Séisme en Haïti: «Face à cette catastrophe, on se débrouillait à notre façon»

Le séisme du 12 janvier 2010, qui a dévasté la région métropolitaine de Port-au-Prince ainsi qu’une partie de la côte du département du Sud-Est, dont la ville de Jacmel, a fait plus de 200 000 morts et plus d’1,3 million de sans-abri. Dans les heures et les jours qui ont suivi la catastrophe, de nombreux survivants ont fui les zones sinistrées pour se réfugier dans les villes et les zones rurales des provinces. Ainsi, la ville des Gonaïves, chef-lieu du département de l’Artibonite, a connu une augmentation de 25% de sa population en quelques jours seulement. Une famille d’accueil se souvient.

En janvier 2010, Guilmond Saint-Juste et sa femme Marie-Claude vivent avec leurs trois enfants dans une petite maison de deux pièces. Mais l’espace limité ne les empêche pas d’accueillir sous leur toit sept survivants du séisme à Port-au-Prince. « Ce n’était pas des proches, mais plutôt des amis que j’avais rencontrés à Port-au-Prince. Dieu m’a donné la possibilité de prendre soin d’eux pendant les quatre mois qu’ils ont passés sous mon toit. Je leur ai donné l’une des deux pièces qu’on occupait. On a vécu comme si on était une seule et même famille » raconte Marie-Claude.

Répondre aux besoins des siens à un moment où Port-au-Prince dévasté n’était plus en mesure d’approvisionner les villes de province : ce fut un vrai défi pour beaucoup de ces familles d’accueil, comme l’explique Guilmond : « Face à cette catastrophe, on se débrouillait à notre façon. Heureusement on sortait tout juste du mois de décembre qui est toujours propice aux affaires. Nous avions un bus qui assurait le trajet entre Les Gonaïves et Port-au-Prince. On ne gagnait pas beaucoup. On avait juste de quoi répondre aux besoins de ces rescapés. Mais c’était un moment difficile et il fallait remplir notre devoir de citoyens ».

Guilmond et Marie-Claude d’affirmer qu’ils n’hésiteraient pas une seule seconde à accueillir des gens en cas de nouvelle catastrophe.


► Témoignage de l’ancien maire des Gonaïves

L’ancien maire des Gonaïves, Saint-Justin Pierrelus, élu en août 2010, se souvient de la catastrophe.

« Pendant le tremblement de terre, il y avait beaucoup de Gonaïviens qui vivaient à Port-au-Prince, mais aussi beaucoup de gens des 15 autres communes du département de l’Artibonite. Inévitablement ceux qui n’étaient pas morts sont rentrés dans leurs villes natales. À cette époque, la protection civile ainsi que le délégué départemental avaient monté une équipe de travail afin de prendre en charge les victimes du séisme. À peine arrivés, les déplacés pouvaient se rendre à la mairie pour se faire enregistrer. Mais beaucoup de ces personnes étaient des Gonaïviens. Ils sont donc directement rentrés chez eux. Par contre ceux qui avant le séisme avaient déjà du mal à survivre étaient obligés de venir chercher de l’aide à la mairie ».

Quels souvenirs gardez-vous de cette époque ?

« Nous pensions que, malgré les circonstances et les conséquences terribles, ce tremblement de terre allait peut-être apporter quelque chose de positif pour nous, les Haïtiens, au regard de l’unité dont les Haïtiens ont fait preuve à ce moment-là. Tout le monde collaborait, on s’entendait. Je pensais que cette unité allait se poursuivre et nous aider à sortir le pays du marasme, mais malheureusement aujourd’hui c’est tout le contraire. »
R.P

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