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Le Troisième sommet du réseau panafricain AfricTivistes a ouvert ses portes à Abidjan ce jeudi et prendra fin le 13 novembre 2021. C’est autour du thème “promouvoir le développement et la gouvernance démocratique de l’Internet en Afrique” que les activités de cette édition vont s’articuler. Pour parler de ce rendez-vous d’Abidjan, Cheikh Fall, le président d’AfricTivistes a répondu aux questions de la rédaction.   Parlez-nous de la thématique  et des particularités de cette édition d’Africtivistes en Côte d’Ivoire ?   C’est le troisième Sommet et pour moi c’est le sommet de la maturité. On doit aller vers plus de propositions et plus de solutions concrètes. La première édition du sommet qui s’est tenue à Dakar en novembre 2015, était l’occasion de créer le réseau formellement, de regrouper tous ces acteurs, ensuite avoir des mécanismes de soutien, de solidarité et de protection mutuelle. Après ce sommet, on a été, à Ouagadougou en 2018 avec le Président du Burkina Faso. Ce sommet nous a permis de travailler plus ou moins sur les mécanismes de collaboration entre la société civile, digitale et les autorités publiques sur la co-construction et la proposition de solutions. Bien entendu nous restons dans la contestation parce que nous sommes une force de contestation, des activistes prodémocratie. Au-delà d’être des forces de contestation, nous sommes devenus des forces de propositions. Et c’est là le deuxième niveau et la particularité de ce sommet d’Abidjan, car à partir de nos réflexions, nous allons faire des propositions concrètes sur les enjeux de cette thématique qui, s’articule sur la promotion et le développement de la gouvernance démocratique d’internet en Afrique. Nous aborderons entre autres pendant les plénières, la question de la souveraineté numérique. Nous allons aussi tirer sur la sonnette d’alarme pour dire que, si nos autorités ne prennent pas garde maintenant, nous allons hypothéquer notre sécurité, nos données ainsi que notre liberté à des structures internationales qui sont aujourd’hui les puissances du numérique. Ça renvoie à l’image de l’après conférence de Berlin où l’Afrique a été morcelée. Aujourd’hui nous sommes en train de vivre la même situation parce que nous dépendons des autres en leur confiant le plateau technique, les usages, les solutions, les systèmes d’information.   Dans nos sociétés en constance évolution ou mutation sur les plans social, économique et politique, quelle est l’apport ou la place d’Africtivistes dans la participation aux enjeux ?   La place d’Africtivistes c’est sur plusieurs points: le premier c’est d’abord les enjeux de sensibilisation et de capacitation pour permettre à la société africaine d’accéder aux outils avec la connaissance et la compréhension des enjeux et des risques liés à ces outils, mais aussi de pouvoir saisir les  opportunités pour s’inscrire dans une logique de développement et d’impact au développement social. Le deuxième point c’est la participation à la mise en place d’outils ou d’infrastructures, d’intelligences et de solutions numériques pouvant apporter des solutions à une demande locale des populations africaines. Le projet assisté à la gouvernance locale ouverte, que nous avons initié s’inscrit dans ce sens. Il est destiné aux collectivités locales et aujourd’hui, sept africtivistes ont été affectés dans sept localités au niveau de la sous-région pour assister les collectivités locales dans le processus d’intégration de la gouvernance locale ouverte, à utiliser le numérique dans la façon de servir les communautés et de faciliter l’accès aux différents services.Ceci participe à la création des espaces de collaboration, de consultation et de dialogue. Le troisième enjeu, c’est celui de démocratisation et de démocratie au niveau de la gouvernance d’aide d’internet. Nous sommes dans une logique où nous savons que l’Afrique a une chance, qui est de saisir l’évolution du numérique, pour ensuite s’intégrer dans une technologie, dans une économie du numérique, apporter des réponses systémiques, mais aussi institutionnelles et économiques. Et pour répondre davantage à cela, nos administrations, nos dirigeants doivent comprendre la logique du fonctionnement du cyberespace et imaginer des textes et des lois qui pourraient l’encadrer sans pour autant limiter ou enfreindre les droits des utilisateurs, des usages ou réduire la possibilité de mettre en place des projets économiques viables pour les jeunes. Donc, nous passons par la sensibilisation, pour leur faire comprendre les enjeux qui tournent autour de cette révolution numérique. A ces enjeux l’on pourrait ajouter l’accès aux outils afin de permettre que chaque citoyen, puisse à travers des coûts très bas, accéder à internet, aux outils de télécommunication. Nous avons la possibilité de solliciter le plaidoyer pour que nos autorités acceptent de renégocier le contrat et d’emmener les fournisseurs à proposer des prix favorables aux populations.   