«On ne peindra plus jamais de la même façon après Leonard de Vinci»

La plus grande rétrospective consacrée à Léonard de Vinci, 500 ans après sa mort, ouvre ce jeudi 24 octobre au musée du Louvre, à Paris. Plus de 180 000 personnes ont déjà réservé un billet pour admirer les 162 œuvres, peintures, dessins, sculptures, réunies autour du maître de la Renaissance italienne. Onze tableaux sont présentés, dont La Joconde et L’Homme de Vitruve. Pascal Brioist, auteur du livre Les audaces de Léonard de Vinci (Stock), est l’un des meilleurs spécialistes du peintre et inventeur. Il revient sur la fascination exercée par ce génie.

Cinq cents ans après sa mort, sait-on vraiment qui était Léonard de Vinci ?

Pascal Brioist C’est un fils illégitime d’un notaire, d’une bourgade qui se trouve à une quarantaine de kilomètres de Florence. Sa mère nous est inconnue. On sait qu’elle s’appelait Caterina, qu’elle était de bonne famille, mais on n’en sait guère plus.

Pourquoi Léonard de Vinci a-t-il révolutionné l’art de la Renaissance ?

En ce qui concerne l’art, on ne peindra plus jamais de la même façon après Léonard de Vinci. Léonard pratique non seulement une technique de peinture à l’huile avec des micro-touches, le fameux sfumato, c’est-à-dire l’idée de créer des contours un petit peu effacés, vaporeux. Et par ailleurs, Léonard se voit comme un démiurge, quand il peint. C’est-à-dire que tous ses savoirs scientifiques en anatomie, en géologie, en hydraulique, sont intégrés à ses tableaux. Il y a là un travail de synthèse de toutes les sciences du moment.

Pour revenir sur cette technique du sfumato, qui donne ces contours vaporeux aux personnages et au décor, c’est vraiment révolutionnaire : les personnages ne sont plus statiques et figés comme avant.

Il y a la technique elle-même, qui effectivement prend en compte l’épaisseur de l’air, et fait que toutes les figures ne sont pas dessinées comme au trait. On présente une sorte de vibration qui dit quelque chose de ce qu’est le vivant. Mais il y a aussi le fait qu’il invente des postures. Par exemple, cette posture où l’on se retourne, que l’on appelle le « contrapposto » en italien. Très jeune, quand il peint l’ange d’un tableau de Verrocchio, il y a déjà quelque chose de neuf et surtout, il est capable de représenter le mouvement de l’âme.

Combien de tableaux Léonard de Vinci a-t-il peint ? Les experts en débattent toujours.

Si on dit quinze, je pense qu’on est large.

Léonard de Vinci peint peu de tableaux. Par contre, il dessine tout le temps. Que dessine-t-il ?

Il dessine tout. Il dessine la nature, les jours et les peines des paysans de Toscane, toutes les plantes et même les fossiles. Il dessine tout ce qui l’entoure.

►À écouter aussi: Léonard de Vinci, peintre ou scientifique ?

Léonard est aussi un sculpteur, un compositeur, un ingénieur et un inventeur. Peut-être n’est-il pas le père du char d’assaut ou de l’hélicoptère, que certains lui ont attribué, mais Léonard de Vinci est tout de même un créateur de machines très imaginatif, non ?

Bien sûr. Il est né dans un village où il n’y avait pas de machines. Mais quand, à 14 ans, il arrive à Florence, il découvre le monde des arts mécaniques : il y a énormément de machines fabuleuses, capables de monter au sommet du dôme de Florence le poids d’un autobus. Toute cette mécanique le fascine. Il va aller très loin, en imitant le travail de tous ses contemporains et surtout en étant capable d’en faire une synthèse.

Léonard de Vinci a 64 ans quand il arrive en France à la Cour de François 1er. Il a dans ses bagages La Joconde qui n’est pas terminée. Léonard de Vinci est-il le plus français des peintres italiens ?

D’autres artistes italiens ont franchi les monts, on pense à Rosso Fiorentino par la suite. Mais Léonard est l’un des premiers à se faire reconnaître avec autant de maestria. Il ne passe que trois ans en France, ce n’est pas beaucoup. Mais pendant ces trois années il y a le peintre, l’artiste qui prévoit de faire un palais à Romorantin, il y a l’organisateur de fêtes. Léonard de Vinci est tout cela en même temps : ingénieur, architecte et grand peintre.

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