Coronavirus: à Detroit, les Afro-Américains plus durement touchés par la crise sanitaire

La ville de Détroit et son agglomération sont particulièrement touchées par le coronavirus, elles représentent 80 % des nouveaux cas. Une situation d’autant plus préoccupante que dans cette ville industrielle ravagée par la crise économique de 2008, un tiers de la population vit dans la pauvreté. Problème aggravant : beaucoup d’habitants n’ont pas accès à l’eau courante faute d’avoir les moyens de payer leurs factures. Ils ne pourront donc même pas respecter les consignes d’hygiène de base, comme se laver les mains. Une situation qui touche surtout les Afro-Américains.

À Detroit, tout le monde n’est pas égal devant le coronavirus. Un constat dressé en début de semaine par le maire de la ville, Mike Duggan. « Des Afro-Américains meurent à un taux beaucoup plus élevé que des Blancs. Ce que fait le coronavirus, c’est aussi d’exacerber les inégalités sociales face à la santé », déclare-t-il. Dans le Michigan, plus d’un tiers des victimes du coronavirus sont des Afro-Américains alors qu’ils représentent seulement 12 % de la population de cet État du Midwest. Ils sont aussi particulièrement touchés par le manque d’accès à l’eau courante, faute de pouvoir payer leurs factures depuis des années.

Monica Lewis Patrick est la responsable de l’ONG We the people of Detroit. Elle lutte depuis longtemps pour un accès à l’eau pour tous les habitants. « En 2014, 168 000 ménages à Detroit ont été privés d’eau courante. Et beaucoup d’entre eux n’ont toujours pas accès à l’eau. Donc ce que nous faisons, c’est aller de maison en maison, frapper aux portes pour informer les gens de la situation et essayer de faire en sorte qu’ils aient à nouveau de l’eau courante chez eux », explique-t-elle. Et d’ajouter, amère : « Nos bénévoles risquent leur vie en faisant cela. Et pendant ce temps, notre gouvernement donne des conférences de presse, en expliquant au monde entier qu’il n’y a pas de problèmes », ironise-t-elle.

De l’eau sous condition pour les plus démunis

Sous la pression de plusieurs ONG, le maire de la ville a rouvert le robinet pour les plus démunis, mais pas gratuitement. Cela coûte 25 dollars par mois et ceux qui ne peuvent pas payer doivent s’endetter. Cette politique est incompréhensible, s’insurge Kim Hunter de l’ONG Engage Michigan. « Malgré l’arrivée du coronavirus, nous devons insister pour que les gens aient de l’eau courante chez eux pour éviter qu’ils attrapent ce virus mortel. Je trouve cela répugnant d’avoir à invoquer une raison particulière pour demander l’accès à l’eau, car cela est un droit humain », déplore-t-il. « Je ne pense pas que cela se produirait dans une ville où la plupart des habitants sont Blancs. Si on reprend le slogan “Black lives matter” (« la vie des Noirs compte », ndlr), cela veut dire que nous sommes des êtres humains et cela devrait suffire pour que le robinet reste ouvert. »

L’accès à l’eau est un vrai problème de santé publique aux États-Unis. Selon une étude de l’université du Michigan qui date de 2017, environ un tiers des Américains n’en bénéficient pas. Ce qui est inquiétant alors que le Coronavirus frappe le pays de plein fouet. Pour Monica Patrick Lewis de l’ONG We the people of Detroit, l’absence d’investissement public dans les systèmes sanitaires met clairement des vies en danger.

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