Quels souvenirs gardez-vous de la première édition Africtivistes ?   Le souvenir que je garde la première édition du sommet des africtivistes c’est de la fierté avec beaucoup de labeur, de combats, énormément d’engagement, de sacrifices, de volontariat, du don de soi. C’est aussi la grande mobilisation citoyenne qui a permis aux pays de faire des transitions démocratiques, d’organiser des élections libres et transparentes, mais aussi de donner une place à ces jeunes-là au niveau de la vie politique parce qu’ils ont leur mot à dire, ils affichent leur position publiquement à travers internet. Ces actions qui affichent des idéaux de changement nous motivent depuis 2015. De plus, en plus, les communautés sont en train de se former en Afrique souvent au prix de leur vie pour servir leur continent, leur pays par le billet du numérique. Certains ont été expulsés de leurs pays, d’autres  sont emprisonnés, pour avoir prix la parole dans l’espace public et de s’exprimer sur la vie politique chez eux. D’autres sont confrontés à des problèmes de liberté. Certains membres n’ont pas pu se joindre à nous ici à Abidjan parce qu’on leur a refusé un visa. Alors que ces autorités, brandissent le combat de l’unité africaine, parlent du panafricanisme. Mais les actes ne sont pas toujours liés à la parole.   Depuis la première édition vos messages et formation sur les cyber-attaques ont touché combien de personnes dans différents pays ?   Depuis le Sommet de Dakar, nous sommes partis dans une quarantaine de pays pour former les jeunes, pour créer une dynamique d’intelligence collective, où on l’on peut réfléchir ensemble sur les problèmes qui nous concernent, sur les objectifs communs et porter des combats qui nous lient. Au-delà de ces formations, nous avons eu plusieurs programmes comme « Afrique Média -cybersécurité » qui a permis de former depuis 2017 plus de 150 acteurs de l’information et journalistes professionnels sur la sécurité en ligne. Nous les avons outillés et mis en réseau. Nous avons mis en place le programme de formation « Afrique MédiaLab » qui s’adresse aux professionnels de l’information et qui les permet d’utiliser les outils du numérique pour faire de l’investigation. Avec « Afric Tivistes civic engagement tour » nous avons outillé les jeunes sur la participation citoyenne et une implication active dans la vie politique de leur pays. Ces formations et bien d’autres ont été données gratuitement à côté d’autres projets de développement sur lesquels nous sommes engagés pour le continent.   Selon vous, quels sont les enjeux des technologies de l’information et de la communication pour l’Afrique ?   Les enjeux sont multiples. Il s’agit notamment de l’accès aux infrastructures. Que nos états puissent se doter des dernières technologies, de plateaux techniques capables d’assurer la sécurité et la souveraineté sur le plan numérique. Ensuite, il y a des enjeux de développement, il nous faut des politiques d’accompagnement, de sensibilisation et d’éducation. Le système scolaire doit intégrer une éducation au numérique et permettre en bas âge de comprendre le numérique et de l’intégrer. Il faut encourager l’éclosion des start-ups, des sociétés qui travaillent sur le numérique et accompagner ces dernières à se développer sans pour autant les asphyxier ou les pousser à payer énormément de taxes. Il y a aussi les enjeux de souveraineté et de sécurité. Nous ne devons pas forcément aller vers une course à l’accès, au point de ne pas prendre en compte ou en charge les questions liées à la gouvernance et à la sécurité. Il faut qu’on soit doté de technologies capables de répondre à nos demandes, d’héberger et de sécuriser les informations stratégiques sensibles de nos états et des citoyens. La remarque c’est que certains de nos états confient ces services à des sociétés étrangères privées qui pourraient avoir d’autres intérêts que d’assurer la gouvernance, la souveraineté et la sécurité des données de nos états. Propos recueillis par Idelette BISSUU

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