Un Accord de paix sans paix

Depuis début juillet les regards sont tournés vers la région de Kidal où les groupes armés, la Coordination des mouvements de l’Azawad (CMA) et le Groupe d’Autodéfense Imghad et Alliés (GATIA), foulent au pied allègrement l’Accord pour la paix et la réconciliation au Mali auquel ils ont adhéré il y a de cela plus de deux ans à Bamako. En effet, après des combats meurtriers qui l’ont opposé au Gatia aux alentours de Kidal, la CMA a pris le contrôle de plusieurs localités (Takalot, Annafif, Tiwarghene, Amassine, Koniba…) et est entrée le vendredi dernier, sans coup férir, à Ménaka. En outre, à Kidal, la CMA pose des conditions pour le retour de l’administration malienne : la nomination d’un gouverneur neutre, la mise en place du Mécanisme Opérationnel(MOC) sans le Gatia, la prise en compte des accords d’Alger prévues par l’amendement de la constitution du Mali et le retour aux dispositions du cessez le feu prévues par l’Accord d’Alger signé du 20 juin 2015. Avec ces nouvelles complications dans l’application de l’Accord, les perspectives pour un retour de la paix au Mali fondent comme beurre au soleil.

Conflits meurtriers entre les groupes armés

La Coordination des Mouvements de l’Azawad(CMA) a momentanément pris le contrôle de la ville de Ménaka, la 9e région du Mali. Selon des sources locales, l’ex mouvement séparatiste est entré dans la ville sans rencontrer de résistance le vendredi 28 juillet. « A leur arrivé, le Gatia n’était plus là. L’armée malienne qui est bien présente, est dans son camp », précise un habitant de Ménaka. La CMA s’est empressée de rassurer les habitants de Ménaka. Selon Ilad Ag Mohamed, responsable de la CMA, leur arrivée à Menaka « ne doit inquiéter aucune autorité administrative, politique ou militaire officielle. » Le Mouvement pour le Salut de l’Azawad, groupe dissident de la CMA et présente à Ménaka, explique, dans un communiqué, que des membres de la CMA sont arrivés à Ménaka à bord de plusieurs véhicules. « Ils ont pris contact avec le président de l’autorité interimaire de Ménaka et des officiers du Mouvement pour le Salut de l’Azawad pour rassurer sur leurs intentions. Aucun coup de feu n’a été tiré à Menaka. Le MSA sécurise les bâtiments publics et la population. Tout va bien dans la ville contrairement aux rumeurs qui circulent. Des messages sont passés à la radio pour appeler au calme et à la retenue », précise le MSA. Aux dernières nouvelles, la CMA s’est retirée de Ménaka. La ville est désormais gérée, selon des sources locales, par l’armée malienne et la Minusma.

L’ « occupation » temporaire de Ménaka par la CMA survient après d’intenses conflits meurtriers entre elle et le Gatia, mouvement de la Plateforme. Depuis le début du mois, pour le contrôle de Kidal, la Coordination des mouvements de l’Azawad (CMA) et le Groupe d’Autodéfense Imghad et Alliés (GATIA) s’affrontent régulièrement. Les deux groupes armés se sont violemment affrontés, le mercredi 26 juillet 2017, dans plusieurs localités de la région de Kidal (Takalot, Annafif, Tiwarghene, Amassine, Koniba). « Ces combats, d’une violence inouïe, ont fait, au moins, trente morts », indiquait un notable de Kidal au journal Le Républicain. Deux semaines avant, le mardi 11 juillet 2017 à Tidjachiwen et à Anefif, de combats meurtriers auront encore lieu entre les deux groupes armés. Un peu plutôt, le jeudi 6 juillet 2017, ils se sont violemment affrontés au sud d’Aguel’hoc.

Retour improbable de l’administration malienne à Kidal

 A Kidal, le retour de l’administration malienne, reporté à deux reprises, est fortement compromis, malgré la mission des bons offices, dirigée par Mahmoud Dicko, le président du Haut Conseil Islamique du Mali, qui s’est rendue dans l’Adrar des Ifoghas. La CMA, qui contrôle la ville de Kidal, pose des préalables avant le retour de l’administration malienne à Kidal : la nomination d’un gouverneur neutre, la mise en place du MOC (Mécanisme Opérationnel de la Coordination) avec 200 éléments FAMAS et 200 éléments CMA sans les éléments du GATIA ni pro Gatia, la prise en compte des accords d’Alger prévues par l’amendement de la constitution du Mali et le retour aux dispositions du cessez le feu prévues par l’accord d’Alger signer du 20 juin 2015. Ces conditions de la CMA font grincer des dents jusqu’à Bamako.

Dire aujourd’hui que l’Accord pour la paix et la réconciliation au Mali est dans l’impasse, est un euphémisme. Les conflits incessants entre les groupes armés à Kidal, les conflits inter communautaires au Centre, le diktat des terroristes dans la quasi-totalité des localités du Nord et du Centre du pays font désespérer du processus de paix au Mali plus de deux ans après la signature de l’Accord pour la paix et la réconciliation au Mali issu des pourparlers d’Alger.

Madiassa Kaba Diakité

 

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