L’empoisonnement, une méthode de mort utilisée depuis l’Antiquité

L’opposant russe Alexeï Navalny, hospitalisé dimanche tandis qu’il était en prison, aurait été empoisonné par une matière chimique inconnue, selon son avocate Olga Mikhaïlova. L’empoisonnement est, depuis la nuit des temps, une méthode utilisée pour attenter à la vie d’autrui ou se donner la mort.

En 399 avant Jésus-Christ, Socrate se donne la mort en avalant de la ciguë dans sa cellule. Raspoutine aurait survécu à un empoisonnement au cyanure au début du XXe siècle. La reine Cléopâtre se serait-elle suicidée en absorbant un mélange d’opium, de ciguë et d’aconitum ? Alexandre Le Grand aurait-il été empoisonné à l’ellébore blanc ? Napoléon aurait-il été empoisonné à l’arsenic ? Depuis la nuit des temps et jusqu’à aujourd’hui, l’empoisonnement demeure une méthode pour éliminer des adversaires ou se donner la mort. Petit aperçu des « empoisonnements célèbres ».

L’affaire Skripal

En 2018, l’ex-agent double russe et sa fille Ioulia sont retrouvés inconscients dans un centre commercial de Salisbury (sud de l’Angleterre) et hospitalisés dans un état grave.

Londres accuse Moscou d’être derrière cet empoisonnement au Novitchok, un puissant agent innervant de conception soviétique, en représailles pour sa collaboration avec les services du renseignement britannique. Le Kremlin nie. L’affaire provoque une crise diplomatique.

Sergueï Skripal et sa fille sortent de l’hôpital dans les mois suivants.

Le VX, arme de destruction massive

En 2017 à l’aéroport de Kuala Lumpur, deux femmes projettent une substance au visage de Kim Jong-nam, le demi-frère en disgrâce du dirigeant nord-coréen Kim Jong-un. La scène est filmée par des caméras de surveillance. Il décède lors de son transfert à l’hôpital.

Des traces de VX, un agent neurotoxique classé comme arme de destruction massive, sont découvertes sur lui. La Corée du Nord nie toute implication.

Un suicide en direct

Les images ont fait le tour du monde. En novembre 2017, l’ex-haut responsable des forces croates de Bosnie-Herzégovine Slobodan Praljak se suicide en avalant une fiole de cyanure durant son jugement au Tribunal pénal international de La Haye : 20 ans de prison pour crimes contre l’humanité entre 1992 et 1995. Il meurt quelques heures plus tard.

Mort naturelle ?

En 2012, l’homme d’affaires russe Alexandre Perepilitchny est retrouvé mort devant sa propriété du Surrey. Mort naturelle, estime la police. Mais des analyses demandées par une compagnie d’assurance-vie révèlent qu’il a ingéré une molécule associée au gelsemium, plante toxique venue d’Asie.

Le polonium-210

Alexandre Litvinenko, ex-agent du FSB (services secrets russes), opposant au Kremlin en exil, décède en 2006 d’un empoisonnement au polonium-210, substance radioactive très toxique. Une enquête britannique établit, près de dix ans après, la culpabilité de deux exécutants russes qui avaient pris un thé avec la victime dans un hôtel de Londres et conclut à la responsabilité de Moscou, qui dément. Alexandre Litvinenko enquêtait sur de possibles liens entre Moscou et des réseaux mafieux.

Yasser Arafat

En 2004, le leader palestinien Yasser Arafat s’éteint à 75 ans à l’hôpital militaire Percy, près de Paris. Des rumeurs d’empoisonnement mettant en cause Israël surgissent immédiatement. En 2012, une information judiciaire est ouverte en France à la suite d’une plainte déposée par sa veuve après la découverte de polonium sur ses effets personnels, mais la justice prononce un non-lieu.

L’enquête ne dissipera pas les doutes des Palestiniens, alimentés par une enquête d’experts suisses jugeant la thèse de l’empoisonnement « plus cohérente ». Des experts français et russes, quant à eux, ont écarté cette piste.

Le héros de la Révolution orange

En 2004, le candidat de l’opposition ukrainienne Viktor Iouchtchenko, héros de la Révolution orange, tombe gravement malade en pleine campagne pour la présidentielle qui l’oppose au favori de Moscou, Viktor Ianoukovitch. Des médecins autrichiens identifient trois mois plus tard un empoisonnement à la dioxine. Son visage grêlé et déformé porte toujours les traces de la maladie. Iouchtchenko est tout de même élu à la tête de l’Ukraine en janvier 2005.

Un défenseur des droits de l’homme indonésien

En 2004, Munir Saïd Thalib, défenseur indonésien des droits de l’homme, meurt dans d’atroces souffrances à bord d’un avion à destination d’Amsterdam, après avoir bu une boisson empoisonnée pendant l’escale à Singapour. De l’arsenic a été retrouvé lors de l’autopsie.

Il était le principal animateur de la Commission des disparus et des victimes de la violence (Kontras), une organisation dénonçant des exactions commises par les militaires indonésiens sous le régime de Suharto.

Sauvé par le roi de Jordanie

En 1997, à Amman, des agents du Mossad, les services de renseignement israéliens, injectent du poison dans le cou du chef du bureau politique du mouvement islamique Hamas Khaled Mechaal.

Tombé dans le coma, le responsable palestinien est sauvé par l’intervention du roi Hussein de Jordanie, qui exige d’Israël l’antidote en échange de la libération des deux auteurs de l’attentat.

Georgi Markov

En 1978, en pleine Guerre froide, alors qu’il attend un autobus à Londres, l’écrivain dissident bulgare est piqué à la cuisse par un inconnu qui laisse tomber son parapluie. Pris d’une forte fièvre, Markov décède quatre jours plus tard. L’autopsie révèle la présence dans sa jambe d’une capsule de la taille d’une tête d’épingle, contenant un poison violent, la ricine, 6 000 fois plus puissant que le cyanure et mortel sans antidote.

Un anticolonialiste

En 1960, le nationaliste camerounais Félix Roland Moumié se rend en Suisse pour acheter des armes. Un agent secret français qui se fait passer pour un journaliste lui propose une rencontre dans un restaurant. Il verse du thallium dans les verres du militant anticolonialiste qui meurt quelques jours plus tard.

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