Cyberespace, la grande inquiétude des internautes russes

C’est la dernière étape parlementaire avant son adoption définitive qui aura lieu ce jeudi 25 avril à la chambre haute du Parlement russe. Ce texte de loi controversé doit permettre de « protéger » la Russie contre d’éventuelles cyber-attaques. Mais ses détracteurs accusent le pouvoir de vouloir censurer le net à sa guise, et de « contrôler » davantage les contenus et les internautes.

Pour les parlementaires russes qui sont en passe de l’adopter définitivement, ce texte n’a qu’un seul objectif : garantir la bonne marche du net russe en cas de menace extérieure sur le réseau. Pour y parvenir, la loi veut permettre aux sites russes de fonctionner sans passer par des serveurs étrangers, c’est-à-dire d’isoler totalement l’internet russe en cas de cyberattaque. Pour les autorités russes et pour les partisans de ce texte (307 voix pour, 68 contre lors de son adoption en troisième lecture à la Douma, le 16 avril dernier), la société russe est de plus en plus dépendante du net, il faut donc pouvoir se protéger intégralement des menaces extérieures. Concrètement, une infrastructure totalement étanche sera mise en place pour que les sites russes puissent s’y connecter et en quelque sorte « se retirer du monde ».

Grande muraille cybernétique

Dès sa présentation, le texte a suscité une véritable levée de boucliers en Russie – jusqu’à l’organisation d’une manifestation à laquelle plusieurs milliers de personnes ont participé, en mars dernier. Pour ses détracteurs, ce projet de loi est comparable à la fameuse « grande muraille cybernétique » qui a permis d’assurer à Pékin un contrôle presque total sur le net chinois. Les craintes des internautes russes sont nourries par les nombreuses mesures prises, ces dernières années, pour tenter de contrôler les internautes russes, de même que les sites ou les applications refusant de collaborer avec les services de renseignement. Paradoxalement, ces tentatives de contrôle n’ont pas toujours été couronnées de succès et se sont même soldées par de cuisants revers, à l’instar de l’interdiction inachevée de la messagerie Telegram. Les opposants au nouveau texte de loi craignent justement que les autorités russes parviennent, avec cet outil, à exercer ce contrôle qui leur échappe jusqu’à aujourd’hui.

Mise en œuvre au 1er novembre

Les inquiétudes se nourrissent également des incertitudes sur la mise en œuvre et le budget de cet « internet 100% russe ».  Dans la presse russe, on a vu passer le chiffre de 30 milliards de roubles, environ 400 millions d’euros. Les critiques du projet de loi soulignent aussi le paradoxe qui consiste à vouloir centraliser l’accès au net pour protéger les sites et les infrastructures : selon eux, plus un système est centralisé, plus il est vulnérable. Après son adoption définitive ce lundi, le projet de loi doit être ratifié par le président russe Vladimir Poutine, pour une mise en œuvre prévue à compter du 1er novembre prochain.

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