Détournement du dénier public : Le Président du Conseil Régional de Kayes et ses présumés complices en prison : les charges qui pèsent contre eux

C’est à la suite d’une dénonciation de la Plateforme de Lutte contre la Corruption et le Chômage (PLCC) que le président de l’Assemblée Régionale de Kayes, M. Bandiougou Diawara et quatre de ses collaborateurs ont été interpellés et placés sous mandat de dépôt, le samedi 21 septembre dernier,  par le Pôle économique et financier de la première région.

L’affaire de malversation financière à l’Assemblée régionale de Kayes a pris une nouvelle tournure. Selon des sources concordantes, le président du Conseil Régional, Bandiougou Diawara, son deuxième vice-président, Michel Dansoko, son Secrétaire général, Founéka Sissoko et son comptable matière sont désormais sous mandats de dépôt. Et leur arrestation, selon les mêmes sources,  serait due, à un présumé détournement de plus de vingt milliards de francs CFA.

La preuve des épreuves

Après le président de l’APCAM, Bakary Togola et ses présumés complices, c’est autour de Bandiougou Diawara et compagnie d’être incarcérés par la Justice. Pour l’instant, celle-ci n’a fait aucun commentaire.

Toutefois, le président de la plateforme anticorruption PCC, le Dr Clément Dembélé, dans une interview publiée le vendredi dernier, a déclaré qu’en 2016,  plusieurs millions de FCFA ont été mis à la disposition de l’Assemblée Régionale de Kayes pour ses activités dans le cadre d’un projet conjoint. Ces fonds ont disparu et le responsable de cette ONG a tout fait, mais sans entrer en possession des sous. Par la même occasion, il a signalé qu’il y a d’autres cas similaires.

À en croire des sources concordantes, la gestion du Conseil Régional de Kayes de 2016 à nos jours est comparable à celle d’une épicerie. Et le président du Conseil, Bandiougou Diawara, un cadre de l’Adema PASJ élu en 2009, est cité comme un requin des finances de l’État. L’homme bouffe à deux mains et sans contrôle. En 3 ans, indiquent des documents, l’entretien de son seul véhicule V8 a coûté plus d’une trentaine de millions de francs CFA, sans compter les frais de carburants. Et les mêmes dépenses reviennent systématiquement chaque année.

En bloc, ce qui s’est passé au Conseil Régional de Kayes est plus que scandaleux. En effet, son président, Bandiougou Diawara, tel un charognard, s’est livré à un détournement inimaginable des deniers publics et même des fonds d’appui de certains partenaires, compromettant, du coup, le développement et l’avenir de toute une région.

La région de Kayes a la réputation de disposer de la plus forte recette douanière du Mali avec un fort potentiel de recettes minières (au moins trois mines opérationnelles) et une diaspora la mieux organisée de la sous-région qui fait référence en matière d’investissement socio-économique au niveau de son territoire. Cette diaspora, à travers sa coordination, a su nouer des coopérations décentralisées bien avant l’avènement de la décentralisation avec des régions françaises. Aujourd’hui, toutes ces initiatives sont inscrites à l’article de la mort du fait de la malversation et du détournement, par le président du Conseil Régional, M. Bandiougou Diawara et ses complices, des fonds de coopération pour la réalisation de divers projets dans la région de Kayes. Notamment les projets PAIDEL dont la faîtière en charge de la mise en œuvre (l’ONG GRDR) attend depuis fin 2016 une partie de son financement (18.000 euros, soit 11 808 000 FCFA) viré sur le Compte BMS du Conseil Régional de Kayes, le projet d’électrification solaire de 24 CSCOM dont la première partie de la quote-part du partenaire de la Région Île De France, environ 28 millions FCFA a miraculeusement disparu sur le compte bancaire du Conseil Régional de Kayes.

D’après des sources, les relevés bancaires confirment des retraits effectués par des chauffeurs du Conseil Régional, sans motifs et des versements sur le même compte par des opérateurs économiques de la place, sans justificatifs non plus. Un flot magistral.

Le détournement des fonds publics et ceux des partenaires, devenu le jeu favori du président du Conseil Régional de Kayes, Monsieur Bandiougou Diawara, constitue une hémorragie financière qui a annihilé tous les efforts de développement de la première région.
Quelques séquences suffisent pour avoir un aperçu de la magouille, de la corruption et du détournement des fonds par Bandiougou Diawara et son clan.

