Canada: la société SNC-Lavalin a-t-elle versé des pots-de-vin à Saadi Kadhafi?

La police enquête sur des pots-de-vin qu’une entreprise canadienne aurait versés à des proches de Mouammar Kadhafi à l’époque où le dictateur libyen était encore en pouvoir. SNC-Lavalin, géant du BTP basé à Montréal, aurait versé l’équivalent de 32 millions d’euros à des responsables libyens jusqu’en 2011. Un fils du Guide libyen, Saadi Kadhafi, aurait aussi bénéficié de ces dessous de table. L’affaire fait grand bruit au Canada, d’autant plus qu’une ex-ministre de la Justice vient de déclarer que le Premier ministre, Justin Trudeau, a fait pression sur elle pour éviter que l’entreprise ne fasse l’objet d’un procès pour corruption d’agent étranger.

La Gendarmerie royale du Canada enquête depuis sept ans sur une société qui a dirigé des chantiers pharaoniques en Libye. SNC-Lavalin a travaillé notamment sur « la grande rivière artificielle » que Mouammar Kadhafi a fait construire pour pomper les nappes du désert libyen. Pour obtenir ces contrats, le géant canadien du BTP aurait fait de multiples cadeaux au fils du Guide libyen, Saadi Kadhafi. L’entreprise l’aurait invité à de nombreuses reprises au Canada. L’un de ces voyages aurait coûté à la société plus d’un million d’euros, en frais de tout genre.

« Il y avait même l’achat de services sexuels de prostituées, des danseuses exotiques, des films pornographiques… des dépenses peu orthodoxes pour une entreprise cotée en bourse au Canada », indique Vincent Larouche, journaliste à La Presse.

Chose étonnante dans ce genre d’affaires : la police canadienne aurait mis la main sur des preuves. Il s’agit de factures que des gardes du corps canadiens ont produites pour se faire rembourser l’argent avancé pour Saadi Kadhafi pendant ses séjours au Canada.

« SNC-Lavalin a engagé une firme de sécurité privée canadienne qui elle a embauché des gardes du corps, qui peut rembourser des rapports de dépenses incluant des achats de services de prostituées. Tout ça a été saisi par la police », explique Vincent Larouche.

Répercussions politiques au sommet

Reste à savoir si « l’affaire » fera un jour l’objet d’un procès. Car toute cette affaire pourrait se résumer en une phrase : la parole de l’une contre les paroles des autres, indique notre correspondante à Montréal, Pascale Guéricolas.

Selon l’ancienne ministre de la Justice, démise de ses fonctions en janvier, des proches de Justin Trudeau, ainsi que le Premier ministre lui-même, l’ont fortement incité à agir en faveur de SNC-Lavallin pendant quatre mois. Ils lui ont expliqué qu’il valait mieux passer un accord judiciaire avec l’entreprise de BTP, plutôt que de lui infliger un procès. En effet, une condamnation éventuelle interdit à une société de postuler à des marchés publics pendant dix ans. Selon l’ex-ministre de la Justice, Justin Trudeau lui a expliqué qu’il était important pour lui de préserver l’entreprise qui compte des milliers d’employés au Québec. Le Premier ministre lui aurait rappelé qu’il était un député élu par les Québécois. Ce dernier nie cependant avait voulu influencé sa ministre. Son plus proche conseiller, qui vient de démissionner, a demandé de son côté à être entendu par un comité parlementaire.

Le chef de l’opposition réclame une enquête policière pour tirer au clair ses agissements.

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