France: les commerces ont rouvert dans un climat de liberté et de crainte

En France, c’était le premier jour de déconfinement ce lundi 11 mai. Les Français ont à nouveau le droit de sortir sans dérogation, les magasins autorisés ont rouvert. Un secteur a assisté à une ruée : celui de la coiffure.

Après deux mois sans coupe de cheveux, les clients hirsutes étaient nombreux à pousser la porte des salons. Chez ce coiffeur situé dans le quartier de la gare Saint-Lazare à Paris, le téléphone ne cesse de sonner pour des prises de rendez-vous.

Gilles Martel, le gérant du salon, avait indiqué il y a quelques jours sur sa vitrine la date de réouverture. Il avait précisé qu’il n’y avait pas besoin de prendre rendez-vous, mais beaucoup de clients ont préféré prendre leur précaution.

« C’est surchargé. Il y a essentiellement une clientèle d’hommes. Deux mois, ça commence à faire long », dit-il. « C’est quand même embêtant… », lâche un jeune homme. Ce client était l’un des premiers à avoir appelé à l’ouverture du salon « pour ce sentir mieux et passer à autre chose que le confinement. » « Je me mettais devant la glace et je coupais ce qui dépassait, sauf derrière », ajoute-t-il.

Pour son coiffeur, c’est donc l’heure de la reprise. « J’espère que je ne vais pas me couper les doigts puisque ça fait deux mois que je n’ai pas coupé de cheveux, s’amuse-t-il. Ça fait 30 ans que je coupe des cheveux, mais c’est bien la première fois que je reste ainsi sans rien faire. »

Si ce client avait hâte de se faire faire une coupe, l’équipe du salon était pressée de reprendre le travail après cet arrêt forcé. « Une société qui ferme deux mois, c’est quand même long , commente l’une des coiffeuses. Moralement, financièrement, et puis en plus pour rouvrir pas dans les mêmes conditions… »

« Masque obligatoire pour coiffer et lavage des mains, précise le patron. Dans toutes les tablettes vous avez un déinfectant. »

De nouvelles habitudes à prendre, pas toujours évidentes, surtout lorsque l’on porte des lunettes, qui se remplissent facilement de buée avec un masque.

Les librairies rouvrent, mais fragilisées

Avec un poids estimé à 4,5 milliards d’euros, le secteur du livre est la première industrie culturelle de France, devant la musique et le cinéma. Le confinement a fait souffrir toute la chaîne du livre et notamment les libraires. Les 3 200 librairies indépendantes ont cependant bénéficié d’une aide de l’État. Pas certain pour les plus petites que cela suffise.

Sur le boulevard de Port-Royal, à Paris, Line Teboul replie pour la première fois depuis deux mois le rideau de fer de sa librairie. « C’est beau le bruit d’une librairie qui ouvre », se réjouit-elle.

Pendant deux mois, elle n’a pu vendre aucun livre, mais elle a dû continuer à payer ses charges et notamment le loyer. Heureusement l’État lui a versé une aide de 1 500 euros par mois. « Ça a été débloqué assez vite. Et il y a eu la possibilité de faire un emprunt cautionné par l’État. »

La bonne surprise est venue des éditeurs et des distributeurs qui ont repoussé immédiatement les échéances. « On a rien à payer pour l’instant jusqu’à juin-juillet. On verra. », ajoute-t-elle.

Mais l’avenir n’est pas rose. David Cazals dirige la Libraire Henri IV sur le boulevard du même nom. Pour lui, le risque est de perdre la convivialité avec les clients en raison des mesures barrières.

« La librairie, c’est un métier de contact, donc si on est obligé de mettre des masques, si les gens se méfient les uns des autres, c’est possible que ça nous fasse beaucoup de tort et qu’on y laisse notre peau. Notamment, il y a un point essentiel dans notre métier : ce sont les rencontres en librairie. Pour l’instant, c’est inenvisageable. Les rencontres, les salons… il y a énormément de libraires qui font un chiffre d’affaires non négligeable dans des salons. Et tout ça effectivement, ça va nous faire défaut. »

La France compte toujours plus de 3 000 librairies indépendantes. Elles craignent aujourd’hui que le coronavirus ne les fragilise face à la vente par correspondance de type Amazon.

Les Champs-Élysées presque vides

Sur les Champs-Elysées où les grands chaînes de boutiques de vêtements, notamment, ont rouvert leurs portes les clients étaient rares. Il faut dire aussi que le temps froid et humide n’invitait pas à faire du lèche-vitrines.

La circulation automobile est clairement plus dense que ces derniers jours, mais les piétons pas beaucoup plus nombreux sur les larges trottoirs de la plus belle avenue du monde.

Farouk et sa collègue travaillent dans le quartier. Ils profitaient de leur pause déjeuner pour constater les effets du déconfinement. Ils sont plutôt étonnés. Rien à voir avec un retour à la normale. « C’est vide, d’habitude on se bouscule, tandis que là, c’est libre », assure le jeune homme.

Derrière eux, une grande enseigne de vêtements avec écrit sur la vitrine, « Heureux de vous revoir », mais à l’intérieur, les vendeurs sont plus nombreux que les clients.

Farouk et sa collègue s’apprêtent à y entrer, mais pas pour les mêmes raisons.« Pour passer le temps on va dire et puis pour retrouver le contact avec les gens aussi peut-être. », avoue Farouk. « Ça m’a manqué, ajoute sa collègue. Acheter des petits vêtements, des choses du quotidien pour mes enfants, en fait. Je peux renouveller leur petite garde-robe. »

Un jeune couple ressort les mains vides de ce magasin. Cela faisait deux mois qu’il n’avait pas quitté leur banlieue. Il n’avait pas pour autant l’intention de dévaliser les boutiques.

« Le shopping, c’est un alibi, c’est juste le côté liberté après deux mois de confinement qui fait plaisir, surtout sur cette avenue, explique l’homme. Et puis après on va rentrer à la maison. C’est vrai que dans les transports on sent que c’est inquiétant quand même. On sent que les gens ont encore un peu peur et ils ont peut-être raison d’ailleurs. »

C’est donc un mélange de liberté et de crainte qui a envahit la capitale en ce début de semaine.

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