La paix, dites-vous ? Stop au tintamar

Le Gardien de la paix, la justice de paix avec son juge de paix ! En voilà des expressions qui nous semblaient bien ambiguës parce que, pour moi, enfant en ce temps-là, je me demandais bien comment et pourquoi la paix devait-elle être jugée. Pourquoi aussi devait-on lui chercher des gardiens. Fils d’un ancien juge de paix, qui intervenait presque toujours pour régler des conflits, j’ai donc grandi avec cette idée que “Gardien de la paix” et “juge de paix” n’étaient que contresens.

Le Gardien de la paix désignait l’Agent de police armé et chargé de maintenir le bon ordre dans les lieux publics ; la justice de paix : l’Institution juridique cantonale, instaurée en France par la loi des 16 et 24 août 1790 de la Constituante et nous l’avions donc hérité de la colonisation. La Justice de paix, destinée à instaurer une justice simple, rapide, gratuite et équitable, plus proche des citoyens, en parallèle à la justice classique, a été supprimée en 1958 en France et il n’y a guère longtemps dans la plupart des Etats francophones d’Afrique.

Mais avec le temps, j’ai compris que j’avais tort de penser moi-même de travers, la paix s’avérant vraiment volatile pour qu’il faille veiller sur elle scrupuleusement. On sait que le couple guerre-paix est omniprésent dans l’histoire, ce qui peut laisser supposer que l’état de paix serait un moment quasi-aléatoire dans une alternative chronique avec la guerre, une trêve entre deux guerres en quelque sorte. L’histoire semble abonder dans ce sens. En 1905, un historien américain, O. Lee, avait calculé que sur 2400 ans, il n’y avait eu, tout au plus, que 236 années d’état de paix. Les décennies suivantes, avec deux guerres mondiales entrecoupées ou suivies de conflits  régionaux ou intra étatiques multiples, jusqu’à aujourd’hui, ne sont pas venus infirmer ce constat.

De nos jours, la paix est la denrée la plus recherchée dans le monde et de nombreuses organisations internationales et régionales sont impliquées dans des activités de rétablissement de la paix, d’imposition de la paix et de maintien de la paix : Nations Unies, Organisation du traité de l’Atlantique Nord, Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe, Union africaine, Union européenne, etc. Elles envoient des forces multinationales dans les différentes zones de conflit. Alors que l’expression “sécurité collective” n’apparaît pas dans la Charte des Nations Unies, elle est souvent utilisée pour désigner le système de maintien de la paix et de la sécurité internationale en application de la Charte des Nations Unies et des mesures correspondantes des organisations régionales.

D’ailleurs, et très souvent, l’Onu se propose de maintenir la paix là où elle n’est plus. Ou de consolider une paix qui n’existe plus. Très souvent, dans les deux cas, il faut au contraire et carrément reconstruire la paix. Environ un quart de la population mondiale vit dans des pays en proie à des conflits violents. La planète compte actuellement plus de 68 millions de personnes ayant dû fuir leur domicile et ce chiffre n’a jamais été aussi élevé depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale. Les conflits constituent 80 % de l’ensemble des besoins humanitaires. Le besoin de paix n’a jamais été aussi pressent.

Il est temps d’arrêter de recoller les morceaux et de commencer à briser les cycles de violences. La fin de la violence n’est possible qu’avec la transformation des relations. Il s’agit de comprendre et traiter les raisons pour lesquelles les personnes ont commencé à se battre, puis de trouver un moyen de faire avancer les choses. Cela vaut aussi bien pour un conflit intracommunautaire ou intercommunautaire qu’un conflit opposant l’État et les citoyens.

Mais arrêter les combats ne signifie pas pour autant transformer les conflits et mettre fin pour de bon à la violence. L’instauration d’une paix durable nécessite de la patience et un travail de longue haleine pour trouver des solutions originales et innovantes aux conflits. En un mot comme en mille, la paix ne s’impose pas, ça se cultive avant de se consolider au fil du temps. Il faut donc une véritable culture de la paix.

Eduquer à la paix est une mission ambitieuse qui, bien  évidemment, sollicite l’intervention d’acteurs très multiples à différents niveaux de la société. Cela passe d’abord par l’éducation avec notamment la révision des programmes d’enseignement afin de promouvoir des valeurs, des comportements et des modes de vie qui vont dans le sens d’une culture de la paix tels que la résolution pacifique des conflits, le dialogue, la recherche de consensus et la non-violence ; abolir les guerres et les conflits violents, transcender et dépasser les images de l’ennemi par la compréhension, la tolérance et la solidarité entre tous les peuples et toutes les cultures ; apprendre de toutes nos différences par le dialogue et l’échange d’informations…

Ensuite par la promotion économique et sociale plus précisément par la réduction des inégalités économiques et sociales, l’éradication de la pauvreté, la sécurité alimentaire durable, la justice sociale, des solutions durables aux problèmes de la dette, l’autonomisation des femmes, des mesures spéciales pour les groupes aux besoins particuliers, la durabilité environnementale…

En plus, par la pleine participation des femmes dans la prise de décision économique, sociale et politique, par l’élimination de toutes les formes de discrimination et de violence contre les femmes, par l’appui et l’aide aux femmes qui se retrouvent dans le besoin…

Par ailleurs, promouvoir les pratiques démocratiques dans tous les secteurs de la société, avoir un gouvernement et une administration transparents ; lutter contre le terrorisme, la criminalité organisée, la corruption, les drogues illicites et le blanchiment d’argent…

En outre, assurer la pleine participation des femmes dans la prise de décision économique, sociale et politique, par l’élimination de toutes les formes de discrimination et de violence contre les femmes, par l’appui et l’aide aux femmes qui se retrouvent dans le besoin…

Et enfin, soutenir la communication participative et la libre circulation de l’information ; promouvoir la paix et la sécurité internationales et promouvoir le respect de tous les droits de l’Homme car il ne saurait y exister de paix durable sans droits de l’Homme.

Comme on le voit, c’est tout un programme à concevoir, enrichir et développer au fil des années. Nous sommes donc loin du tintamarre soutenu par des discours et actions qui relèvent beaucoup plus du vernis de faire-valoir que d’une véritable construction de la paix. Que de responsabilités à endosser alors par nos gouvernants et des pans entiers de la société civile qui fait de tout de travers.

Amadou Bamba NIANG

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