En Ethiopie, des réfugiés érythréens qui rêvent d’ailleurs

C’est l’histoire d’un lent exode dans la Corne de l’Afrique. En Ethiopie, près de 30 000 Erythréens ont demandé l’asile à leur voisin depuis la réouverture de leur frontière commune en septembre dernier. Dans le camp de Histats, dans la région du Tigray au nord du pays, les 15 000 Erythréens qui vivent là rêvent pour la plupart d’Europe ou des Etats-Unis.

Les boules roulent sur la table de billard. Ambiance classique de café. Sauf qu’ici ce sont les réfugiés qui ont trouvé la table, posée à même la terre battue, sous un plafond de tôle ondulé et une chaleur étouffante.

Nous sommes dans l’un des quatre camps où arrivent les Erythréens après avoir passé la frontière.

Une traversée devenue « presque » banale comme le raconte ce père de famille de 36 ans. « On est venu en disant qu’on allait visiter l’Ethiopie, c’est-à-dire qu’il ne fallait pas qu’ils sachent qu’on voulait en fait quitter le pays. Car si on dit qu’on ne revient pas, c’est dangereux. Mais là on a juste pris un bus, on est venu par la route, voilà. »

Cet ex-soldat a fui il y a deux mois avec sa femme et ses quatre enfants. Objectif : rejoindre deux autres enfants qui sont déjà en Belgique.

Depuis, le poste frontière de Zalambessa dans le Tigray a été fermé de nouveau par l’Erythrée. Mais malgré cela, Sayfadin Kacen, reponsable de l’agence nationale pour les réfugiés confirme que les arrivées quotidiennes se sont multipliées : « Donc depuis l’ouverture de la frontière nous avons reçu plus de 9000 réfugiés ici. Et en ce moment nous accueillons plus de 200 individus par jour. »

Un exode qui depuis peu n’est plus composé uniquement d’hommes qui fuient le service militaire mais à 90% de femmes et d’enfants. Le plus souvent, il s’agit de rejoindre un mari qui a déjà fui. C’est le cas de Foweyni. « Je suis partie car en Ethiopie, on a le droit de quitter le pays de façon légale ; là bas c’est impossible ! »

L’Ethiopie et les maisons en tôle ondulée de ce camp ne sont souvent qu’une étape car, comme Foweyni, presque tous disent vouloir rejoindre un mari, une épouse ou un fils qui est déjà à l’étranger. Une procédure longue mais qui peut aboutir à la réunification de la famille, ce qui était totalement impossible en Erythrée.

Ethiopie, camp de réfugiés de Hitstats, février 2019. © RFI/Léa-Lisa Westerhoff

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