(Image empruntée)
L’Afrique est un continent très vaste qui a connu la colonisation et l’impérialisme durant des siècles. Cette colonisation avait vidé l’Afrique de ses valeurs culturelles et civilisationnelles, de sa dignité humaine et surtout de sa souveraineté politique et économique. Redonner à l’Afrique ce qu’elle a perdu comme valeurs a toujours été un combat sans merci depuis des décennies par plusieurs pays africains en général et en particulier certains pays de l’Afrique de l’Ouest notamment le Mali, le Burkina Faso et le Niger. Tous dirigés par des régimes de transition à la suite des coups d’État, ont décidé d’unir leurs efforts pour porter ce combat plus loin à travers la création de l’Alliance des États du Sahel (AES). Jugeant inefficace face aux défis sécuritaires, politiques, et socio-économiques, les trois pays de l’AES ont décidé de prendre leur destin en main tout en claquant les portes de plusieurs organisations internationales et sous-regionales notamment les forces onusiennes, la Communauté Économique des États de l’Afrique de l’Ouest, le G5-Sahel, l’Union Africaine, l’Organisation Internationale de la Francophonie. Leurs retraits de ces organisations les ont coûtés des sanctions de tout azimut. Après ces différents retraits, l’AES n’entend plus rester les bras croisés, elle use de tous les moyens légaux pour satisfaire aux besoins et aux aspirations de ses populations afin de combler le grand vide qu’ont laissé ces organisations. Si certains sont optimistes pour le lendemain meilleur de l’Alliance des États du Sahel, d’autres, au contraire, ne partagent pas cette vision. Pour les pessimistes la création de l’AES est juste un miroir aux alouettes pour endormir les esprits faibles avec des propos stériles ou dilatoires afin de permettre aux militaires de rester au pouvoir pour un certain temps ou même définitivement. Ces points de discussion suscitent deux interrogations :
Dans quelle mesure la création de l’AES pourra-t-elle assurer ses missions régaliennes ?
L’AES ne constitue-t-elle pas une entrave à la liberté d’opinion et de pensée ?
Pour rappel, fondée sur les chartes de Liptako Gourma, l’Alliance des États du Sahel (AES) a été officiellement créée le 16 septembre 2023 par le Mali, le Niger et le Burkina Faso avec une ambition claire : aller vers une Confédération, voire une Fédération, pour redonner à l’Afrique sa vraie souveraineté, loin des tutelles extérieures. Avant la création de l’AES, les trois États étaient déjà confrontés aux mêmes défis : sécuritaires, politiques, et Socio-économiques. Le Mali, premier à connaître un coup d’État militaire en 2020 puis en 2021, n’avait pas le contrôle d’une partie importante de son territoire national. Et ensuite, le Burkina Faso emboite le pas au Mali avec deux coups d’État de suites dans une même année entre janvier 2022 et septembre de la même année. Et enfin le Niger, a connu son coup d’État le 26 juillet 2023. Face aux menaces d’interventions militaires annoncées par la CEDEAO contre le Niger, le Mali et le Burkina Faso ont haussé le ton contre cette décision d’interventions militaires au Niger, pays souverain. Ils ont annoncé dans un communiqué que toute agression contre le Niger concerne directement le Mali et le Burkina Faso. Ce qui a d’ailleurs motivé la création de l’Alliance des États du Sahel avec un agenda bien chargé : combattre le terrorisme, mettre au point des projets de développement, avoir une diplomatie de reins solides etc. C’est dans ce contexte que l’AES entend poursuivre ses actions. Pour aller plus loin, nous avons interrogé des personnalités bien informées sur les questions sécuritaires, politiques et économiques.
La création de l’Alliance des États du Sahel a des impacts positifs sur l’avenir de ses populations.
