Gouvernance politique : IBK pour« gérer » la grogne contre Paris ?

En l’espace de quelques mois, de nombreuses hautes personnalités françaises ont défilé à Bamako non sans bouder leur plaisir et leur admiration pour le numéro un malien. Cela, à un moment où l’opinion publique n’est plus majoritairement favorable à Paris sur le continent.

En début janvier de cette année 2019, par une prise de position du gouvernement italien, le néocolonialisme français a été mis à nu. La France a été critiquée pour son rôle de domination sur les systèmes économiques d’une bonne partie du continent africain, sur laquelle il tire son rang de 5ème puissance économique du monde. Une critique qui  a fait frôler la rupture des relations entre Rome et Paris et doper l’hostilité des altermondialistes du continent vis-à-vis de Paris. Réveillant du coup et donnant un coup d’accélérateur au processus de rejet du Franc CFA, considérée comme « une monnaie coloniale ».

C’est dans la foulée que Bamako, la capitale malienne, s’investira comme capitale des états généraux contre le Franc CFA. Et l’ancien président de la l’Assemblée Nationale de Côte d’Ivoire, les anciens ministres Aminata Dramane Traoré, Pr Issa N’Diaye ont donné de la voix pour crier haro sur le baudet français.

Or, le président de la République, Ibrahim Boubacar Kéita apparaît comme l’un des dirigeants africains les mieux adulés par Paris. Non seulement l’homme est un adepte de la rhétorique dans la langue de Molière, le président IBK est le dirigeant malien le plus « courtisé » par les dirigeants français.

Le locataire du palais de Koulouba sera à la célébration de Verdun, au soutien et à la marche en faveur de Charlie hebdo, comme certains de ses homologues comme Alassane Dramane Ouattara de Côte d’Ivoire, Macky Sall du Sénégal, Mahamadou Issoufou du Niger, Abdel Aziz de Mauritanie. Mais les réalités géostratégiques font apparaître IBK comme le président le mieux à même d’œuvrer à faire baisser le sentiment anti-français prédominant dans son pays, dans la sous-région et sur le continent.

Si ADO est à la veille de la présidentielle pour laquelle il est indécis, Idem pour Issoufou et pour le Guinéen Alpha Condé, qui quitte le pouvoir dans quelques mois, idem pour le président mauritanien et MackySall est en période électorale et hésite à défendre Paris sur le continent, la présence salvatrice de la France au Mali à travers les succès enregistrés par la force Barkhane confine IBK dans une position de redevabilité particulière.

Et l’on a pu noter que le président français, Emmanuel Macron a déjà effectué au moins deux visites d’importance au Mali, dont la première a été sa premier déplacement à l’extérieur après son élection à l’Elysée. Sans compter que des émissaires de haut rang dont Jean-Yves Le Drian, Florence Parly ont déjà posé leurs valises plus d’une fois à Bamako. S’y ajoute qu’à peine l’ancien président français François Hollande a quitté Bamako récemment c’est le tour du Premier ministre français, Edouard Philippe de débarquer pour une visite de 72 heures au Mali. Et chacune de ces personnalités à eu des entretiens en tête-à-tête avec le locataire du palais de Koulouba, au moment où l’on s’interroge sur la durée de la présence France et internationale dans le pays. « la France restera au Mali autant que cela sera nécessaire », confie le chef du gouvernement français avant de laisser entendre que c’est à la demande du Mali cette présence est devenue une réalité. Sauf que l’autre réalité est que la pilule française de la domination et de l’exploitation de nos économies est devenue aussi amère à avaler. IBK, dont la gouvernance est confrontée à des défis existentiels peut-il efficacement aider à avaler cette ciguë ? Difficile de l’affirmer.

Boubou SIDIBE

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