Coronavirus: «Un impact sur la croissance chinoise moins élevé qu’avec le SRAS»

Même si certaines entreprises ont pu reprendre leur activité, l’économie chinoise tourne au ralenti suite à l’épidémie de coronavirus. Ana Boata, directrice de la recherche macroéconomique chez Euler Hermes, décrypte l’impact potentiel sur l’économie mondiale du coronavirus Covid-19.

RFI : À quel point l’épidémie de coronavirus pèsera-t-elle sur l’économie ?

Ana Boata : Le confinement va peser sur la distribution et sur l’économie dans son ensemble parce que la Chine dépend beaucoup plus de la consommation privée qu’en 2003. Mais, il y a aussi un impact sur les chaînes de valeurs et sur le commerce mondial.

En ce qui concerne le commerce de biens, la Chine compte double par rapport à 2003 [ndlr date de l’épidémie de SRAS]. Donc, les pertes sur le commerce mondial de biens s’élèvent, selon nous, à 18 milliards de dollars par semaine de confinement. Et sur les services, tout ce qui est lié au tourisme personnel et professionnel, on attend une perte de 6 milliards de dollars.

Cela dit, si l’on compare à l’épidémie de SRAS en 2003, cette fois, les politiques publiques chinoises ont été beaucoup plus réactives. Par conséquent, globalement on attend un impact moins élevé qu’en 2003. À ce moment-là on a eu un choc de –2 points sur la croissance chinoise au trimestre qui était concerné. Cette fois, on attend -1 point pour la croissance chinoise au premier trimestre. La réactivité au niveau de la politique monétaire et le stimulus budgétaire que nous attendons par la suite vont aider l’économie à rebondir à partir du deuxième trimestre.

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Quels seront les pays, les régions les plus affectées ?

Sans surprise, ce sont les pays d’Asie. Hong Kong, le Japon, la Corée du Sud sont les plus exposés. Il y a aussi des pays comme la Thaïlande et Singapour qui peuvent être très touchés. Surtout, comme ces économies sont très ouvertes sur le commerce mondial, elles ont déjà souffert en 2019 et elles sont donc déjà fragilisées.

En dehors de l’Asie, l’impact sera plus élevé en Allemagne et en Italie. Et dans une moindre mesure en France. Quand on regarde les services, le tourisme par exemple, les États-Unis sortent du lot. Tout le monde ne sera pas affecté de la même manière, on attend un impact sur la croissance mondiale de 0,3 point au premier trimestre. Sur l’année, cela ne devrait pas trop se voir, mais sur le trimestre c’est un risque. On a évité en 2019 une récession mondiale parce que les services ont bien tenu, mais là on voit que ce choc peut aussi toucher les services.

Y a-t-il des risques de pénuries ?

Quand on regarde les stocks dans le secteur manufacturier, pour l’instant, ils sont au-dessus de la moyenne de long terme. Les stocks des distributeurs, la plupart des secteurs, sont supérieurs à deux mois. Donc, on n’attend pas vraiment de pénurie généralisée. Mais dans des pays comme l’Allemagne, qui est très intégrée, ou l’Italie, il peut y avoir des cas isolés de pénurie de certains composants.

L’Afrique, où les Chinois investissent beaucoup, peut-elle être touchée d’un point de vue économique par cette épidémie ?

À court terme, l’Afrique sera touchée au même titre que le reste du monde, car il risque d’y avoir temporairement un peu moins de force de frappe. Il peut y avoir quelques perturbations. Mais l’Afrique reste un axe stratégique concernant les matières premières. On attend une croissance chinoise à 5,6 % 2020. C’est un peu moins élevé qu’auparavant, -0,3 point sur l’année. Mais ce n’est pas un niveau récessif. Ce n’est pas un niveau où tout d’un coup la Chine va s’isoler du monde pour le restant de l’année.

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