Créée en réaction contre les agressions externes et internes, l’AES a mis au point un système de combats avec une force unifiée composée de 5 000 soldats. Ce système a été très efficace dans la lutte contre le terrorisme. Quant aux projets de développement issus du Forum sur la coopération sino-africaine (FOCAC), une banque confédérale pour l’investissement et le développement (BCID-AES) est inaugurée lors du deuxième sommet à Bamako en décembre 2025 avec un capital initial de 500 milliards de francs CFA. Dans le cadre des partenariats entre les États membres de l’AES sur le plan sécuritaire, les armées respectives ont été lourdement outillées d’armes modernes en quantités et en qualités. Pour l’AES, le pari de lutte contre le terrorisme ne peut être gagné sans un système de communication solide. C’est pourquoi elle détient désormais son propre Groupe-Médias afin de faciliter sa communication.
Selon Son Excellence Abdoulaye Diop, ministre malien des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, lors d’un panel sur les avantages de l’AES, l’AES mène une politique résolument tournée vers la reconquête de la souveraineté et reconfiguration de l’ordre régional ouest-africain.《 Nous devons changer de narratif, sortir du paradigme pour nos problèmes. Nous devons prendre notre propre chemin, corriger nos fautes et nos erreurs nous-mêmes, et apporter nos propres solutions. Il est temps de prendre notre place sur la scène internationale 》, a annoncé le ministre Abdoulaye Diop. À l’en croire, le premier acte fort de cette dynamique a été la rupture avec la CEDEAO, qui avait imposé des sanctions sévères aux trois pays de l’AES suite à leurs changements de régime. Parmi ces sanctions, on peut noter le gel des avoirs, la fermeture des frontières, la suspension des institutions. À cela s’ajoute la sortie des trois pays de l’AES du G5-Sahel, jugé inefficace et trop dépendant des partenaires occidentaux. Ces décisions, poursuivra-t-il, stratégiques marquent aujourd’hui un tournant dans les ambitions de l’AES, qui cherche à s’émanciper des influences étrangères jugées contre-productives. L’AES est prête à travailler avec tout le monde pourvu que ses choix stratégiques et sa souveraineté soit reconnus et respectés, a-t-il dit.
Cependant, de nombreux défis sécuritaires, politiques et socio-économiques assaillent à coups durs les populations de l’AES. Ce qui fait douter beaucoup de personnes de la capacité de l’AES à assurer la sécurité et la croissance économique aux populations. Pour certains, la création de l’AES est juste, d’une part, une manière pour les militaires de s’accrocher au pouvoir, et d’autre part, une manière dilatoire pour endormir les esprits faibles et rester au pouvoir à perpétuité. Pour preuve, le Mali se trouve depuis plus de deux ans le besoin pressant d’électricité et traverse depuis plus de deux mois une période critique dans l’approvisionnement en hydrocarbures où une grande partie du territoire se retrouve sans produits pétroliers. Les attaques terroristes se déplacent du nord vers le sud ou même un peu partout au Mali. Quant au Burkina Faso, plusieurs tentatives de coup d’État ont été déjoués dont le dernier date du 3 janvier 2026. Selon une personnalité politique du Mali qui a voulu rester dans l’anonymat pour sa sécurité, il n’est plus facile d’exprimer son opinion dans aucun des trois pays de l’AES sans qu’on n’ait maille à partir avec les autorités respectives. La liberté d’opinion et d’expression est déjà un beau souvenir dans les trois pays, regrette-t-il. 《 Ceux qui ont osé d’exprimer leurs opinions contraires à celles des militaires, s’ils ne sont pas en prison, ils sont en exil 》, a-t-il déploré.
Au regard de tout ce qui précède, force est de reconnaître que la création de l’Alliance des États du Sahel joue un rôle prépondérant dans la lutte contre le terrorisme et tant d’autres domaines. Toutefois l’AES doit revoir et élargir ses relations et accepter la divergence d’idées ou d’opinions à défaut desquelles elle perdurera dans l’erreur et vivra en écart des restes du monde. D’où la pertinence de notre comparaison métaphorique de l’AES à un couteau à double tranchant. Si elle est bien utilisée, elle pourra profiter à ses populations sinon celles-là ramasseront les pots cassés.
YOUBA DOUMBIA

