Trois questions à Élizabeth Sépulchre, présidente de l’ONG Orthophonistes du monde

Quel est l’objectif des missions menées par Orthophonistes du monde en Afrique ?

Orthophonistes du monde n’intervient qu’en réponse à des demandes d’associations ou de professionnels. Nos interventions diffèrent en fonction de la demande. Elles ont essentiellement pour but la formation des professionnels qui interviennent sur place auprès des personnes sourdes, enfants ou adultes. La surdité est une partie pas négligeable de nos interventions. Nous aidons des professionnels à mettre en place tout ce qui va les aider à faire acquérir une langue, souvent dans un contexte de bilinguisme, c’est-à-dire la langue des signes d’une part qui est leur langue naturelle et puis dans la mesure du possible un accès à la langue orale ou écrite.

Quand on reçoit une demande de mission, on prend beaucoup de temps en amont pour échanger avec les demandeurs, afin de comprendre ce dont ils ont besoin et pour voir si nous pouvons répondre en partie à ces besoins. Les orthophonistes qui partent en mission sont toujours bénévoles, ce sont des missions courtes qui sont répétées éventuellement. On part généralement à deux orthophonistes sélectionnés par le comité directeur en fonction de leurs connaissances relatives à cette mission. Nous pouvons intervenir dans d’autres domaines que celui de la surdité.

Quel constat général faites-vous à la lumière de vos missions ?

Ma dernière mission, l’an dernier aux Comores, m’a permis de constater que la situation là-bas est bien plus difficile que dans certains autres pays d’Afrique. Car il n’y a aucune école dédiée aux enfants sourds, ni d’ailleurs porteurs d’autres handicaps. En partenariat avec Unicef Comores, nous avons fait depuis plusieurs années un travail d’information et de sensibilisation des enseignants dans les trois principales villes de l’archipel, autour des handicaps en général et autour de la surdité en particulier. Pour réfléchir aux moyens de transmission du savoir à des enfants qui n’entendent pas. C’est un début de travail qui doit se poursuivre dans les années à venir.

La surdité est souvent dépistée très tardivement par rapport aux pays européens, et prise en charge tardivement ou pas prise en charge du tout. Pour qu’une surdité soit prise en charge, il faut que les parents de l’enfant sourd déjà puissent avoir accès à un C.H.U, à un hôpital, un centre de dépistage, où la surdité pour effectivement être avérée et distinguée d’autres problématiques.

Je me souviens avoir vu au Togo dans un centre pour enfants souffrant de déficiences mentales des enfants qui étaient en réalité des enfants sourds, non-dépistés. Faire mesurer l’audition d’un enfant dans certains pays africains, notamment loin des grands centres, est bien plus difficile qu’en France.

Une note d’espoir dans la prise en charge des enfants sourds en Afrique ?

Les choses changent énormément car maintenant il y a des orthophonistes qui sont formés, comme à l’ENAM de Lomé au Togo, et qui font à la fois le travail de prévention, de dépistage, et de prise en charge précoce. Ils sont encore peu nombreux et bien entendu le travail est énorme. Lors de mes premières missions en Afrique il y a 20 ans, les choses étaient différentes. Sur le terrain il y avait très très peu d’orthophonistes, et très peu de professeurs spécialisés pour les jeunes sourds.

Mais toute diffusion d’une langue des signes est compliquée, car la langue évolue, donc les dictionnaires de langue des signes doivent être en vidéo, c’est ce qui est le plus facile pour la transmission. Internet et tous les moyens dématérialisés de transmission aident vraiment beaucoup et aideront de plus en plus à la diffusion de ces moyens de communication.

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One Thought to “Trois questions à Élizabeth Sépulchre, présidente de l’ONG Orthophonistes du monde

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