Amazon veut remplacer votre carte bancaire par votre main

Le géant américain de la vente a déposé une demande de brevet pour un système permettant de régler ses achats avec la paume de sa main, sans sortir une carte de crédit. Des terminaux de paiement spécialement conçus à cet effet sont à l’étude.

Après la dématérialisation de l’argent, bientôt la disparition des moyens de paiement ? Un rêve aussi futuriste qu’intrigant, et au cœur des projets d’Amazon. Le mastodonte américain des achats en ligne aimerait bien reléguer au rayon archéologique ces petits bouts de plastique que sont les cartes bancaires. Comment ça marche ? Un simple geste de la main devrait suffire, puisqu’il s’agit ni plus ni moins d’utiliser la paume comme moyen de régler ses achats.

Pour cela, il faut commencer par concevoir des terminaux capables de lire l’empreinte de la main de façon extrêmement fiable. Un partenariat a été conclu en ce sens avec Visa pour de premières expérimentations. Un autre accord pourrait intervenir avec Mastercard. Pour l’heure, le projet n’en est qu’à son balbutiement technologique, mais certains émetteurs de cartes à l’image de JPMorgan Chase ou Wells Fargo auraient aussi été déjà approchés par la firme de Jeff Bezos, laquelle se refuse pour le moment à communiquer sur le sujet.

Comment vraiment faire confiance à Amazon?

Selon le Wall Street Journal, une demande de brevet a été récemment déposée outre-Atlantique par Amazon pour « un système d’identification biométrique sans contact » incluant « un scanner de la main pouvant générer des images de la paume de l’utilisateur. » Les données comme le lieu et le moment de l’achat pourraient être stockées sur le cloud d’Amazon dont la voracité en termes de données personnelles n’a que peu de limites. Toujours dans l’objectif de vendre plus chère la publicité aux annonceurs.

Un problème subsiste toutefois, et il n’a rien à voir avec la technologie : comment vraiment faire confiance à Amazon ? C’est la question que se posent les banques, plutôt frileuses à l’idée qu’une collaboration avec le géant de la vente se termine par une mise en concurrence, dans la mesure où l’ambition de l’entreprise est d’éliminer les intermédiaires avec les acheteurs.

« L’usager se dit qu’on lui simplifie la vie »

Une autre difficulté devra être surmontée vis-à-vis des utilisateurs, qui au bout du compte seront donc priés de fournir encore plus de données personnelles qu’auparavant. Dans le cas d’une application en France, l’utilisation d’un système de paiement biométrique demeure soumise à l’autorisation préalable de la Commission nationale informatique et libertés (CNIL). En 2017, la CNIL a autorisé neuf banques à tester un système biométrique basé sur la voix. Toujours en France, l’enquête annuelle Digital Payments Study de Visa révélait en 2018 que 79 % des personnes interrogées considèrent les solutions biométriques comme un moyen sûr d’authentification, avec une préférence majoritaire pour le scan des empreintes digitales et de l’œil. Pour Emmanuel Chaumeau, directeur marketing de la plateforme de paiement HiPay, « sur la confiance des utilisateurs, il y a une ambivalence qui est flagrante. Les gens ne veulent pas donner trop de données personnelles, mais quand on a une approche ‘simplification de l’expérience d’achat’, l’usager ne se pose plus la question de ses données et se dit qu’on lui simplifie la vie. »

Enfin, la problématique de la sécurité du paiement devra aussi être réglée, en particulier concernant les fraudes. Dans sa phase de test, le système d’Amazon pourrait maintenir l’usage de la carte de crédit. La main ne servirait alors qu’à valider le paiement, et non pas à être « reliée » à un compte bancaire. Véritable « Géo Trouvetou » de l’innovation, la firme originaire de Seattle n’en est pas à son coup d’essai. Aux États-Unis, on peut déjà se rendre dans une supérette Amazon Go, y faire ses emplettes puis repartir sans passer par la caisse, car ces magasins en sont dépourvus. L’employé de caisse a été remplacé par une appli dédiée. Il suffit de dégainer son smartphone à l’entrée et à la sortie pour un rapide scan sur un portique.

En septembre dernier, le New York Post annonçait qu’Amazon testait également un système de paiement avec la main dans les échoppes américaines estampillées Whole Foods, une chaîne de supermarchés qui appartient à Jeff Bezos. Pour les premiers essais, ce sont les salariés des bureaux new-yorkais d’Amazon qui ont été invités à faire leurs courses en payant avec leur paume.

18 milliards de transactions biométriques d’ici 2021

Mais Amazon n’est pas seul dans la course au paiement biométrique. En Corée du Sud, la Financial Services Commission a autorisé en 2017 une technologie d’identification des veines de la paume de la main, baptisée « BioPay », en association avec Lotte, émetteur coréen de cartes de crédit. Le système n’est à l’heure actuelle testé que dans un seul magasin à Séoul.

Plusieurs solutions existent déjà dans le monde, principalement basées sur les empreintes digitales ou l’œil (iris et rétine). La reconnaissance digitale pour valider une transaction ou tout simplement pour déverrouiller l’appareil est ainsi présente dans de nombreux smartphones. Selon le cabinet d’analyse et de prospective Juniper Research, le nombre de paiements mobiles biométriques serait passé de 600 millions en 2016 à deux milliards en 2017. La même étude estime que la biométrie sera utilisée pour plus de 18 milliards de transactions d’ici 2021. « Avant, c’était l’acte de paiement qui engendrait la réalisation du service. Maintenant, c’est la notion de service qui déclenche l’acte de paiement. C’est une transition du marché », explique Emmanuel Chaumeau qui pointe néanmoins la dichotomie sur le paiement biométrique entre Europe et États-Unis. « L’Union européenne va bientôt renforcer la DSP2 [directive européenne sur les services de paiement , NDLR] alors que les GAFA veulent un système simplifiant cette authentification. Amazon était le dernier des GAFA à ne pas être entré dans cette course à l’authentification. Les autres comme Google et Apple se sont posés sur le téléphone. Mais Amazon a la connaissance du client », prévient-il.

Avec le projet d’Amazon, sera-t-il possible de relier plus d’un compte en banque à une seule main ? Et comment choisir entre les différentes cartes qui peuvent se trouver dans un portefeuille ? Ce sont les questions que posent les émetteurs de cartes. Si Amazon ne les a pas balayées d’un simple revers de la main – c’est le cas de le dire – elles restent néanmoins en suspens.

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