«La décision du gouvernement indien est une affaire interne à l’Inde»

La révocation lundi par l’Inde du statut constitutionnel spécial du Jammu-et-Cachemire, a été condamnée par le Pakistan, laissant craindre une nouvelle escalade qui pourrait avoir des conséquences régionales et internationales. Trois conflits ont déjà opposé l’Inde et le Pakistan autour du Cachemire. Mais pour New Delhi, la question du Cachemire est une « affaire interne », c’est ce qu’a dit à RFI l’ambassadeur de l’Inde en France, Vinay Mohan Kwatra.

RFI : Il y a quatre jours, le gouvernement indien a mis fin à l’autonomie du Cachemire. Pourquoi avoir pris cette décision et pourquoi maintenant ?

Vinay Mohan Kwatra : La décision du gouvernement indien est une décision historique qui a été prise par tout le pays. Le Jammu-et-Cachemire fait partie intégrante de l’Inde et la décision du gouvernement indien d’étendre les dispositions de la Constitution sur le Cachemire et de réorganiser cet État en deux territoires de l’Union est une affaire interne à l’Inde, une procédure définie dans la Constitution qui a été respectée et ce sujet a fait l’objet d’un débat vigoureux au sein du Parlement. Pourquoi maintenant ? Parce que le gouvernement l’a expliqué très clairement. L’article provisoire 370 de notre Constitution contribuait à provoquer des divisions sociales, le séparatisme et par conséquent l’extrémisme. L’autre point négatif de cet article 370, c’est que la population du Cachemire ne bénéficiait pas de plusieurs aspects du développement économique et social au niveau national. Certaines lois adoptées au Parlement indien n’étaient pas applicables à l’État du Cachemire, par exemple le droit à l’éducation qui est un droit fondamental dans le reste de l’Inde. L’article 370 est donc devenu en quelque sorte un obstacle pour faire profiter l’État du Cachemire et ses habitants des bénéfices de justice sociale et de développement économique.

Depuis le retrait du statut d’autonomie, plusieurs centaines de personnes ont été arrêtées, un couvre-feu est en vigueur, la population n’a pas de liberté de mouvement, toutes les communications sont coupées. L’Aïd débute ce week-end et la fête de l’indépendance sera célébrée le 15 août prochain. New Delhi envisage-t-il de lever l’état d’urgence en prévision de ces événements ?

La sécurité et la protection de la population sont des questions primordiales pour le gouvernement et je pense qu’à l’intérieur de ce paramètre, le gouvernement fera tout pour ramener la situation à la normale dès que possible. Les systèmes de communications, les connexions internet et les réseaux mobiles ont été partiellement réactivés. Nous espérons que tout sera revenu à la normale dans les prochains jours. Mais comme je l’ai déjà dit, tout sera décidé dans le cadre de la sécurité et de la protection des citoyens.

Le Premier ministre Narendra Modi a dépeint, jeudi 8 août, lors de son discours à la nation, un tableau très idéalisé de l’avenir du Cachemire. Comment pensez-vous que ces projets peuvent effectivement se concrétiser sur le terrain ?

Mon Premier ministre est un homme d’action. Le tableau qu’il a dépeint pour l’État et la population du Cachemire est sa conviction profonde, mais aussi celle du gouvernement dans son ensemble. Et nous sommes certains que toutes ces initiatives seront appliquées très rapidement et de manière efficace pour le bien-être de la population de cet État.

New Delhi a répété que la question du Cachemire est une affaire interne. Mais les trois conflits qui ont déjà opposé l’Inde et le Pakistan autour du Cachemire, inquiète la communauté internationale, qui craint une nouvelle escalade qui aurait des conséquences régionales et internationales.

Cette mesure est une affaire interne à l’Inde, qui n’a aucune implication sur la situation régionale. Si l’on se penche sur l’histoire de la région, vous comprendrez aisément les raisons qui ont provoqué ces trois guerres. Elles résident essentiellement dans les activités terroristes transfrontalières. Cette décision n’altère en aucune manière les frontières définies dans l’accord de 1972. Par conséquent les frontières extérieures sur la ligne de contrôle n’ont pas été touchées, elles restent comme elles sont. Notre voisin de l’autre côté de la frontière à tendance à présenter une vision alarmiste des faits et à prendre des mesures de manière unilatérale. Et nous regrettons ce genre de décisions et de propos. Nous ne pensons pas qu’il existe une situation d’instabilité comme le décrivent certains, mais cela étant dit, je voudrais souligner que nous resterons extrêmement vigilants et attentifs concernant la situation sécuritaire qui, comme je l’ai dit, peut dégénérer en raison du terrorisme transfrontalier. Nous ne transigerons pas avec la sécurité.

L’Inde est la plus grande démocratie au monde. Pourquoi le gouvernement indien n’organise-t-il pas un référendum au Cachemire pour demander à la population ce qu’elle désire pour elle-même et son État ?

Lorsque vous choisissez vos parlementaires, ils proviennent de toutes les régions d’Inde, il en va de même pour les législateurs. Et lorsque le gouvernement décide de réorganiser un État, il n’y a rien là de nouveau. Un changement dans la Constitution, cela s’est déjà produit 12 ou 14 fois. Et il existe un processus très précis dans la Constitution qui explique comment le faire. Et c’est précisément ce qu’a fait le gouvernement. Il a obtenu l’écrasante majorité au Parlement et de la population indienne. Et je pense que la question d’un référendum de ceux qui évoquent cette idée met fondamentalement en doute la démocratie indienne. Et je dirais que c’est absurde, car personne ne remet en question les acquis démocratiques de l’Inde, je citerais par exemple le dynamisme des Panchayat, les élections des conseils de village au Jammu-et-Cachemire ou encore les élections législatives qui se sont tenues aussi bien au Cachemire que dans le reste de l’Inde. Je pense par conséquent que la question du référendum n’a absolument pas sa place dans l’Inde d’aujourd’hui et sa démocratie. Nous sommes une démocratie puissante et dynamique et nous en sommes très fiers et nous resterons une démocratie, nous en sommes absolument certains.

Plusieurs experts juridiques ont estimé que la décision de New Delhi de révoquer l’autonomie du Cachemire était une démarche anti-constitutionnelle. En Inde, une pétition a été déposée devant la Cour suprême pour contester la décision du Premier ministre Narendra Modi. Quelle est votre position sur cette initiative ?

Je pense que c’est à la Cour suprême d’en décider. Nous sommes une démocratie, la justice est indépendante et les gens ont le droit de déposer un recours sur cette question. Le gouvernement et le Parlement indien ont suivi une procédure bien précise qui est décrite dans la Constitution et ils ont pris des mesures qui sont une affaire interne à l’Inde. L’Inde est aujourd’hui l’une des plus importantes économies au monde, c’est un État qui est profondément attaché à la paix et à la prospérité de sa population et qui est en même temps fondamentalement engagé à assurer la protection et la sécurité de sa population. C’est, à mon avis, l’une des raisons qui ont conduit le gouvernement à prendre cette décision concernant le Cachemire et nous espérons que cela apportera les effets escomptés pour le bien-être de la population au Cachemire et dans le reste de l’Inde.

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