D’embrouilles en magouilles

En 2016, la fourniture en matériels informatiques pour le fonctionnement du service a coûté 96.861.880 FCFA. Au même moment, l’entretien du parc automobile, qui ne compte que trois véhicules fonctionnels, a coûté près de 36 millions de nos francs. Pour leur fonctionnement, ces trois véhicules auraient consommé d’après M. Bandiougou Diawara  71 867 090 FCFA de carburant. Ce qui fait une quantité consommée par véhicule de plus de 100 litres par jour du lundi au dimanche, du 1er  au 31 et de janvier à décembre. Appréciez la supercherie.
Rien que pour l’entretien du bâtiment administratif, le président a soutiré la bagatelle de 16 834090 FCFA. Pour l’achat et l’entretien des climatiseurs, le Conseil Régional a été soulagé de 20 687 560 FCFA. Et pour des prétendues études de faisabilité (les études n’ont en réalité jamais été faites), le président et ses hommes ont frauduleusement soustrait la somme faramineuse de 236 millions de FCFA des caisses du Conseil. Et ce n’est pas tout. Loin s’en faut.

En 2017, la somme de 70 279 314 FCFA a été détournée par le biais de l’achat de matériels informatiques pour le fonctionnement du service. Pour le matériel didactique destiné au fonctionnement du service, 61 845 869 FCFA ont été décaissés. Malgré que le programme PADRE-GIZ assurait l’entretien des trois véhicules fonctionnels, le président du Conseil, M. Bandiougou Diawara, a réussi à soustraire 24 324 814 FCFA pour, dit-il, le même entretien. La même année 2017, le président Bandiougou Diawara parvient à faire consommer par ces mêmes véhicules  60 590 980 FCFA de carburant. Ayant pris goût à l’argent frais et facile de la retro commission, il fait l’entretien et la réparation du bâtiment administratif à 129 929 004 FCFA. Et comble de la ‘’mangecratie’’ au Conseil Régional de Kayes, les climatiseurs achetés à 20 millions en 2016 ont été entretenus à 25 365 480 FCFA en 2017.

Également en 2018, les mêmes rubriques de dépense sont systématiquement reconduites depuis l’exercice 2016. Il s’agit de l’achat de matériels informatiques pour 111 412 865 FCFA ; la fourniture de matériels et mobiliers de bureau pour 103 689 381 FCFA, l’achat de matériels didactiques pour 9 080500 FCFA et l’achat de carburant pour 47 622 700 FCFA. S’y ajoutent, l’entretien du parc automobile à 64 millions FCFA. L’entretien et la réparation du bâtiment administratif a coûté la bagatelle de 66 438 850 FCFA.

Et comme si cela ne suffisait pas, le Président Bandiougou Diawara, s’offre le luxe de subventionner avec de l’argent public des entreprises privées qui bénéficient en même temps de contrats de prestation pour le Conseil Régional. Un véritable conflit d’intérêt.

Aussi, des sources révèlent que le président du Conseil Régional de Kayes a mis en place un puissant empire de corruption et de détournement avec des entreprises et bureaux, notamment NSAUD, Perfect Service, HTB Consulting, New Firm, appartenant tous à Hassane Tata Bagayoko, un opérateur économique à la réputation sulfureuse. À travers ses quatre entreprises, Hassane Tata Bagayoko bénéficie depuis des années, tous les marchés du Conseil Régional de Kayes. Et ce, en violation flagrante des procédures en la matière. Du coup, l’entretien et le nettoyage des locaux du Conseil Régional se chiffrent à 6 millions FCFA ; l’élaboration des TDR à 21 millions FCFA ; l’étude de faisabilité à 200 millions FCFA ; la fourniture d’équipement audiovisuel à 40 millions ; l’aménagement des espaces pastoraux à 500 millions ; la réalisation et le suivi-contrôle de l’espace culturel et touristique à plus de 100 millions FCFA ; la réalisation et suivi-contrôle de l’unité de transformation de fruits et légumes à plus de 100 millions FCFA. S’y ajoutent, la fourniture d’équipements solaires pour 24 CSCOM à 100 millions ; l’étude géophysique et technique à 3 millions ; l’achat de moteurs pour les véhicules du Conseil Régional à 20 millions de nos francs.

Au tant de fraudes et de mauvaises gestions du dénier public qui ont conduit en prison, le président du Conseil Régional de Kayes, Monsieur Bandiougou Diawara ; son deuxième vice-président, Michel Dansoko ; son Secrétaire général, Founéka Sissoko et son comptable matière. C’était, le samedi 21 septembre dernier, à la suite d’un mandat de dépôt du Pôle économique et financier.

En attendant, ils risquent gros. Et même très gros. Accablant.

Dossier à suivre et à poursuivre, donc !

Arouna Traoré

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