkina Faso et le Nigeria. Les trois pays sont depuis des années le théâtre de violences djihadistes et communautaires qui ont fait des milliers de morts et déplacés. Les pays frontaliers du golfe de Guinée, du Sénégal jusqu’au Bénin, en passant par le Togo et la Côte d’Ivoire s’inquiètent d’un débordement de la violence sahélienne sur leurs territoires.

Inquiétudes des pays du golfe de Guinée

Le Sénégal a récemment appelé la Chine, premier partenaire économique du continent africain, à s’engager davantage face à « l’insécurité au Sahel ». Cible d’attaques armées sporadiques depuis deux ans, la Côté d’Ivoire prône une collaboration renforcée avec ses voisins pour y faire face. Mi-novembre, les chefs d’état-major de la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest (Cedeao) se sont engagés à renforcer leur coopération dans la lutte antidjihadiste. Des dizaines de « terroristes » ont ainsi été tués, « 300 suspects interpellés » et plusieurs bases djihadistes détruites entre le 21 et le 27 novembre lors d’une opération conjointe entre les armées du Burkina Faso, de la Côte d’Ivoire, du Ghana et du Togo, selon le ministre burkinabè de la Sécurité Maxime Koné.

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