MAITRESSE D’UN HOMME MARIE : JAMRA N’A PAS JETE LA PIERRE ASSEZ LOIN

Par Le P’tit Railleur.

Ainsi donc, Jamra, et Mban Gacce, porte-étendard des vertueux et des mauvais coucheurs, peuvent triompher. La série « Maîtresse d’un homme marié » est immorale. Pas la peine d’entrer dans le détail : le titre y suffit. Explication de sexe…

Tout a commencé lorsque Mame Mactar Guèye, petit frère et héritier contesté du fondateur de Jamra, feu Latif Guèye, s’est invité sur les plateaux de télé. Je ne sais pas si vous pensez comme moi, mais je lui trouve une tête d’avis de décès. Manifestement, encore une fois, il s’est levé du mauvais …pied. Il est là pour s’indigner de l’impudente série qui déchaîne les passions.

Après sa, euh, saillie, il appelle les Sénégalais qui n’ont jamais trompé leurs multiples maîtresses, encore moins leurs épouses, à une marche nationale contre cette sorte d’éloge de la perversité que nos innocentes femmes et nos irréprochables enfants ne sauraient voir. Nos si vertueuses mères et grands-mères, qui sont encore de cet insupportable bas-monde, ne peuvent décemment pas assister devant un écran plat du dernier chic, au spectacle de leurs grands gaillards qui s’égarent au hasard de leurs érections incontrôlées. Et puis, légaliste du bout de la babouche jusqu’au sommet de la chéchia, il dépose une plainte devant le tribunal du pudibond Babacar Diagne et de ses ouailles du Conseil national de Régulation de l’Audiovisuel.

Quand le verdict tombe, c’est clair, il faut n’avoir jamais trompé sa femme pour sortir ce communiqué : « l’instruction du dossier par les services du monitoring du CNRA apporte la preuve que dans le téléfilm, sont régulièrement notés des propos, comportements et images jugés choquants, indécents, obscènes ou injurieux ; des scènes de grande violence ou susceptibles de nuire à la préservation des identités culturelles ». En un mot comme en cent, ôtez-nous ces scènes de cul que nous ne saurions voir.

Problème : si la série s’appelle « maîtresse d’un homme marié » et qu’il n’y a pas de scène de cul, puisque c’est connu, une maîtresse est un plan cul par essence, de quoi la série devra-t-elle parler sauf à changer de nom ? A moins que « maitresse » ne traduise institutrice… Bref, pour ne pas faire de mécontent, on devra se retrouver dans une série où un père de famille qui retombe brutalement en enfance, reprend le chemin de l’école parce que l’instit’ est canon. Et toute l’histoire tournera autour du regard embué du brave homme en surchauffe libidinale qui bave pendant que sa, euh, maîtresse écrit au tableau la leçon du jour tandis que son popotin tremblote. Bien entendu, à son corps défendant.

On pourrait y rajouter une jupe trop courte que la maîtresse est obligée de tirer par le bas quand elle écrit en haut du tableau. Mais ce serait risqué : le CNRA pourrait mal le prendre, Mame Mactar Guèye serait obligé de revenir sur les plateaux pour dénoncer la faillite de l’école. Il fait déjà assez peur aux enfants, avant même de l’ouvrir. Il traumatiserait nos chérubins à vie s’il leur apprenait que l’école nouvelle qu’a enfantée Iba Der Thiam est sur la voie de la perversion avec toutes ces maîtresses qui portent des jupes courtes, des pantalons serrés et ont des fesses trop rondes pour être honnêtes …

Ne nous égarons pas. Jamra, à mon avis, n’est pas allé au bout de sa logique, et les défenseurs des valeurs ont manqué d’audace. Pourquoi interdire le reflet dans le miroir, qui n’empêche pas la réalité d’exister ? Ce sont les hôtels de passe, les auberges, les préservatifs qu’il faut vraiment interdire. Pourquoi pas, pendant qu’on y est, mettre une restriction sur les appels entre personnes de sexe différents quand ils n’ont pas de lien consanguin lorsqu’ils ne sont pas mariés. Pourquoi s’arrêter en si bon chemin ? On devra fermer les réseaux sociaux qui provoquent les rencontres improbables des maris éjaculateurs précoces et des cougars en chaleur. Audace des audaces : interdire la mixité dans les institutions et bannir la parité. Alterner les pèlerinages : une année les hommes, l’année suivante, les femmes. Mais jamais ensemble.

Il faudra plus qu’une marche nationale pour l’obtenir, mais on peut toujours commencer par ça : après l’établissement du permis de conduire pour femmes (il peut garder sa couleur rose mais ceux des hommes seront alors verts) on réservera les avenues pour le sexe faible et les boulevards pour le sexe fort. Les rues pour les garçonnets et les ruelles pour les fillettes. Et pour préserver l’environnement sans pourrir l’ambiance, on exigera l’ouverture des rues piétonnières avec des passages exclusivement réservés aux femmes, et d’autres, aux hommes. Finie la mixité dans les écoles, les lycées et les universités : c’est définitivement haram ! Quant à enterrer les morts du sida, ça finira par relever de la haute trahison. Faut pas douter, c’est mauvais pour le cholestérol !

  • Bref, c’est plus qu’un « réaménagement » de scénario qui peut nous sauver de la Géhenne mais un vrai programme de gouvernement, sobre et vertueux. Daesh ne demande que ça pour investir au Sénégal…
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