Rebond des cas de Covid-19 aux États-Unis: «l’automne sera compliqué sur le plan sanitaire»

Ces derniers jours, le nombre d’hospitalisations a atteint un niveau record, notamment dans le sud des États-Unis comme en Floride et au Texas. Mais pour les gouverneurs des États concernés (démocrates et républicains), il n’est pas question mettre en place à nouveau des mesures sanitaires. Une attitude qui inquiète certains experts qui s’attendent à ce que la hausse des contaminations perdure. Interview avec Sarah Rozenblum, spécialiste de la santé publique, doctorante à l’université du Michigan.

RFI : Quelles sont les raisons de ce rebond des contaminations ?

Sarah Rozenblum: Il y a plusieurs discours qui s’entremêlent. Selon le président Donald Trump, la hausse des cas est liée au fait qu’on teste davantage. Et qu’on identifie de nouveaux foyers de propagation. Ce qui est partiellement vrai. Car on teste désormais 500 000 personnes par jour, contre 250 000 il y a un mois. Mais cela ne pourra pas expliquer le rebond des contaminations. Ce qui pèse plus, c’est que les plans de sorties de crise ont été souvent mis en œuvre d’une matière très prématurée.

Depuis le début du mois de mai, plus de 30 États américains ont assoupli leurs mesures de confinement alors que le virus circulait encore activement sur le territoire. Et contrairement à ce qu’on pouvait observer en Europe ou dans certains États du nord des États-Unis comme le Michigan ou l’Illinois, les stratégies de transition n’ont pas été progressives, elles n’ont pas été mises en œuvre de manière réversible donc avec la possibilité de réinstaurer les mesures de distanciation sociale si la situation empirait.

C’est le cas de l’Arizona, de l’Indiana ou du Texas, trois États qui ont mis fin au confinement sans tenir compte de la circulation du virus dans les comtés. Une troisième explication possible, mais cela reste à vérifier, c’est qu’on a assisté depuis plusieurs semaines à de nombreuses manifestations contre les violences policières et le racisme aux États-Unis. Ces rassemblements ont peut-être intensifié la propagation du virus mais les chiffres ne sont pas très clairs et on attend de voir les données épidémiologiques pour savoir si ces rassemblements ont eu un effet sur la situation sanitaire.

Que faudrait-il faire pour empêcher cette nouvelle propagation ?

Il faudrait faire ce qu’on fait dans ce genre de situation, c’est-à-dire de risque épidémique : mettre en œuvre une stratégie d’endiguement, ce qui implique de développer rapidement des tests de dépistage, mobiliser des enquêteurs pour retracer des chaînes de transmission du virus, identifier les personnes et les mettre en quarantaine. La deuxième étape est celle de « mitigation » en anglais, «atténuation» en français, qui consiste à imposer le port du masque et lever les mesures ou les réinstaurer si la situation sanitaire l’exige.

Et c’est ce second volet qui pose problème. De nombreux gouverneurs sont désormais rétifs à l’idée de réintroduire des mesures de distanciation sociale et de reconfiner la population. Une attitude qui s’explique par des mesures politiques et économiques. Au Texas par exemple, le gouverneur républicain Greg Abbott a accéléré la réouverture des restaurants, du coup les cas de nouvelles contamination a augmenté de 30% ces dernières semaines.

On observe la même chose en Caroline du Nord où les taux d’infection et d’hospitalisation ont atteint des niveaux record. Mais le gouverneur démocrate Roy Cooper a annoncé que le reconfinement de la population ne serait envisagé qu’en dernier recours. Il y a un manque de volontarisme de la part des autorités dans certains États face à une lassitude générale de la population.  Il ne faut pas oublier que des millions d’Américains ont perdu leur emploi et qu’ils doivent absolument recommencer à travailler pour subvenir à leurs besoins. Et, troisième chose, il faudrait renforcer la capacité d’accueil des hôpitaux en cas de nouvel afflux de patients.

Aux États-Unis, c’est souvent difficile. Les hôpitaux jouissent d’une grande autonomie et échappent au contrôle des autorités locales. En France et dans d’autres pays européens, il est plus facile d’instaurer une forme de coopération entre les gouvernements et les hôpitaux pour bien gérer l’afflux de patients et les repartir au mieux entre les différents hôpitaux. C’est quelque chose qui va poser problème dans les prochains jours.

On a quand même un peu l’impression que Donald Trump a tourné la page du Covid-19, que ce n’est plus un sujet de préoccupation pour le président…

En fait, dès le début de la crise sanitaire, le gouvernement s’est désengagé de la gestion du volet sanitaire de la crise, un volet qu’il a confié aux gouverneurs. Certes, le gouvernement a fait voter des plans d’aide économique. Des mesures importantes mais pas suffisantes. Désormais le président ne parle plus du volet sanitaire de la crise mais se concentre exclusivement sur la crise économique qui frappe les États-Unis de plein fouet et qui rend sa campagne de réélection pour novembre prochain plus complexe.

Tout comme la Maison Blanche, le parti républicain n’évoque la crise que sous l’angle économique. Comme si la situation sanitaire était désormais sous contrôle et que les indicateurs étaient au beau fixe et que l’on pourrait rouvrir l’économie à l’image de ce qui se fait actuellement en France. Mais la situation ici (aux États-Unis) n’est pas la même. Je pense que la hausse des contaminations va perdurer. Il faut savoir que les États-Unis n’ont pas encore traversé le premier pic épidémique.

Il est donc prématuré de parler d’une « deuxième vague » (comme le disent certains journaux, NDLR) alors qu’on est en plein cœur de la première. La situation est difficile dans un certain nombre d’États dans le sud et dans l’ouest. L’automne sera compliqué sur le plan sanitaire. Je pense notamment aux hôpitaux qui anticipent un nouvel afflux de patients et qui sont dans l’incapacité de gérer de nouveaux patients et de les accueillir dans leurs unités de soins intensifs.

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