Macron et la banlieue : des promesses tenues mais un sentiment d’oubli [Nationale 1, 5/5]

C’est en banlieue que nous mène le dernier volet de notre série de reportages Nationale 1, illustrant le bilan du mandat d’Emmanuel Macron, deux ans après son arrivée au pouvoir. Nous sommes à Sarcelles, où le chef de l’État s’était rendu pendant la campagne présidentielle, faisant quelques promesses en matière d’éducation et d’économie. Les habitants de cette ville très pauvre ont-ils le sentiment qu’elles ont été tenues ?

Il n’y a pas foule en ce jour férié du 8 mai autour du centre commercial Les Flanades, dans le sud de Sarcelles. Et la météo, plus que maussade, n’arrange rien. Voisine de tours d’habitations vieillissantes, une vaste dalle de béton issue de l’urbanisme des années 50. En contrebas, quelques cafés ou restaurants offrent un peu plus d’animation. Trois hommes à qui l’on donne la quarantaine, discutent joyeusement à la table d’une enseigne de kebabs. Ils ne rechignent pas à commenter l’action d’Emmanuel Macron dans les banlieues françaises et particulièrement dans leur commune, l’une des plus pauvres de France. « La moitié de cette ville vit avec le RSA (Revenu de Solidarité Active) », assure le plus bavard d’entre eux estimant qu’il est « très difficile » de finir les mois. Mais il explique avoir aussi entendu que le président de la République voulait instaurer un revenu universel. « Ça, ça serait une mesure intéressante. Au moins là, il y aurait moins de pauvreté. Il faut répartir les richesses ! » Et la conversation s’oriente très rapidement sur la question de l’emploi, l’un des principaux baromètres du bilan d’Emmanuel Macron : « on n’a rien vu. Les gens, ils ne travaillent pas. Ils se démerdent. Personnellement, je n’ai pas vu plus de boulot », raconte le même homme. « Il faut qu’il pense à la jeunesse ! »

Promesse tenue sur l’emploi

Le candidat d’En Marche! Emmanuel Macron en visite à Sarcelles, en banlieue parisienne, le 27 avril 2017.AFP/Martin Bureau

A deux pas de là, un match de football improvisé sur une pelouse stabilisée. Une vingtaine de joueurs, dont Jérémie, habitant du quartier des Sablons. Il se souvient du jour où Emmanuel Macron était venu sur un autre rencontrer des jeunes, sur un autre terrain de la ville. Le candidat En Marche s’était offert un bain de foule et avait marqué un but devant caméras et photographes. « Je m’en rappelle bien. Il avait joué avec quelques petits. Ça avait fait plaisir à tout le monde. C’était important qu’il dise qu’il nous soutient. Qu’il ne nous oublie pas ». Avant d’être élu quelques jours plus tard, avec un chiffre écrasant sur Sarcelles, Emmanuel Macron avait promis le dédoublement des classes dans les zones d’éducation prioritaires (ZEP) et des « emplois francs », bénéficiant d’aides publiques.

François Pupponi, à l’époque maire socialiste de la ville, n’a « rien à lui reprocher  » sur ce point. « Il a fait des choses, mis en place les emplois francs, une idée que nous avions tenté de mettre en place, mais ça n’avait pas fonctionné. » Mais celui qui a gardé son mandat de député du Val d’Oise note un paradoxe. Emmanuel Macron « ne parle plus de la banlieue. Ce n’est plus un sujet. La politique de la Ville n’est plus leur priorité. Ils sont plutôt sur les zones rurales, péri-urbaines, enclavées, loin des grandes métropoles. » Et d’exprimer une crainte : « que l’on baisse la garde en banlieue. Il faudrait en faire pour tout le monde. Mais après, c’est un problème de moyens. »

Ils se sentent oubliés

Le président aurait bien tort de délaisser la banlieue : c’est ce que confirme en substance Jérémie, étudiant en BTS Maintenance, à la fin de son match de football. « Concernant l’emploi, il y a beaucoup de jeunes qui pensent qu’ils sont oubliés. Le problème, c’est que comme ils se sentent oubliés, ils essaient de faire de l’argent comme tout le monde. Et après, ils dérivent. Dans mon quartier par exemple, il y a trop de gens qui sont partis en prison parce qu’on les a oubliés… »

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