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Dépassée par l’afflux de malade, la Russie tente de cacher la déferlante du Covid-19

En dehors de Moscou, les hôpitaux sont dépassés par l’afflux de malades. Malgré les pressions sur les soignants et les familles, le Kremlin peine à convaincre qu’il contrôle la situation.

Igor Skripnikov, 22 ans, a enterré son père Vadim, la semaine dernière, à Novossibirsk, la grande ville de Sibérie occidentale à 2 800 km à l’est de Moscou. Le jeune musicien fait partie des rares voix en Russie qui osent s’élever pour dénoncer un système médical complètement dépassé par la pandémie de Covid-19. Sa rage est telle qu’il se moque du risque que fait peser sur lui une loi  contre les fake news liées au Covid , opportunément adoptée cet été.

Des médicaments introuvables

 Mon père avait 48 ans, le virus l’a terrassé en deux semaines, raconte Igor. Il a fallu attendre trois jours pour qu’un médecin trouve le temps de venir. Sans faire aucun test, il a diagnostiqué une pneumonie. Quand nous sommes allés à l’hôpital, ils n’ont pas voulu le garder, ils se sont contentés de lui prescrire un antibiotique.

En Russie, les hôpitaux demandent souvent à leurs patients de s’acheter leurs médicaments. Ceux liés à la pathologie du Covid sont aujourd’hui quasiment introuvables.  On a finalement trouvé un médicament, moins efficace  , que le jeune homme a commandé à l’étranger par Internet. Le paquet est arrivé quelques jours plus tard ; Vadim était déjà mort.  Quand son état s’est aggravé, j’ai appelé l’ambulance quatre à cinq fois par jour jusqu’à ce qu’on m’explique que c’était inutile, que les hôpitaux étaient pleins…  Vadim n’a été hospitalisé que quelques heures avant sa mort, le 12 novembre.

Des chiffres douteux

Avec plus de 20 000 nouvelles contaminations par jour, la Russie, relativement épargnée au printemps, affronte une très forte deuxième vague. Si la région de Moscou s’en sort, parce qu’elle concentre les meilleurs établissements et beaucoup de personnel soignant, le reste du pays frôle la catastrophe. De nombreuses images filmées au téléphone portable (désormais interdit dans de nombreux hôpitaux) montrent des morgues débordées, des malades hospitalisés par terre, sur des chaises, dans les couloirs…

Les chiffres officiels sont plus que douteux, notamment le décompte des morts (37 538). Car l’enjeu est politique.  Mon père en est un exemple, estime Igor. Il n’apparaît pas dans les statistiques officielles et sur son certificat de décès il n’est question que de pneumonie. Les gens sont de la chair à canon et personne n’en sera tenu responsable.

Des soignants sous pressions

Certes, le pouvoir reconnaît que la situation est grave, puisque le président Poutine a ordonné de multiplier les hôpitaux de campagne en région. Mais, qu’on se le dise, il maîtrise la situation et le futur vaccin russe Sputnik, plus efficace que ceux des Occidentaux, va régler le problème. Les soignants subissent de fortes pressions, n’ont souvent plus le droit de s’exprimer.  Une infirmière qui avait refusé l’hospitalisation de mon père m’a supplié de ne pas porter plainte par peur d’être licenciée… , rapporte Igor.

Dans la République de Khakassie (Sibérie orientale), un médecin en appelle à Vladimir Poutine :  La situation est difficile. Il nous faut l’aide de l’armée, les médecins renvoient les patients chez eux pour se décharger de leur responsabilité, nous n’avons ni médicaments ni antibiotiques, nous manquons d’oxygène… Je reste sans mots.

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