Eurovision : Bilal Hassani, l’enfant roi ?

Le jeune garçon queer de 19 ans va tenter, samedi 18 mai, de briser le mauvais sort qui s’abat sur la France au concours de l’Eurovision. La chanson Roi sur l’acceptation de soi, la mise en scène et la personnalité de Bilal Hassani semblent susciter un véritable intérêt du côté de Tel-Aviv. Gros plan sur notre représentant français.

Faut-il y croire ? Une vieille question-rengaine dont on ne se débarrasse pas depuis quarante-deux ans. Deux places de second (Joëlle Ursull en 1990 avec White and black blues, chanson écrite par Serge Gainsbourg, Amina l’année suivante avec Le dernier qui a parlé), le pari Patricia Kaas, des candidats décalés (Sébastien Tellier, Jessy Matador), des accessits d’honneur, des espoirs désillusionnés, des plongées dans les profondeurs de classement. La France a tout essayé, tout connu comme sort mais n’a jamais réussi à valider le dossier de succession Marie Myriam.

Faut-il y croire pour Bilal Hassani, alors ? Jusqu’à son arrivée la semaine dernière à Tel-Aviv, les voyants étaient au rouge puisque jamais le candidat tricolore n’est apparu dans le top 10 des bookmakers ou autres spécialistes internationaux. Sauf qu’aux répétitions officielles, Bilal Hassani a apparemment fait forte impression et redistribué les cartes.

Le voilà désormais – toujours selon les parieurs – en embuscade derrière les deux favoris, le Hollandais Duncan Laurence et le Suédois John Lundvik (Italie, Russie et Suisse sont eux aussi bien placés pour l’emporter). Parmi les éléments de bascule en sa faveur : le dévoilement d’une partie de la mise en scène avec une danseuse aux rondeurs assumées et une autre, malentendante, ainsi qu’une impressionnante robe immaculée à froufrous, longue traîne et épaulettes imposantes, portée lors de la cérémonie d’ouverture du concours. Sur Twitter, il écrit : « La tenue de mes rêves ». La prudence reste pourtant de mise. Amaury Vassili, donné gagnant dans la dernière ligne droite en 2011, avait connu une violente chute libre (15e). Ou Madame Monsieur, annoncé dans le Top 5 l’an dernier et relégué au final à la treizième place.

Casser les codes

Bilal Hassani marche dans les pas de Conchita Wurst, travesti à barbe et vainqueur du concours en 2014. Même volonté de casser les codes, même approche du look flamboyant et extravagant, même liberté d’identité. Quand Bilal Hassani se présente à The Voice Kids il y a quatre ans, il s’attaque à Rise like a phoenix, ballade épique à la James Bond de la diva autrichienne. Pas de paillettes à l’époque, plutôt une apparence d’enfant sage à la Harry Potter.

Tous les fauteuils se retournent, davantage pour l’intention que la performance vocale encore fragile. Bilal ne franchit pas l’étape suivante des « battles », retourne sur les bancs de l’école, apprend le piano et le chant au conservatoire. Il devient vite et surtout un enfant de la génération YouTube.

Ultra-connecté, postant à intervalles réguliers des reprises et des morceaux originaux, il révèle son homosexualité à travers ce média-là (et en chanson). Près d’un million de personnes le suivent désormais sur sa chaîne. Parce qu’entre-temps, il y a eu aussi le buzz autour de Destination Eurovision (sélection française du concours sur France 2) et le vote massif des téléspectateurs français.

Ces derniers ont totalement renversé la tendance des jurés internationaux qui ne l’avaient placé qu’en cinquième position (derrière notamment Simeone ou Chimène Badi et Emmanuel Moire, en relance de carrière). Plébiscite public d’une part et déferlement de haine sur les réseaux sociaux. Menaces de mort, insultes homophobes ou xénophobes, il reçoit jusqu’à dix messages à la minute. Les associations de lutte contre l’homophobie montent au créneau, des députés interpellent Twitter sur le cyberharcèlement, Marlène Schiappa, secrétaire d’État chargée de l’égalité entre les hommes et les femmes, rencontre le garçon de manière informelle.

Lui refuse de jouer les victimes et riposte en chansons dans un album (Kingdom) concocté à la vitesse de l’éclair et dont le lancement a récemment eu lieu dans les salons de la mairie de Paris (Anne Hidalgo est fan). Dans la chanson Jaloux, il s’adresse à ses haters : « Et qu’ils me lancent, ces mots qui blessent/Jamais je ne baisserai la tête/ je reste fort et je me répète/Encaisse les coups/ C’est tous des jaloux ».

Le disque pop-queer-électro-r’n’b a bénéficié des collaborations de Lilie Poe, Medelin et surtout de Madame Monsieur. Depuis leur rencontre au cours des tournages de l’émission de M6 Together ensemble et la chanson Roi (coécrite et composée par Émilie Satt et Jean-Karl Lucas, noms au civil de Madame Monsieur), ils ne se lâchent plus. Presque comme une passation de relais, Émilie l’accompagnera demain soir sur scène comme choriste. Reste le mystère concernant l’esthétisme de sa perruque. On sait juste qu’il l’appelle « Vivi ». Pourvu qu’elle soit celle du couronnement.

Bilal Hassani Kingdom (Play Two) 2019

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