Médias: en France, pourquoi tant défiance ?

Un rapport publié par Reuters Institute fait de la France le dernier pays en matière de confiance dans les médias. Pourquoi un telle défiance vis à vis de la presse ?  Décryptage.

C’est pour le Reuters Institute, qui scrute chaque année les tendances des médias, une « grande surprise ». La France arrive au dernier rang de la confiance dans ses médias parmi les 38 pays étudiés, selon un classement effectué par l’organisme Yougov . Le pays de TF1, , France Télévisions, BFM TV, Radio France, Le Figaro ou Le Monde perd même 11 points par rapport à l’an dernier et, bien entendu, le Reuters Institute fait immédiatement le lien avec la crise des « gilets jaunes ». Dans cette étude menée en début d’année auprès de 75 000 personnes, il apparaît que la France ne compte plus qu’un petit quart, 24%, de gens confiants dans son système médiatique, contre 42% en moyenne dans les pays développés, où on observe quand même deux points de moins que l’an dernier. Dans ces pays, ce sont plutôt les réseaux sociaux, avec leur lot d’infox, qui engendrent le plus de suspicion, avec moins d’un quart de gens confiants en moyenne, alors qu’en France, les médias sont tombés au même niveau de défiance que les réseaux sociaux.

On peut se dire que ce n’est pas si grave. Après tout, on peut accepter, comme le sociologue Dominique Cardon, que les caves ne soient pas très propres si l’information demeure un système étagé où les niveaux les plus hauts sont aussi les plus visibles avec de grands médias qui se corrigent entre eux. Sauf que cela ne fonctionne pas comme cela, loin de là. Il arrive que le fond rance remonte et que les grands acteurs de l’information deviennent eux-mêmes des agents de diffusion d’une conversation délétère sur les réseaux sociaux. On l’a vu avec la chaîne de télévision Fox News, aux Etats-Unis, qui s’est radicalisée dans la défense de l’Amérique blanche et trumpienne pour ne pas laisser filer les adeptes de Breitbart News.

Et on le voit en France, avec de véritables phénomènes d’hystérisation médiatique qui visent à surfer sur le buzz du moment. Souvenez-vous lorsque la presse a prétendu qu’un service d’urgence avait été envahi par des « gilets jaunes », sur la foi d’une déclaration du ministre de l’Intérieur. Souvenez-vous qu’il a été dit et répété à tort que l’insulte « sale juive » avait été proférée par des « gilets jaunes » à l’encontre d’Ingrid Levasseur. A chaque fois des vidéos amateurs rétablissent la vérité. Souvenez-vous, à l’inverse, comment les nombreuses blessures des manifestants ont eu du mal à passer le filtre des médias. Alors bien sûr, tout cela n’est pas contradictoire avec l’audience. BFM TV a fait de très bons scores. Mais cela montre la nécessité pour les médias de se doter d’un conseil de déontologie, avec des représentants du public, pour reconnaître et corriger leurs erreurs. Et ainsi renouer avec la confiance.

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