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Le Royaume-Uni s’est figé. Vendredi après-midi, le député conservateur David Amess, 69 ans, est décédé à la suite d’une attaque au couteau, lors d’une permanence dans sa circonscription. Selon la police locale, un homme de 25 ans est entré aux alentours de midi dans l’église Belfairs, à Leigh-on-Sea dans le sud-est de l’Angleterre, et l’a poignardé à plusieurs reprises. Gravement blessé, le député n’a même pas eu le temps d’être transporté à l’hôpital. Après une heure de soins intensifs prodigués par les pompiers sur place, David Amess a succombé à ses blessures.

Le meurtrier présumé, dont l’arme a été retrouvée sur les lieux du crime, a été arrêté dans la foulée. Il s’agit d’un homme de 25 ans, ressortissant britannique d’origine somalienne d’après plusieurs médias britanniques. Son mobile serait d’ordre terroriste. «Les premiers éléments de l’enquête ont révélé une motivation potentielle liée à l’extrémisme islamiste», a annoncé la police métropolitaine dans un communiqué, dans la nuit de vendredi à samedi, quelques heures après que l’enquête a été confiée à la direction antiterroriste.

Ce sont les résidents de la bourgade venus rencontrer le député et présents lors de l’agression qui ont alerté la police. Selon le tabloïd britannique Daily Mail, une femme serait sortie de l’église en courant et en criant au téléphone après avoir composé le 999 : «Quelqu’un a été poignardé, s’il vous plaît venez vite, il ne respire pas !» En quelques minutes, la police était sur place. «Il y avait des tas de policiers armés. Il y avait une ambulance aérienne ainsi qu’un hélicoptère de la police, a décrit un habitant, Anthony Finch, sur Sky News. Le suspect a été emmené dans un fourgon de police, puis toute la route a été bouclée.» Quinze minutes avant le drame, David Amess avait été aperçu en train de rire et de discuter avec ses administrés sur les marches de l’établissement religieux.

Un acte «d’une lâcheté sans pareille»

Cette scène, choquante, rappelle le violent assassinat de Jo Cox. En juin 2016, une semaine avant le référendum sur la sortie de l’Union européenne, la députée du Labour Jo Cox, âgée de 41 ans, avait été assassinée en pleine rue à proximité de la bibliothèque où elle tenait régulièrement des permanences dans le nord de l’Angleterre. Elle avait été la cible de coups de feu et avait été poignardée à plusieurs reprises.

«Attaquer nos élus est une attaque contre la démocratie elle-même. Il n’y a aucune excuse, aucune justification. C’est un acte d’une lâcheté sans pareil», a immédiatement dénoncé Brendan Cox, veuf de la députée travailliste, sur Twitter. Au Royaume-Uni, les permanences des députés se déroulent dans des lieux divers et très accessibles au public. Généralement, la sécurité est peu élevée. «On veut être présent pour le public, on se rend disponible, on doit être disponible, a tristement commenté le député tory Iain Duncan Smith sur la BBC. C’est ce qui fait de notre système parlementaire l’un des plus ouverts au monde je pense. Et nous le voulons ainsi. Nous ne voulons pas nous cacher ou ne pas affronter nos électeurs.» Après le meurtre de Jo Cox, David Amess avait insisté sur l’importance de «continuer à aller à la rencontre des électeurs» malgré ce qui était arrivé. Il avait lui-même «l’habitude de tenir ses permanences dans différents endroits afin de rencontrer les gens», a rapporté le conseiller municipal de West Leigh, John Lamb, sur la BBC.

«Souvenons-nous de lui et de ce qu’il a fait de sa vie»

Face à cette brutale attaque, toute la classe politique britannique est en émoi. Député conservateur pendant près de quarante ans, David Amess était père de cinq enfants. Le Britannique était surtout connu politiquement pour ses positionnements anti-avortement ainsi que pour son militantisme sur les questions du bien-être animal. Il était également pro-Brexit et avait activement milité pour la sortie de l’Union européenne. «C’était un grand homme, un grand ami et un grand député tué alors qu’il remplissait son rôle démocratique, a tweeté le ministre de la Santé, Sajid Javid. Souvenons-nous de lui et de ce qu’il a fait de sa vie.» Il était aussi un «homme dévoué qui a travaillé sans relâche pour ses électeurs», pour le ministre des Transports, Grant Shapps.

Le chef du parti travailliste, Keir Starmer, a déploré une «terrible nouvelle, profondément choquante». Les drapeaux sur tous les bâtiments publics, dont Downing Street, ont été placés en berne. Actuellement en déplacement dans le nord de l’Angleterre, le Premier ministre, Boris Johnson a quant à lui regretté la perte d’un «ami» et d’un «collègue très aimé» : «David était un homme qui croyait passionnément en ce pays et en son avenir.»

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