Violences xénophobes: le ras-le-bol des Nigérians qui quittent l’Afrique du Sud

Le Nigeria s’apprête à rapatrier plusieurs centaines de ses ressortissants installés en Afrique du Sud. Une mesure prise après la flambée de violences xénophobes de ces derniers jours. 12 personnes ont été tuées et des dizaines de commerces tenus par des étrangers pillés et brûlés. Un premier avion doit quitter Johannesburg mercredi 11 septembre. Le vol sera assuré gratuitement par la compagnie nigérianne Air Peace.

Ils sont un peu plus de 600 Nigérians sur les 100 000 que compte l’Afrique du Sud à s’être portés candidats au départ. ils seraient originaires de toute le pays, et pas seulement de Johannesbourg, la ville la plus touchée par les violences.

Parmi eux, un pasteur, mari et père de 5 enfants, installé depuis 19 ans à Durban dans la province du Kwazulu-Natal, dans l’est du pays : « J’ai découvert que ce pays n’était pas un lieu sûr pour l’humanité. Ici, l’être humain n’a pas de valeur. Rester là avec sa famille, c’est prendre un énorme risque. Jésus a dit ‘Tu dois aimer ton prochain comme toi-même’. Ces gens n’ont d’amour pour personne. Ils n’ont aucune valeur humaine. »

Ce raz-le-bol, Bartholomew Eziagulu dit l’avoir observé chez plusieurs de ses compatriotes. Il préside l’Association des citoyens nigérians d’Afrique du Sud dans la province du Kwazulu-Natal : « Ils ont décidé de partir parce que les tueries, c’en était trop et ils ne pouvaient plus continuer à exercer leurs activités économiques. Ce sont des gens qui travaillent depuis des années. Beaucoup de Nigérians ici ont perdu ce qu’ils possédaient, ont perdu espoir, et ne font plus confiance au gouvernement sud-africain. »

Jonas Udeji l’un des leaders de la communauté nigériane dans le pays, est chargé de rediriger les volontaires : « Je reçois beaucoup d’appels, de nos citoyens qui veulent partir et je comprends leur peine. Certains ont peur pour leur vie, mais surtout, ils ont peur de perdre tout le commerce qu’ils font ici. »

Lors de son arrivée à Johannesbourg l’année dernière, Obiageri voulait développer son commerce de vêtements hors du Nigeria.  Mais elle compte désormais se concentrer uniquement sur sa boutique d’Abuja : « On est venu au consulat pour récupérer un certificat pour voyager d’urgence et rentrer chez nous. Ils ont détruit mon magasin, je vends des vêtements, des chaussures, ils ont tout pris. Et ils ne supportent plus les Nigérians, s’ils nous voient dans la rue, ils nous harcèlent. »

Les volontaires au retour hésitent entre le soulagement de rentrer, mais aussi la colère de devoir tout quitter. Même si aucun Nigérian n’est mort dans les attaques, la dernière vague de violences a convaincu Ehiagwina de repartir de zéro à Lagos. Il était entré légalement en Afrique du Sud il y a quatre ans. « Je quitte l’Afrique du Sud pour de bon, je ne reviendrai pas, dit-il. Cette décision trainait dans un coin de ma tête, et ces attaques récentes, sur mes frères, ne me laissent plus le choix. Les Sud-Africains ne veulent pas de nous ici. »

Pas de victimes, mais le Nigeria reste ferme

Ce n’est pas la première fois que des épisodes de violences contre les immigrés secouent l’Afrique du Sud. En 2015 déjà, plusieurs personnes avaient été tuées dans des manifestations contre les étrangers à Durban.

D’après le docteur Emeka Ugwu, président du Forum des médecins nigérians de Johannesburg, en contact régulier avec les autorités consulaires sur place, aucun Nigérian n’a été tué dans les violences xénophobes de ces derniers jours. Ce qui n’empêche pas les autorités nigérianes de jouer la carte de la fermeté.

Il y a quelques jours, le Nigeria a notamment dépêché un émissaire spécial pour rencontrer le président sud-africain, Cyril Ramaphosa. Une visite qui intervient après la décision la semaine dernière du président nigérian Muhammadou Buahari : il n’ira pas au Forum économique mondial pour l’Afrique, sommet organisé dans la ville sud-africaine du Cap. Le président Buhari est attendu en Afrique du Sud le mois prochain, pour s’entretenir avec son homologue Cyril Ramaphosa.

La ministre de la Défense sud-africaine s’est quant à elle engagée, mardi 10 septembre à sévir contre les patrons qui emploient des immigrés clandestins et ne respectent pas les lois du travail et de l’immigration.

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