À Nagasaki, le pape François dénonce la logique de la dissuasion nucléaire

Ce dimanche, dans la seconde ville japonaise détruite par une bombe atomique en 1945, le pape François a appelé à l’abolition des armes nucléaires, plaidant contre le principe pervers et indéfendable de la dissuasion nucléaire.

Sous une pluie battante, au point zéro de l’explosion de la bombe à hydrogène américaine à Nagasaki le 9 août 1945, François est devenu ce dimanche le premier pape à se prononcer contre l’illégitimité morale de la possession des armes nucléaires, analyse notre correspondant à Tokyo, Frédéric Charles. Jusqu’ici, le Vatican se contentait de s’élever contre la puissance destructrice de l’arme atomique et considérait la dissuasion nucléaire comme le moindre mal.

« Fausse sécurité »

La paix et la stabilité internationales sont incompatibles avec toute tentative de compter sur la peur de la destruction réciproque ou sur une menace d’anéantissement total, a ajouté le souverain pontife. « La possession des armes nucléaires et d’autres armes de destruction massive n’est pas la réponse la plus appropriée », a attaqué le pape, évoquant une « fausse sécurité » qui envenime selon lui les tensions dans le monde.

Puis le jésuite argentin a dénoncé toute la filière de l’armement : « Dans le monde d’aujourd’hui, où des millions d’enfants et de familles vivent dans des conditions inhumaines, l’argent dépensé et les fortunes engagées dans la fabrication, la modernisation, l’entretien et la vente d’armes toujours plus destructrices, sont un outrage continuel qui crie vers le ciel », a-t-il lancé.

La visite du pape intéresse peu les Japonais, seuls 3% sont chrétiens. Mais en se prononçant contre la possession de l’arme atomique, il fait sensation au Japon. Il réjouit ceux qui s’opposent à la volonté du Premier ministre Shinzo Abe de réviser la Constitution pacifiste. Et il embarrasse le gouvernement japonais, lequel n’a toujours pas ratifié le traité sur l’interdiction des armes atomiques, comme l’ont fait les deux tiers des pays membres de l’ONU.

Des Japonais divisés

Les éditoriaux de la presse conservatrice et nationaliste japonaise sont d’ailleurs sévères envers le combat du pape qu’ils jugent irréaliste, rapporte notre correspondant à Tokyo,Bruno Duval. C’est aussi l’opinion de ce retraité. « Ces thèses pacifistes sont très inquiétantes, estime-t-il. Le Japon vit sous la menace de deux dictatures : la Chine et la Corée du Nord. Donc, quoi qu’en pense le pape, le parapluie nucléaire américain qui nous protège est indispensable. Le Japon devrait même se réarmer en révisant sa Constitution pacifiste de 1947, qui l’empêche de se défendre contre ses ennemis. »

Mais tout le monde n’est pas de cet avis. À l’image de ce Japonais de confession bouddhiste, très attaché au pacifisme. « Le discours du pape m’a impressionné. En plus, qu’il l’ait prononcé dans un lieu aussi symbolique que Nagasaki, cela me touche beaucoup, explique-t-il. Je partage son point de vue sur le désarmement nucléaire. Je suis d’ailleurs fâché que le Japon, le seul pays victime de l’arme atomique, refuse de signer le traité de l’ONU. »

Parapluie nucléaire

Plus de 10 millions de Japonais ont signé une pétition réclamant l’interdiction des armes nucléaires de par le monde. Mais le gouvernement du Premier ministre Shinzo Abe ne veut rien entendre. Il estime que, pour sa sécurité, le Japon ne peut pas se passer du parapluie nucléaire de son puissant allié américain.

Ce dimanche, le pape doit aussi se rendre à Hiroshima, la ville victime du premier bombardement atomique de l’histoire, trois jours avant Nagasaki, qui tua instantanément 78 000 personnes.

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