MAME COUMBA SYLLA  PRESIDENTE MOFAPEC: « Les femmes ne doivent servir qu’à porter les hommes au pouvoir »

Le Mouvement des Femmes Pour l’Eveil des Consciences (MOFAPEC) est porté par des femmes et des sympathisants guidés par les valeurs universelles de démocratie. Témoin oculaire des atrocités commises en cote d’ivoire, Mme Koné Mame Coumba Sylla est présidente de la section ivoirienne de ce mouvement qui se veut panafricain. Elle revient dans cet entretien sur son engagement pour l’émancipation de la femme africaine. Entretien…

 

Parlez-nous de votre mouvement ?

Le Mofapec est le mouvement des femmes pour l’éveil des consciences qui se veut un mouvement panafricain. L’un des objectifs de Mofapec c’est défendre l’égalité de droits de tous les citoyens, homme et femme et favoriser le maintien de la paix social en Afrique notamment en Côte-D’ivoire à l’issu  des élections par le respect scrupuleux et consensuel des parties en présence. Mais surtout, la participation effective des femmes, principales victimes des violences post électorales. Quand on sait que les femmes constituent partout en Afrique, plus de la moitié de la population et jouent un rôle primordial en tant qu’actrice et victime permanente des conflits. Pour le moment, nous avons d’abord essayé de faire connaitre le mouvement à travers pays africains en occurrence le Niger, la Guinée-Bissau, en Mauritanie. Nous sommes attendus également au Mali, au Burkina et en Guinée Conakry. Nous n’allons pas nous arrêter en si bon chemin, non. Parce que comme je le dit tantôt, le Mofapec se veut un mouvement panafricain et nous irons partout en Afrique où il y a des femmes.  Voilà de façon succincte, ce que je pourrais dire sur le mouvement.

Avez-vous des chiffres sur les femmes victimes du conflit en Côte-D’ivoire ?

Les chiffres avancés aujourd’hui sont de 1 500 femmes battues et violées. Mais, vous savez en ce qui concerne les chiffres, je suis très sceptique vu l’étendu du dégât, vu l’atrocité des violences en Côte-D’ivoire, je dirai plutôt que nous sommes à 2 000 femmes battues ou violées. Pour preuve, dans la seule ville de Duékoué, il y a eu 50 naissances en un mois. C’est-à-dire, le mois dernier il y a eu 50 ans naissances.

Comment les femmes peuvent selon vous participer à leur propre émancipation en Afrique ?

Pour le Mofapec aujourd’hui, le problème n’est pas la reconnaissance des discriminations. Mais, d’arriver enfin à le combattre efficacement par la mise en place de véritables mécanismes de contrôle, de veille et de dénonciation. C’est pourquoi, le cas de la Côte-D’ivoire est notre point de départ. Car toutes les missions de négociations et de médiations ont royalement ignoré les femmes comme si pour nos dirigeants africains, « les femmes ne doivent servir qu’à les porter au pouvoir et ensuite elles sont rejeté comme des vielles chaussettes ». C’est pourquoi, le Mofapec dit « non » et « non » plus jamais ça en Afrique en général et en Côte-D’ivoire en particulier. Nous condamnons avec la dernière énergie cette vision erronée de la démocratie car nous sommes des démocrates convaincues avant tout. Nos armes au Mofapec ne seront pas acheté ni en France, ni en Russie, ni aux Etats-Unis mais seront des armes conventionnelles. C’est-à-dire les chartes et les résolutions en occurrence la résolution 13/25 et 18/20 pour rétablir la femme dans ses droits et dans sa dignité. En Côte-D’ivoire nous avons besoin d’une nouvelle visée directrice, un nouveau vouloir commun pour remplacer le désordre, les frustrations, les violences, la diffamation, la méchanceté, le dénigrement auxquelles nous avons assisté depuis prés d’une décennie. Ce qui a contribué à la détérioration de la qualité de nos rapports humains et solidaires. Il est temps, grand temps de favoriser l’émergence de femmes leaders, capable de comprendre et prendre en compte les exigences du citoyen du troisième millénaire en particulier des femmes du troisième millénaire. Nous nous attelons en Côte-D’ivoire avec le Mofapec à résoudre les grands et brûlants problèmes qui ont pour nom la corruption, l’impunité, le gaspillage, la culture de la violence, le clanisme etc.

Quel est votre position sur la voie par laquelle Ouattara est arrivé au pouvoir ?

Notre position est très claire parce que notre mouvement milite pour la démocratie et la vraie démocratie. Nous estimons qu’Alassane Ouattara a été élu de façon démocratique sans jambage. C’est simplement parce qu’il avait en face de lui, un dictateur sanguinaire qui ne voulait lâcher le pouvoir pour rien au monde. Pour preuve pendant sa campagne, son slogan était « on gagne ou ont gagnent ». Ce qui présageait une confiscation du pouvoir en cas de défaite. Et tout avait été planifié par le camp du président sortant pour confisquer ce pouvoir là. Parce qu’avant les élections, il y a eu l’arrivée massive des mercenaires. Au demeurant, avec ce qui a été donné de voir après son arrestation les caches d’armes. D’après les experts, le président sortant à investi prés de 800 milliards de francs Cfa pour l’achat d’armes. Alors, nous nous posons la question de savoir « la Côte-D’ivoire était-elle en guerre contre un autre pays ? ». Ces armes auraient-ils servit à tuer des innocentes personnes surtout ivoiriennes ? C’est la question que le Mofapec se pose jusqu’aujourd’hui. Ces 800 milliards n’auraient pas pu construire des écoles, des infrastructures sanitaires quant on sait que depuis dix ans l’école est en mal en Côte-D’ivoire. Que les structures sanitaires sont pratiquement inopérantes. Vous mourrez aujourd’hui pour un seul comprimé d’aspirine, les hôpitaux sont des mouroirs. Pour nous le départ de Bagbo est salutaire et salvatrice pour la Côte-D’ivoire

Comme nous parlons de la femme africaine, le Sénégal vient de voter la loi sur la parité quelle est votre appréciation ?

   Je loue et je salue cette initiative, je félicite le président Wade pour l’initiative, c’est première. Quand un exemple est bon, il faut le suivre. C’est premier pas mais j’estime qu’il ne faut pas s’arrêter en si bon chemin. La parité ne concerne que les postes électifs, il faut aller au-delà. Dans l’exécutif, il faut également penser aux femmes, il faut penser à la parité à ce niveau là car c’est là que sont prises les grande décisions de la nation et qui affectent la vie des femmes. Donc, que les femmes soient véritablement impliquées à ce niveau. Je donne par un exemple en gouvernement. Quand vous avez vingt ministres dans un gouvernement qu’il ait dix hommes et dix femmes ministre. Alors, nous pourrons parler véritablement de parité totale. Wade aurait fait un grand pas s’il concrétisait cette loi.

Propos recueillis par Adama COULIBALY

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