Facebook: même sans profil, on est traqué

Facebook est de nouveau pointé du doigt pour son appétit pour les données personnelles des internautes. Selon le Wall Street Journal, le réseau social récupère en toute opacité des données personnelles sensibles et intimes, comme des informations relatives à la santé, venues d’autres applications et ce même si l’usager n’a pas de compte Facebook.

Certaines applications sur smartphone utilisent un outil d’analyse de l’activité de l’usager appelé App Events, mis au point par le réseau social et qui capte des données et les envoie à Facebook, explique le Wall Street Journal, qui assure avoir effectué des tests.

Il y a une espèce d’architecture informatique invisible qui fait que quand vous avez effectivement dans le code même d’une application, quand vous utilisez cette application, derrière il y a une espèce de petit engrenage qui collecte des informations et qui va les envoyer à Facebook. Soit parce que cette application est aussi présente sur Facebook pour la développer et pour qu’elle soit active. Pour les gens qui ont plein de comptes Facebook, o a inséré une espèce de petit code. Mais du coup, si vous n’avez pas de compte Facebook et que vous quittez cette application, vos données vont aussi être envoyées automatiquement vers le réseau social et il pourra en faire ensuite ce qu’il veut, c’est-à-dire que même si vous n’avez pas de compte, mais que l’un ou l’une de vos ami(e)s a un compte sur Facebook, il a des techniques qui permettent d’insérer et de retrouver que vous êtes l’ami(e) de telle ou telle personne et donc éventuellement de vous adresser des systèmes de publicité ciblée y compris si vous n’avez pas de compte Facebook. Ca c’est dans la culture de l’entreprise. Il y a très longtemps… quand Facebook a lancé le bouton like… il «colonise» des sites ou des applications à distance et il s’en sert pour récupérer des données dont il se sert à des fins publicitaires.
Olivier Ertzscheid (chercheur): «Facebook « colonise » des sites ou des applications à distance, récupère des données dont il se sert à des fins publicitaires»Enseignant chercheur en Sciences de l’information à l’Université de Nantes

Ces données sont captées même si l’usager n’a pas lui-même un compte Facebook et sans que l’usager de l’application ne s’y soit connecté avec son « login » Facebook, et sans que cela soit explicitement signalé à l’utilisateur, affirme le Wall Street Journal.

Le journal cite l’exemple d’une application qui sert à surveiller ses périodes d’ovulation et dans laquelle l’utilisatrice rentre les dates de ses cycles menstruels. Ces données mais aussi le poids ou des habitudes en matière de shopping sont envoyées à Facebook sans que les usagers en soient informés.

La défense de Facebook

Facebook explique que s’il collecte bien certaines données via des applications externes, il interdit à ces dernières de lui faire parvenir des informations sensibles des usagers.

La défense de Facebook est assez ubuesque. Soit ils ne souhaitent pas collecter ces données auquel cas ils ferment, si j’ose dire, le robinet qui permet de les obtenir, soit ils laissent le robinet ouvert, et c’est assez bizarre de les entendre dire qu’ils n’en voulaient pas ou qu’ils vont les effacer. Ce qui est sûr c’est qu’il y a une espèce de cheval de Troie, pour reprendre un terme un peu informatique, qui est au coeur d’un certain nombre de ces applications par lesquelles les données transitent et sont envoyées à Facebook. Les applications qui installent ces codes sont responsables. Facebook, qui se rend perméable à l’obtention de ces informations, l’est également puisque, il est évident que Facebook a un intérêt et une utilisation de ces données qui lui sont envoyées, même si officiellement il indique qu’il les efface, qu’il n’en a rien à faire, et qu’il est étonné de recevoir tout ça.
Olivier Ertzscheid (chercheur): «La défense de Facebook est assez ubuesque…»
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