Basket: la NBA reprend sans spectateurs, un défi pour l’avenir

Après quatre mois et demi d’interruption dus à l’épidémie de coronavirus, la saison de basket nord-américain va se terminer à Disney World en Floride, mais à huis clos. Une nécessité économique pour la NBA et ses diffuseurs, mais dans le climat d’incertitudes, beaucoup de questions restent en suspens.

Alexandre Martin est bien plus qu’un mordu de basket et de NBA. Il en a même fait son métier et dirige aujourd’hui le développement de TrashTalk.co, un site internet français dont le nom fait référence aux échanges souvent épicés sur les parquets nord-américains. Il revendique près de 60 millions de vues depuis la création de sa chaîne Youtube et suit pas à pas l’actualité du championnat le plus populaire sur la planète.

« Déjà que la pause NBA habituelle est assez longue, mais là, quatre mois supplémentaires de mars à juillet… Clairement, on a envie de voir du jeu ! », s’impatiente Alexandre Martin, prêt à passer des nuits blanches pour suivre à distance la reprise des matches à Orlando (Floride) dans des conditions surréalistes.

C’est en effet sans spectateurs, dans la « bulle » logée dans les installations de Disney World que les 22 meilleures équipes du début de saison régulière interrompue le 11 mars par la flambée de l’épidémie de coronavirus aux Etats-Unis vont finaliser leur classement avant de tenter de décrocher un titre qui restera quoi qu’il arrive dans les mémoires, dans une ambiance certainement un peu morose.

Sauver les meubles

Pas de spectateurs dans les trois salles, donc pas de revenus liés à la billetterie, pas de ventes d’articles de sport ou de produits dérivés liés aux joueurs ou aux équipes participantes : le manque à gagner sera très important, en millions de dollars à chaque rencontre. Comme pour les autres sports ultra-médiatisés, ces mois de diète auront des conséquences économiques majeures. « Ce sera sans doute la pire de l’Histoire pour les sports américains et donc la NBA », affirme Frank Pons, qui dirige l’Observatoire international en management du sport à l’université Laval à Québec. « Une très mauvaise saison » où il s’agit « de sauver les meubles ».

Maxence Franceschi, chargé d’études économiques au CDES (Centre de Droit et d’Economie du sport) à Limoges évoque d’abord la perte d’emplois directe pour de nombreuses personnes qui travaillent habituellement autour des matches : « la base de la pyramide ». Parmi les inconnues, en fonction de la forme que prendre la fin de la saison, de possibles pertes de salaires pour les joueurs eux-mêmes. Et pour les propriétaires des franchises, des revenus en baisse. « Il ne faut pas se mentir », prévient Alexandre Martin, de Trashtalk, « s’ils reprennent la saison, c’est pour des raisons économiques. Ne serait-ce que pour les droits TV. Ils essaient de limiter la casse. »

La NBA moins touchée

L’argent versé par les diffuseurs des matches est en effet et plus que jamais le nerf de la guerre économique que se livrent les spectacles sportifs préférés des Américains tels que le basket, le football américain (NFL), le hockey sur glace (NHL), le base-ball (MLB) et dans une moindre mesure le soccer (MLS). Avec un avantage certain pour la NBA, qui de ce fait dépend beaucoup moins des recettes liées à la billetterie, et subit donc moins violemment la crise du coronavirus. Finir la saison, même dans des salles vides, c’était donc l’essentiel, explique Frank Pons.

Même si la ferveur n’est pas au rendez-vous autour du parquet, même si les supporteurs n’apparaîtront que sur des écrans, les fans de basket vont regarder les matches, jusqu’aux phases finales. Et les annonceurs reprendre espoir. Autre avantage mis en avant par Maxence Franceschi : l’importante économie réalisée sur les frais de déplacement des équipes, qui d’ordinaire ne cessent de voyager.

Nouvelle offre virtuelle

Le sport sans spectateurs ? Une contrainte à laquelle il va falloir s’habituer au moins pour quelques mois, s’accordent les spécialistes. « Ce modèle de rencontre sans public sera peut-être celui de la saison 2020-2021 », anticipe Alexandre Martin. Avec une obligation pour les organisateurs : innover et innover encore. « La NBA a intérêt à développer l’offre virtuelle », estime Maxence Franceschi du CDES de Limoges. « Elle le fait déjà avec des matches diffusés en 360°, comme si le téléspectateur était dans la salle, au bord du terrain. Avec des diffusions sur des plateforme de streaming comme Twitch. C’est une dynamique vers de nouvelles formes de consommation audiovisuelle. Mais je ne pense pas pour autant que la NBA puisse se passer de ses concepts d’arenas qui sont des pôles économiques à eux-seuls et qui permettent aussi de faire se rencontrer les hommes d’affaires. » Reste à savoir si avec la brutale crise économique, les américains auront autant d’argent à dépenser pour aller voir des matches.

Développement international perturbé

Face à ces incertitudes sur le sol américain, le salut économique à long terme pour la NBA se trouverait-il à l’étranger, sur d’autres continents ? Là encore, la NBA a toujours fait figure de précurseur, avec des initiatives en Chine (actuellement perturbé par les tensions politiques), en Europe, et de plus en plus en Afrique. « La basketball Africa league est en plein développement, détaille Alexandre Martin de TrashTalk.co. « C’est un projet qui tient à cœur à beaucoup de joueurs ou anciens joueurs NBA ». Mais là encore, le virus perturbe les plans. « La NBA est une ligue planétaire », analyse Alexandre Martin, mais « malheureusement pour elle, elle va continuer à l’être via des écrans. En direct, via des matches qui se déplaceraient, ça va être beaucoup plus compliqué pendant au moins encore une année ».

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