Processus de paix : Les désaccords de l’accord !

Le processus de mise en œuvre de l’accord est dans l’impasse. Tout le monde y convient. En réalité, l’état dans lequel se trouve cet accord n’a rien de surprenant, tant il s’est avéré, dès le début du processus, non conforme  avec la constitution du Mali, avec des dispositions que tous les observateurs avertis savaient inapplicables.

Signé en 2015, l’application de l’accord avance à pas de tortue. Sa signature avait elle-même été source de couacs et s’était faite en deux temps. D’abord, le 15 mai 2015, sous les auspices de la médiation internationale, entre le gouvernement malien et les groupes dits à l’époque « loyalistes». Puis, seulement un mois plus tard, avec la CMA qui regroupait les rebelles regroupés au sein de la CMA (Coordination des mouvements de l’Azawad). Les hésitations, reports et autres bégaiements constatés lors de la signature, laissaient déjà entrevoir des difficultés à venir. Aujourd’hui, le processus de paix, à force de lenteur, est en train de s’enliser.

Aussi pour Choguel Kokalla Maïga, président du MPR, l’accord de paix est un échec total. Car soutient-il, aucun des objectifs de l’accord n’a été atteint. La paix n’est pas revenue. Le territoire n’est pas conquis et la réconciliation n’est pas à l’ordre du jour. Donc, l’accord a échoué sur toute la ligne, affirme   Dr Maïga. : « Il y a une impérieuse nécessite de réécrire cet accord, de reprendre cet accord afin de l’adapter aux intérêts supérieurs de la nation au lieu de nous rabâcher chaque fois de la mise en œuvre de l’accord».

Il estime que des autorités intérimaires, le DDR…que le président de la République a avancé comme bilan de l’Accord d’Alger n’ont pas été prévues comme priorités de ce document. « Les autorités intérimaires ne sont pas prévues dans l’Accord d’Alger, c’est une période intérimaire de 18 mois qui est prévue », précise-t-il. La seule solution pour que cet Accord soit utile pour les Maliens, selon lui, c’est son appropriation par le peuple malien. « Il est nécessaire de relire cet accord et de l’adapter aux intérêts supérieurs de notre peuple », souligne  le président du MPR.

Autre blocage ? Il s’agit du Mécanisme opérationnel de coordination (MOC). Ce mécanisme qui doit mettre en commun toutes les forces, piétine  depuis l’attentat du camp à Gao en janvier 2017 et l’enlèvement de 22 éléments ex-combattants des groupes armés après leur formation à Bafo.  Le désarmement, la démobilisation et la réintégration (DDR), autre maillon essentiel de l’accord connait  des retards dans son application.

Que dire de la mise en œuvre des autres dispositions ?  Pas grand-chose. Leur application impose un changement de Constitution. A cet effet, dans le chapitre 1 du document (article 3), il est souligné que l’Etat prendra les dispositions requises pour l’adoption des mesures réglementaires, législatives voire constitutionnelles nécessaires. Dans le titre II (chapitre 3 articles 6) le Mali doit mettre en place une architecture  institutionnelle. Il doit même diligenter la mise en place d’un sénat. Et sur le plan politique, les responsables des régions, les présidents et parlementaires seront élus au suffrage universel. Mais, l’inquiétude est que dans la configuration actuelle, l’accélération d’un genre nouveau de décentralisation comme préconisée aboutirait à une autonomie pure et simple des régions occupées par les rebelles. À preuve, l’article 43 de l’accord donne des droits à ces régions pour promouvoir des projets de coopération transfrontalière. Ce qui veut dire que cette partie du Mali aura sa propre diplomatie synonyme ‘’d’Etat indépendant’’ surtout qu’elle sera dotée d’une police territoriale.

Plusieurs autres points  font débat. Ainsi,  la reconnaissance  de  l ’Azawad  comme « entité politique, juridique et territoriale ». Cette disposition fait passer l’Azawad pour un mini-Etat fédéré ou, à tout le moins, pour un territoire autonome. Ce n’est plus, comme le gouvernement tentait de le faire croire, un simple terroir socio-culturel comparable au Banimonotié, au Ganadougou, au Kaarta, au Khasso ou encore au Kénédougou.

Autre sujet  de  discorde : l’engagement du Mali « à reconnaître et à réparer les crimes qu’il a commis depuis 1963 dans l’Azawad » en oubliant que des milliers de maliens ont perdu la vie à cause de ces rebelles touaregs aussi. Bien entendu, aucune réparation de la part des rebelles séparatistes et terroristes azawadiens qui ont allègrement pillé, violé et amputé les pauvres citoyens maliens du nord depuis 1963!

La « création d’une assemblée régionale regroupant les régions de Gao, Tombouctou, Kidal, Ménaka et Taoudéni dont les prérogatives relèvent des domaines spécifiques de l’Azawad » suscite aussi une levée de bouclier : cette disposition regroupe tout le nord (deux tiers du Mali) pour le soumettre à l’autorité légale des groupes armés qui, du fait de leur supériorité militaire, ne manqueront pas de contrôler l’« assemblée régionale » prévue !

Autre disposition de l’accord  controversé : l’affectation d’un fonds spécial pour l’Azawad sur le budget de l’Etat à hauteur de 40% sur une période de 20 ans.

Les désaccords, l’insécurité et l’absence sur le terrain d’autorités n’ont fait que repousser la paix. Déjà moribond, l’accord d’Alger risque de ne pas y survivre et le Mali de ne pas émerger de sitôt du chaos dans lequel plus de la moitié de son territoire est encore plongée.

Dans le dernier rapport présenté en janvier à New York au Conseil de sécurité, le secrétaire général des Nations unies regrettait ainsi que « les principales dispositions de l’accord [d’Alger] n’ont pas été appliquées (…) ».

L’accord d’Alger se résume finalement à un accord de cessez-le-feu. Sauf que l’activité des djihadistes a repris de plus belle alors que le redéploiement des forces armées maliennes au Nord n’est toujours pas effectif. Résultat : Les groupes terroristes et extrémistes violents ont renforcé leurs activités et leur présence à Kidal qui échappe toujours au contrôle de l’Etat et qui est devenu un baston des groupes armés. Kidal est devenu aujourd’hui une menace pour tout le Sahel comme l’a dénoncé récemment le chef de l’Etat nigérien Mahamadou Youssoufou.

Mémé Sanogo

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