Portée disparue : cette exoplanète est bien mieux que cela !

C’est l’histoire d’une exoplanète qui n’en a vraisemblablement jamais été une. Officiellement découvert en 2008 sur la base de données récoltées par le télescope Hubble entre 2004 et 2006, ce monde extrasolaire, baptisé Fomalhaut b et situé à environ 25 années-lumière de la Terre, dans la constellation du Poisson austral (une petite constellation de l’hémisphère Sud), était pourtant l’une des premières exoplanètes à avoir été imagées de manière directe. Un fait peu ordinaire quand on sait que les planètes évoluant hors du système solaire sont généralement détectées via des méthodes indirectes qui permettent de les deviner à travers les effets qu’elles produisent sur leur étoile, vue depuis la Terre.

Portée disparue

Traquée dès 2006, officiellement découverte en 2008, confirmée en 2012 : Fomalhaut b a été observée non seulement à plusieurs reprises, mais également pendant plusieurs années. Sous la forme d’un point mobile en orbite autour de l’étoile Fomalhaut, son existence semblait bien réelle, même si son comportement déroutait déjà un brin les astronomes. En effet, exceptionnellement brillante en lumière visible, son éclat semblait étrangement faiblir au fil du temps et elle n’avait, en outre, aucune signature thermique infrarouge détectable. Enfin, son orbite ne semblait pas être elliptique, comme le sont généralement celles des autres planètes connues. Autant de bizarreries que les chercheurs ont tenté d’expliquer, jusqu’à ce que la planète disparaisse définitivement des « écrans radars » en 2014.

Que pouvait-il bien lui être arrivé ? Une nouvelle étude aux allures d’enquête policière a réexaminé tous les faits pour en conclure que l’exoplanète Fomalhaut b n’avait très probablement jamais existé. S’agissait-il d’une hallucination collective due à un quelconque biais scientifique ? Pas le moins du monde, même si la nature aujourd’hui envisagée pour cet objet est tout aussi étonnante. En effet, selon les auteurs de cette étude, tous les éléments laissent aujourd’hui penser qu’il s’agissait en réalité d’un gigantesque nuage de poussières projetées dans l’espace à la suite d’une collision entre deux grands corps glacés, comme des comètes, survenue autour de la brillante Fomalhaut. Un nuage dense qui aurait été en expansion lente et qui aurait mimé la présence d’un corps solide, tel qu’une exoplanète, jusqu’à ce que ses composantes soient devenues trop distantes pour faire illusion. Les chercheurs estiment que ce nuage pourrait être aujourd’hui plus grand que l’orbite de la Terre autour de notre Soleil.

Improbable laboratoire

Les scientifiques sont-ils déçus ? Pas si sûr. Car l’événement que le satellite Hubble aurait ainsi saisi, par le plus grand des hasards, est supposé très rare. De ceux qui ne surviennent qu’environ tous les 200 000 ans dans ce type de système stellaire. En fait de désillusion, il s’agirait plutôt d’un coup de chance incroyable. Hubble a scruté le bon secteur du ciel au bon moment. « Ces collisions sont extrêmement rares et ce n’est donc pas une mince affaire que nous puissions en voir une », estime András Gáspár, de l’université de l’Arizona, l’un des auteurs de l’étude.

« Nous avons des preuves de telles collisions dans d’autres systèmes, mais aucune de cette ampleur n’a jamais été observée. Il s’agit d’un modèle de la façon dont les planètes se détruisent les unes les autres », souligne George Rieke, également impliqué dans ces travaux. De quoi faire du système Fomalhaut une sorte de laboratoire pour l’étude de la manière dont les systèmes planétaires évoluent. Une cible de choix vers laquelle les astronomes ne manqueront pas de pointer le puissant télescope James Webb, dont le lancement est prévu pour 2021, même s’il pourrait encore une fois être reporté.

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