Crise à Hong Kong: Twitter et Facebook face à la propagande chinoise

Les deux réseaux sociaux censurés en Chine continentale mettent en cause directement le gouvernement chinois pour une campagne de désinformation contre les manifestants hongkongais orchestrée via un millier de « faux comptes » Twitter et de « fausses pages » Facebook. Il ne s’agit pourtant là que de la partie immergée d’un vaste système de propagande.

En Chine, on les appelle encore les « wu mao dang », littéralement « le parti des 50 centimes de yuans », soit le prix payé autrefois pour poster un commentaire favorable au gouvernement ou pour relayer les messages de la propagande. Ces soldats du Net, travaillant pour la plupart sous pseudo, postent chaque année près de 500 millions de messages, affirmaient des chercheurs de l’université d’Harvard en 2016.

VPN pour contourner la censure

Pour diffuser ces mêmes messages à l’étranger, la propagande chinoise a besoin de passer par des réseaux sociaux censurés en Chine continentale. « J’estime à plusieurs centaines de milliers le nombre des « wu mao dang » en Chine, confie Gao Yu. Pour aller sur Twitter et Facebook, ils utilisent des VPN » – des tunnels numériques permettant de contourner la « grande muraille » informatique – précise la journaliste qui dit faire régulièrement l’objet d’attaques des trolls chinois.

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« Sur Twitter, on trouve deux sortes de « wu mao dang », poursuit-elle. Une partie est chargée d’attaquer les opposants, parfois en ayant recours à un vocabulaire grossier. L’autre groupe, ce sont des gens qui ont reçu une formation. Parmi eux, on trouve de nombreux policiers de l’internet. Ils propagent des « fake news », ou des messages défendant la Chine et le parti. La propagande chinoise est aujourd’hui aussi puissante que pendant la révolution cultuelle. »

Les réseaux, champs de bataille de l’opinion

Une formation renforcée pour les gardiens du Net car dans un discours rendu public en 2013, le président chinois Xi Jinping affirmait que l’Internet était devenu « le principal champ de bataille du débat d’opinion ». Pour alimenter les 936 comptes fermés par Twitter ou les 7 pages supprimées par Facebook, il est nécessaire de pouvoir s’exprimer en anglais sur des réseaux étrangers.

Mais le régime chinois n’est plus à un paradoxe près. Malgré le fait que Twitter et Facebook soient censurés en Chine continentale, depuis une dizaine d’années la plupart des grands médias chinois y ont ouvert des comptes officiels pour pouvoir diffuser leurs contenus hors des frontières. L’agence Chine nouvelle (Xinhua) ou la Télévision centrale de Chine n’hésitant pas à « sponsoriser » certains de leurs tweets de manière à s’attirer d’avantage d’audience.

IP débloquées 

Le recours à des « faux comptes » serait lui plus récent. Dans son communiqué, la direction de Twitter affirme avoir identifié « de larges ensembles de comptes agissant de façon coordonnée, de manière à amplifier leurs messages sur les manifestations de Hong Kong ».

La compagnie californienne souligne également qu’elle dispose « de preuves fiables » permettant d’affirmer « qu’il s’agit d’une opération appuyée par l’État chinois ». Bon nombre d’administrateurs de ces comptes ont pu accéder à Twitter et Facebook depuis la Chine via des VPN dont l’usage est interdit aux Chinois. Mais d’autres comptes, toujours selon Twitter, disposaient eux d’adresses IP débloquées en République populaire de Chine, un passe-droit qui ne peut venir que des autorités.

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