Azali Assoumani, président des Comores: «Le contentieux avec la France s’apaise»

« Sur la question de Mayotte, le contentieux avec la France s’apaise », affirme le président des Comores, qui vient de participer à Paris à une grande conférence des bailleurs de fonds. Azali Assoumani a obtenu quelque 4 milliards d’euros de promesses de financement pour son pays. Il a répondu aux questions de RFI.

RFI : Quel bilan tirez-vous de la conférence des partenaires au développement des Comores ?

Azali Assoumani : C’est un bilan positif. Lorsqu’on a atteint les objectifs à 100%, on ne peut pas rêver mieux. Maintenant, c’est moi parce que je suis là jusqu’à 2024, c’est moi qui dois concrétiser ça, continuer les projets qui vont être mis en place.

Le Plan Comores émergent (PCE) vise à faire des Comores un pays émergent à l’horizon 2030. Cela veut dire que vous espérez rester au pouvoir jusqu’au moins en 2029 ? C’est-à-dire que vous vous représentez en 2024, c’est ça ?

Non. Ce n’est pas ça. Ce n’est pas la traduction. La traduction, c’est que nous, on a un Plan émergent 2030, que ça soit moi ou n’importe qui qui vient, il assure la continuité. Cela ne veut pas dire que moi, je vais rester jusqu’à 2030. Ce n’est pas la traduction de l’émergence, ce n’est pas Azali. C’est pour le pays.

Oui, mais vous serez candidat en 2024 ?

Je ne sais pas encore. Je viens de commencer et maintenant, je m’occupe, je suis là maintenant. 2024, on a le temps d’en parler.

Quelles sont les priorités de ce plan de développement ?

Les priorités, c’est le tourisme, l’agriculture et la pêche. Voilà les trois produits phares.

La question de Mayotte… En juillet 2019, vous avez signé un accord avec votre homologue Emmanuel Macron. La France vous accorde une aide de 150 millions d’euros. Votre gouvernement de son côté met un coup d’arrêt aux traversées illégales de migrants entre Anjouan et Mayotte. Six mois après, quel est le premier bilan que vous tirez de cet accord ?

Il ne faut pas confondre. Cette coopération entre la France et les Comores date depuis l’indépendance malgré ce contentieux. Il ne faut venir aujourd’hui comparer les 150 millions d’euros par rapport au problème de Mayotte. Cela n’a rien à voir. Donc là, on a mis en place un comité pour la question de Mayotte. Ce contentieux malheureux qui dure depuis 45 ans pour essayer de trouver une solution. Moi, je dis que Mayotte est comorienne. Et ce n’est pas que moi qui le dis. Il n’y a pas un Comorien qui ne va pas répéter : « Mayotte aux Comoriens ». Et le droit international le reconnaît. Les Français disent que Mayotte est française. Maintenant, cette relation entre nous et la France, elle est historique, et il y a aussi les 400 000 Comoriens qui sont en France. Donc, c’est une relation qui doit être fructifiée, qui doit être apaisée parce qu’on a tout à gagner. Là, effectivement, ce problème de Mayotte, on va l’étudier. Il y a quand même un apaisement pour qu’on puisse trouver une solution à ce problème de Mayotte.

Et sur la question des traversées de migrants entre Anjouan et Mayotte. Où en est-on ?

Ce ne sont pas des migrants. Ce sont des Comoriens qui veulent aller chez eux. Où on en est ? Il y a un aspect sécurité dont je suis responsable. Je ne peux pas laisser aujourd’hui 40 Comoriens monter dans une pirogue de 4 places pour partir. Ils ont chez eux, c’est vrai. Mais on doit assurer la sécurité de ces gens-là. Et ça, c’est la même chose que la pirogue qui doit partir jusqu’à Mohéli ou Anjouan. Pour nous, c’est une question de sécurité dans la circulation des personnes entre les îles.

Il y a la question des personnes qui vont d’Anjouan à Mayotte, donc c’est un mouvement sur lequel vous allez,  pour des raisons de sécurité, assurer un contrôle, si je comprends bien ?

Tout à fait.

Puis il y a la question des gens qui sont arrivés à Mayotte et que la France veut expulser. Emmanuel Macron a dit en octobre, lors de son dernier passage à Mayotte, que « la France allait expulser 25 000 personnes de l’île de Mayotte d’ici à la fin de cette année ». Est-ce que ces expulsions ont commencé ou pas ?

Non, mais ça, on va en discuter. Pourquoi il y a des Burundais, des Malgaches, des Congolais, des Rwandais à Mayotte, on ne veut pas les expulser, mais on veut expulser les Grands Comoriens, les Mohéliens, les Anjouanais ? Qu’est-ce qu’ils ont fait de mal ?

Peut-être parce qu’ils sont beaucoup plus nombreux, non ?

(rires) Ils sont beaucoup plus nombreux. Mais je vais vous dire, ils ne chôment pas, ils travaillent. C’est pourquoi effectivement, il va falloir qu’on discute ensemble. Aujourd’hui, un Mohélien, un Grand Commorien, un Anjouanais qui veut retourner de son plein gré, il n’y a pas de problème. Mais qu’aujourd’hui, on le force à partir alors qu’il n’y a pas de raison. Pourquoi ? Est-ce qu’il a agressé quelqu’un, est-ce qu’il a fait du mal quelque part ? Et c’est là l’objet de discussions entre nous et les Français et les Mahorais par rapport à cette question.

Vous invoquez le droit international. Comptez-vous sur des alliés sur la scène internationale pour régler le problème de Mayotte ?

En fait, aujourd’hui, le dialogue qu’on a, on voudrait convaincre les amis de la France qui sont encore nos amis pour essayer effectivement qu’ils convainquent nos amis français que leur intérêt, c’est d’avoir un pays uni pour l’intérêt de la France.

Quand vous parlez des amis de la France à qui vous demandez d’intervenir, vous pensez à qui en particulier ?

(rires). Je pense à surtout les pays du Golfe : l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, mais aussi les États-Unis. C’est quand même des amis de la France. Un jour, j’ai voulu compter sur les Anglais. Mais eux aussi, ils ont les mêmes problèmes que la France, (rires). Je pense que ce serait difficile aux Anglais d’être intermédiaires alors qu’ils ont les mêmes problèmes.

Dans l’océan Indien aussi [dans l’archipel des Chagos] ?

Tout à fait. Donc, on compte sur des pays amis de la France en Afrique, comme le Sénégal, comme la Côte d’Ivoire, comme la Guinée. Ce sont des gens avec qui on peut discuter pour essayer de voir comment ensemble on peut trouver une solution à ce problème.

Et le fait que le président Macron ait accepté, il y a six mois, de discuter de l’avenir des îles Éparses avec Madagascar. Qu’est-ce que cela vous inspire ?

C’est un bel espoir pour nous. Cela veut dire qu’il va accepter qu’on discute du problème de Mayotte.

Pour l’instant, il n’a pas accepté…

Il a beaucoup de temps devant lui. Peut-être demain, après-demain, il va accepter.


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