Faillite d’Aigle Azur: de nombreuses offres de reprise dont une d’Air France

Plus de quatorze offres de reprises, dont deux jugées sérieuses, ont été déposées ce lundi pour venir au secours d’Aigle Azur, deuxième compagnie française, actuellement en redressement judiciaire. Pendant ce temps, 13 000 passagers sont toujours bloqués et les salariés de l’entreprise mobilisés.

C’est une journée cruciale pour Aigle Azur, deuxième compagnie aérienne française, au bord de la faillite. Quatorze offres de reprises ont été présentées à l’administrateur judiciaire, selon la CFDT. Pas de proposition de reprise globale, mais surtout « deux offres principales », a déclaré Martin Surzur, président du SNPL, le Syndicat national des pilotes de ligne. Un comité d’entreprise extraordinaire est réuni ce jour pour examiner ces propositions.

Des repreneurs potentiels

Air France, le numéro un français avec 40 000 salariés, a fait une offre sans détailler, pour l’heure, sa teneur. Il y a aussi une proposition partielle du groupe français Dubreuil, propriétaire majoritaire d’Air Caraïbes, et de Lu Azur, déjà actionnaire d’Aigle Azur à hauteur de 20 %.

Air Azur emploie 1 150 personnes, dont 800 en France et 350 en Algérie. Selon la CFDT, Air France pourrait reprendre 70 % des salariés en France. Et Dubreuil 106 personnes. Cela veut dire que 150 personnes perdraient leur travail, craint le syndicat.

Autres repreneurs potentiels en lice : Lionel Guérin, l’ex-PDG de Hop, compagnie française à bas coût réputée et crédible sur le plan financier. Également, le britannique Easy Jet ou encore l’espagnol Vueling.

Des visions syndicales différentes sur la reprise

Si les syndicats veulent tous préserver les 1 150 emplois d’Aigle Azur, leurs avis diffèrent sur les repreneurs et le type de montage financier. Le Syndicat national des pilotes de ligne (SNPL) a déjà fait savoir qu’il préfère une offre de reprise intégrale d’Aigle Azur par Air France. Air France pourrait être actionnaire minoritaire, tout en détenant une minorité de blocage avec possibilité pour des investisseurs et des salariés de monter au capital du groupe.

La CFDT, elle, penche pour une reprise partielle, par Air France, des vols courts et moyen-courriers à destination de l’Algérie. Dans ce cas, le groupe Dubreuil, propriétaire d’Air Caraïbes, pourrait reprendre les longs courriers de la compagnie à destination du Mali et du Brésil. La CFDT s’était dite ouverte aussi à une reprise partielle par Vueling. La compagnie low cost espagnole serait intéressée par les créneaux d’atterrissages d’Aigle Azur à l’aéroport de Paris Orly. Ce sont 9 800 créneaux horaires par an qui lui permettraient de se développer. Une manne, sachant que ces « slots » sont plafonnés à 250 000 pour toutes les compagnies. Le tribunal de commerce doit se prononcer sur une offre lundi prochain.

Quid du rapatriement et du remboursement des voyageurs ?

En attendant, plusieurs dizaines de passagers sont toujours bloqués en Algérie, au Mali, au Portugal, en Russie, au Brésil, entre autres, pays desservis par Aigle Azur. Depuis vendredi, tous les vols sont cloués au sol, la compagnie croule sous une dette de quelque 80 millions d’euros et n’a plus d’argent pour payer le kérosène et faire voler ses avions.

Ce week-end, Air France a déjà affrété quatre vols pour Alger pour rapatrier les passagers. La compagnie algérienne Tassili Airlines a aussi mis en place un vol quotidien reliant Alger à Paris-Orly. Au total, 19 000 passagers étaient bloqués. Environ 13 000 le sont encore, dont 11 000 sur des vols avec l’Algérie et 600 sur des long-courriers avec le Mali, la Russie, le Liban, notamment.

Les voyageurs qui ont acheté des billets avec forfait (vol + hébergement) dans les agences de voyages pourront être remboursés, car les agences ont l’obligation de les rapatrier gratuitement. En revanche, ceux qui ont acheté leur billet directement auprès d’Aigle Azur ne le seront pas. Ils devront racheter un billet dans une autre agence. Seul recours : saisir l’administrateur judiciaire, mais rien ne garantit qu’ils seront compensés.

Des pertes conséquentes sachant qu’un billet d’avion Paris-Bamako sur Aigle Azur, par exemple, peut coûter plus de 2 800 euros.

Il peut y avoir des premiers bons réflexes à avoir, notamment dans le cas où vous avez acheté un billet récemment, vous pouvez faire opposition au paiement. En tous cas, le code monétaire et financier le permet.
Sinon, vous pouvez toujours vous retourner vers votre banque puisque certaines cartes bancaires proposent des procédures de ce que l’on appelle le « chargeback ». Elles permettent au consommateur d’être remboursé par sa banque dans le cas justement également d’une liquidation ou d’un redressement judiciaire.

Les conseils d’Anne-Laure Hery, porte-parole d’Air Indemnité

Furieux, des députés de la diaspora algérienne ont demandé au gouvernement algérien d’agir contre Aigle Azur. Ils exigent la saisie des onze avions de la compagnie jusqu’à ce qu’elle rembourse les billets achetés, lit-on dans le quotidien arabophone Echorouk. La valeur de ces billets non utilisés avoisinerait les 27 millions d’euros. Mais vu qu’Aigle Azur est une entreprise française, seul le tribunal de commerce international peut trancher ce conflit, si les deux gouvernements sont d’accord.

Aigle Azur, ce sont 11 avions, près de 2 millions de passagers transportés en 2018 pour un chiffre d’affaires de 300 millions d’euros.

Ce qu’il faut aujourd’hui, c’est trouver une offre qui nous donne des garanties pour l’avenir avec des financements suffisants, avec un plan de reprise qui soit à la hauteur sur le plan social…

Jean-Baptiste Djebbari, secrétaire d’Etat aux transports

Il y a deux choses importantes : préserver l’identité de la compagnie et préserver nos emplois à tous, au sol et à nos collègues navigants également. On n’a pas de doute sur le fait que tous les repreneurs sont intéressés par l’activité. On a une activité qui est extrêmement fructueuse. On est inquiets sur l’emploi…

Christophe Veloso, responsable des litiges bagages chez Aigle Azur
Share

Sur le même sujet

Leave a Comment