En 2020, l’Ecosse plonge dans l’année des Eaux et Littoraux

Avec des centaines de lochs, 16 500 kilomètres de côtes et un climat réputé pour être très humide, l’eau a façonné la culture et l’histoire de l’Écosse. Pour mettre en avant ce patrimoine environnemental, culturel et gastronomique, l’office du tourisme écossais lance pour 2020 l’année thématique des Eaux et Littoraux.

Une plongée dans le passé de l’Écosse

À Glasgow, qui fut la deuxième ville de l’Empire britannique, les eaux ont joué un rôle majeur dans le développement de la ville. C’est grâce au fleuve Clyde, qui se jette dans l’Atlantique, qu’elle a pu prospérer. La ville était jusqu’à la Seconde Guerre mondiale le centre mondial de l’industrie navale, et du début du 18e siècle à nos jours, plus de 25 000 navires ont été bâtis sur le fleuve. Aujourd’hui, il ne reste plus que deux chantiers navals, dont un en train d’être racheté par le gouvernement écossais. La grue cantilever géante sur le bord de la Clyde en centre-ville est le plus célèbre vestige de ce passé florissant.

L’ouverture sur la mer est aussi ce qui a permis à Glasgow de considérablement s’enrichir grâce au commerce triangulaire au 18e siècle : des navires quittaient la ville avec des biens en direction de l’Afrique échangés contre des esclaves, envoyés dans les plantations de coton, de sucre ou de tabac dans les Caraïbes, puis les navires revenaient vers l’Écosse chargés de biens produits par les esclaves. La ville commence tout juste à prendre la mesure de son implication et celle de l’Écosse dans l’esclavage : cet été, l’Université de Glasgow s’est engagée à payer des réparations à hauteur de 20 millions de livres sterling en créant un centre de recherche en partenariat avec l’Université des Indes occidentales, dans les Caraïbes anglophones, après avoir découvert ses liens avec la traite négrière. De plus, à l’occasion de Black History Month ce mois d’octobre, de nombreuses discussions sur ce sujet, encore difficile à aborder, auront lieu.

L’année des Eaux et Littoraux en 2020 devrait donner l’opportunité de se plonger dans le passé de l’Écosse, parfois sombre, et de mieux comprendre sa relation avec ses fleuves, mers et lochs jusqu’à aujourd’hui. Mais pas que : il s’agit aussi de découvrir la gastronomie de l’Écosse, grand pays de pêche, et son environnement.

Protection de l’environnement et tourisme durable

Dans les Hébrides, l’archipel de l’ouest de l’Écosse accessible en ferry où une cinquantaine d’îles sur environ 190 sont habitées, l’année des côtes et des eaux donnera l’opportunité d’attirer l’attention sur la beauté de la nature sur ces îles, et sur le défi que représente sa protection. C’est le but du Hebridean Whale Trail, un parcours lancé fin juin 2019 par le Hebridean Whale and Dolphin Trust, un organisme dédié à la protection de la faune marine dans l’archipel des Hébrides. Le but : proposer une trentaine d’endroits, de l’île de Skye à Islay, connue pour ses whiskys, en passant par St Kilda au milieu de l’Atlantique et la côte ouest des Highlands, pour observer dauphins, baleines, marsouins ou encore requins depuis la terre ferme.

Karl Stevens, qui a lancé l’initiative, explique qu’à la création du Hebridean Whale and Dolphin Trust, peu de monde croyait en sa pertinence. Quand on parle de faune en Écosse, on pense souvent aux majestueux cerfs. Mais « en réalité, un quart des espèces de baleines et dauphins dans le monde ont été recensées ici, dans l’ouest de l’Écosse », selon Karl. « On veut que les gens sachent qu’il est possible de les observer ici, et que ce soit durable, et accessible à tous. On veut aussi que les gens prennent le temps de profiter de leur visite au lieu de juste venir, prendre une photo, et partir. »

Karl Stevens et sa collègue Siobhan Moran ont travaillé pendant plusieurs avec les communautés de tout l’archipel, les écoles, les pêcheurs et les chercheurs, pour créer ce parcours, qui, ils l’espèrent, attireront de nombreux visiteurs. Car il ne s’agit pas juste de voir la faune marine : le but assumé est d’attirer les touristes là où ils n’iraient pas forcément. « On veut que les différentes communautés s’approprient ce projet », explique Karl, qui a habité à Édimbourg pendant 20 ans avant de venir s’installer à Mull. « Certaines petites îles, comme Eigg et Rum, ne bénéficient pas vraiment du tourisme. Nous essayons donc de redistribuer le tourisme sur ces îles, et d’éviter la concentration touristique à certains endroits de l’ouest de l’Écosse ».

l’Atlantique vue de Glengorm, sur l’île de Mull en Écosse.RFI/Assa Samaké-Roman

Insuffler de la vie dans les communautés insulaires

Si le projet marche bien, ce sera non seulement une aubaine pour les entreprises locales, mais cela permettra peut-être d’accélérer la repopulation des Hébrides : cela prouvera que le tourisme durable, qui bénéficie aux habitants et à l’économie locale, est une activité viable sur le long terme. Le siècle dernier, les Hébrides ont souffert de l’exode notamment des jeunes en quête d’opportunités d’emploi sur l’île principale. Mais ces dix dernières années, on observe un mouvement de retour. Siobhan, originaire du Perthshire, dit cependant que trouver un endroit où habiter et un travail dans cette région est toujours un défi. « Personnellement, j’ai mis quatre mois avant de trouver un logement. La région devient de plus en plus touristique, donc l’effet Airbnb se fait sentir », confie-t-elle.

Chaque île sur le parcours a une identité particulière : elles ont leur propre culture et une connexion particulières à la mer, qui sera mise en avant avec le Hebridean Whale Trail. Pour les communautés éparpillées sur l’archipel, ce sera l’occasion de renouveler les liens qui les rattachent, notamment le 1er novembre 2019 lors du Whaley Ceilidh (lire kay-lee), une soirée de musique et danse traditionnelles écossaises organisée par le Whale and Dolphin Trust.

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