Le sahelistan: ce mirage extrémiste qui guette l’Afrique

 A moins d’un mois du forum de Dakar sur la paix et la sécurité en Afrique, le monde des civilisés a appris la merveilleuse nouvelle de la mort d’Al Baghdadi chef du groupe de l’Etat Islamique (EI). Cette excellente nouvelle réjouit les africains plus particulièrement ceux qui habitent le sahel, zone marquée par une insécurité imposée par des contrebandiers (preneurs d’otages, rançonneurs, trafiquants de cigarettes, d’armes, d’êtres humains, de médicaments, de drogues etc…) qui pour certains ont prêté allégeance à daesh et à l’Etat Islamique.

 « Nous avons eu l’Afghanistan, il ne faut pas qu’il y ait de Sahelistan ». Cette déclaration fracassante de Laurent Fabius, ancien ministre français des Affaires étrangères a suscité chez les dirigeants africains une prise de conscience du rêve fou, commun à tous les terroristes du Sahel. Au-delà du terme géosécuritaire « Sahelistan», une région inexistante dont le suffixe fait référence à l’Afghanistan, le fait qu’un homme sème la terreur dans cette partie d’Afrique, Mokhtar Ben Mokhtar, ait suivi des formations dans divers camps  près de Kaboul, où il a été blessé à l’œil gauche par un éclat d’obus faisant de lui un borgne, conforte Laurent Fabius dans ses craintes. Il serait catastrophique que les extrémistes réussissent le projet de «Sahelistaner»  cette large bande,  plus grande que toute l’Europe occidentale, recouvrant plus que les pays du G5 Sahel (Burkina Faso, Mali, Mauritanie, Niger, Tchad) et qui va de la Somalie à la Mauritanie en passant par le Nigeria, le Niger, le Soudan, l’Éthiopie et l’Érythrée. Sous ce registre, les alliances au Sahel que les organisations criminelles déclarent nouer, semblent une gestation d’un Sahelistan voire d’un Africanistan. Vocable prononcé par Serge Michaïlof ancien directeur à la Banque mondiale, puis à l’Agence française de développement, enseignant à Sciences po Paris et chercheur à l’Institut des relations internationales et stratégiques (IRIS).

 Cette potentielle branche africaine de l’International extrémiste (IE) dont le sigle permuté renvoie à celui de l’Etat islamique (EI), serait pour les fondamentalistes ce que l’International socialiste et l’International libéral est aux socialistes et aux libéraux. Que Dieu nous en préserve ! Cependant, pour une approche holistique à l’échelle continentale l’éradication de la pauvreté qui est un tremplin à la perméabilité des peuples aux idéologies extrémistes devient impérative. Dans cette optique, le programme décennal 2015-2025 de la BAD dénommé High 5 (nourrir l’Afrique, améliorer la qualité de vie des Africains, industrialiser l’Afrique, éclairer l’Afrique et intégrer l’Afrique) s’alignant sur l’agenda 2063 de l’Union Africaine soutenu par le PNUD et qui cadre avec les objectifs de développement durable (ODD) devrait discriminer positivement les pays de la région sahélienne, vus les liens suspicieux entre pauvreté et radicalisation.

 Quant au Sénégal qui abrite le forum international sur la paix et la sécurité, il est rassurant que les services de renseignements semblent assez prévoyants pour faire observer aux autorités la menace qui se profile à l’horizon. À ce titre, je salue la proactivité du ministre des Forces armées Me Sidiki Kaba qui a récemment inauguré aux portes des frontières nord et sud, une antenne de la section de recherche de la gendarmerie à Saint Louis et, avec l’appui de l’Union européenne, une caserne du groupe d’action rapide de surveillance et d’intervention (GARSI) à Tambacounda, sur l’autel de la protection du sanctuaire national. Au demeurant, j’espère que la sixième édition du forum de Dakar apportera des innovations majeures en matière de paix et de sécurité qui impacteront sur la longue marche de l’Afrique vers un développement systémique.

Djily Mbaye FALL / Senior Prospectivist. djilymbayefall@gmail.com

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